Dans leur manifeste « Le quotidien d’abord » adressé aux candidats à l’élection présidentielle de 2027, les dix-sept maires de Mayotte placent la prolifération des chiens errants au rang des urgences prioritaires du territoire.

Errance canine à Mayotte : le cri d’alarme des maires

Dans leur manifeste « Le quotidien d’abord » adressé aux candidats à l’élection présidentielle de 2027, les dix-sept maires de Mayotte placent la prolifération des chiens errants au rang des urgences prioritaires du territoire.

À Mayotte, croiser une meute menaçante sur le chemin de l’école ou au détour d’une ruelle n’a rien d’un incident isolé. Dans le manifeste adopté par l’Association des maires de Mayotte (AMM), le constat dressé par les élus locaux est sans détour. « L’errance canine n’est pas, à Mayotte, une nuisance : c’est un fait de sécurité publique. Des meutes se constituent dans les quartiers, aux abords des écoles, sur les axes de circulation et dans les zones d’habitat informel où les déchets alimentaires abondent ».

Les conséquences sur la vie quotidienne sont documentées en continu par les polices municipales et les centres communaux d’action sociale (CCAS). Morsures d’enfants et d’adultes, accidents de deux-roues provoqués par des animaux divagants, attaques répétées contre les élevages locaux : la peur permanente contraint régulièrement des familles à modifier leurs trajets habituels.

Chaque morsure grave entraîne l’intervention d’un système hospitalier déjà saturé, imposant le recours aux urgences et à des protocoles antirabiques stricts. À cela s’ajoutent les risques de transmission de zoonoses* et la prise en charge financière de l’équarrissage, supportée par les budgets municipaux sans aucune ligne dédiée.

L’échec des dispositifs actuels 

Mayotte est confrontée à un nombre important de chiens errants, qui posent des problèmes de sécurité et d’hygiène publique. (Illustration, Gendarmerie 976).

Face à l’ampleur du désastre, les élus jugent les réponses de l’État déconnectées du terrain. Le « plan chien » national, reposant sur un appel à projets global doté de 3 millions d’euros pour toute la France, se traduit par des aides dérisoires de 10.000 à 100.000 euros par dossier. Le bilan est accablant : en 2025, un peu plus de 240 canidés seulement ont été capturés sur l’ensemble de l’île, un chiffre dérisoire au regard de la population canine globale qui n’a produit « aucun effet mesurable sur le terrain ».

Pire encore, la réglementation place les maires dans une situation intenable. Le code rural et de la pêche maritime impose aux maires de capturer les animaux errants et d’assurer un service de fourrière. Or, « aucune commune de Mayotte ne dispose d’un équipement conforme. Nos arrêtés de police sont donc, en pratique, inapplicables et notre responsabilité juridique reste, elle, pleinement engagée », dénonce l’AMM dans son texte.

Fourrières, vétérinaires et plan d’éradication

Pour régler ce problème, les maires formulent des exigences, réalisables selon eux dans un délai de vingt-quatre mois. Ils réclament en premier lieu « un plan territorial d’éradication de l’errance canine sur cinq ans, doté d’une enveloppe spécifique à Mayotte, sanctuarisée en loi de finances et non soumise au régime de l’appel à projets annuel ».

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Sur le plan des infrastructures, le manifeste exige la création d’au moins deux fourrières intercommunales conformes, réparties entre le nord et le sud de Grande-Terre.

Sur le plan des infrastructures, le manifeste exige la création d’au moins deux fourrières intercommunales conformes, réparties entre le nord et le sud de Grande-Terre, ainsi qu’un dispositif mutualisé en Petite-Terre, pris en charge à 100 % en investissement par l’État et soutenu dans son fonctionnement pérenne.

Les maires soulignent également un manque crucial de praticiens sur l’île : « Aucun plan de stérilisation n’est exécutable sans praticiens présents sur l’île ». Ils demandent l’implantation d’une véritable capacité vétérinaire publique par la création de postes territoriaux et des partenariats avec les écoles vétérinaires.

En contrepartie, les municipalités s’engagent à former des brigades communales de capture, à généraliser l’identification des animaux détenus et à intégrer cette lutte au sein des conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance. Les candidats à l’élection présidentielle de 2027 sont désormais prévenus : la sécurité des Mahorais passe aussi par le règlement immédiat de ce fléau du quotidien.

*Les zoonoses sont des maladies dont le pathogène, bactérie, virus ou parasite, peut être transmis de l’animal aux humains et inversement.

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