Six mois après l'ouverture des concertations sur une éventuelle participation de Mayotte aux Jeux des Îles organisés aux Comores, le mouvement sportif sort du silence. Face aux réticences politiques et symboliques, le CROS défend un projet qui dépasse la seule compétition et revendique le sport comme un levier de reconstruction, de cohésion et d'avenir pour le territoire.

« Au-delà d’une compétition, c’est un projet de territoire » : le CROS défend la participation de Mayotte aux Jeux des Îles

Six mois après l'ouverture des concertations sur une éventuelle participation de Mayotte aux Jeux des Îles organisés aux Comores, le mouvement sportif sort du silence. Face aux réticences politiques et symboliques, le CROS défend un projet qui dépasse la seule compétition et revendique le sport comme un levier de reconstruction, de cohésion et d'avenir pour le territoire.

« Le mouvement sportif mahorais souhaite participer aux Jeux des Îles de l’océan Indien 2027 », affirme le Comité régional olympique et sportif (CROS) de Mayotte dans un communiqué publié ce mercredi 8 juillet.

« Face aux nombreuses prises de position exprimées ces dernières semaines, le président du CROS, Mohamed Boinariziki, a réuni les disciplines concernées lors du comité de pilotage des Jeux afin de réaffirmer officiellement la position du mouvement sportif mahorais ».

Une étape de progression, d’expérience et de dépassement de soi pour toute une génération

Le président du CROS, Mohamed Boinariziki, le 26 avril 2025. (DR, CROS Mayotte).

En janvier dernier, le Département-Région avait lancé une concertation sur la participation, ou non, des athlètes mahorais aux prochains Jeux des Îles, prévus aux Comores en 2027. Les opposants redoutent une humiliation de Mayotte et de la France, en raison de l’impossibilité d’arborer le drapeau français et de faire jouer la Marseillaise. Les partisans d’une participation mettent en avant l’intérêt sportif de cette compétition, mais aussi l’importance de maintenir Mayotte dans la dynamique régionale de la Commission de l’océan Indien.

Les pistes d’une délégation sous bannière « France de l’océan Indien » ou d’une co-organisation avec les Comores n’ont pas davantage fait consensus.

À ce jour, le Département-Région n’a toujours pas communiqué de position officielle sur la participation des sportifs mahorais aux Jeux des Îles 2027, malgré une concertation lancée en janvier dont les premiers échanges avaient laissé apparaître un avis globalement favorable, sous conditions.

Six mois après le lancement de cette concertation, le CROS affirme que la volonté de participer est largement partagée par les acteurs du sport mahorais. « Cette volonté est portée par les ligues, les clubs, les éducateurs, les dirigeants et les athlètes, notamment les plus grands sportifs mahorais qui connaissent l’importance de cette compétition dans un parcours vers le haut niveau. Elle représente une étape de progression, d’expérience et de dépassement de soi pour toute une génération ».

« Quel projet aussi structurant proposons-nous aujourd’hui à nos enfants ? »

Le comité rappelle que Mayotte construit « un véritable projet sportif » depuis près de vingt ans. Cette dynamique a permis de passer « de trois médailles en 2007 à quarante en 2023 », illustrant, selon lui, « le travail remarquable des clubs, des éducateurs, des bénévoles, des familles et des institutions ». Au-delà des résultats, le CROS estime que « le sport est devenu un levier d’éducation, de santé, d’insertion et de cohésion pour notre jeunesse ».

Il replace également cette prise de position dans le contexte de la reconstruction de Mayotte après le passage du cyclone Chido, qui a détruit ou gravement endommagé une grande partie des équipements sportifs. « Plus que jamais, notre jeunesse a besoin d’objectifs, de repères et de perspectives », affirme le comité, avant de poser cette question : « Quel projet aussi structurant proposons-nous aujourd’hui à nos enfants ? ».

Le mouvement sportif estime qu’« à ce jour, aucune alternative n’offre le même niveau de développement sportif, de coopération régionale et de mobilisation de notre territoire ».

Les 120 jeunes athlètes de Mayotte qui ont participé aux compétitions des Jeux des Jeunes des Îles de l’océan Indien 2025, avant leur départ pour les Seychelles, en juillet 2025. (DR, Académie de Mayotte).

Tout en disant entendre les inquiétudes liées à la sécurité des délégations, il assure que « cette exigence est aussi la nôtre ». Le CROS précise que le Conseil international des Jeux, le comité d’organisation, les services de l’État à Mayotte, l’ambassade de France aux Comores et le CROS travaillent conjointement « afin de réunir toutes les conditions nécessaires au bon déroulement de cette participation ».

Il indique également poursuivre, depuis décembre 2025, un travail avec les autorités concernées pour préparer cette échéance, tout en reconnaissant que « le calendrier nous rappelle aujourd’hui une réalité : nous accusons déjà un retard dans plusieurs étapes de préparation ».

Au-delà de la compétition de 2027, le mouvement sportif appelle à une préparation plus ambitieuse des athlètes. « Les regroupements réguliers, le suivi des sportifs, la détection des talents et la montée en compétence des encadrants doivent désormais s’inscrire dans une véritable stratégie de performance à long terme, bien au-delà des seules échéances compétitives », estime-t-il.

Cette vision s’inscrit dans la perspective de l’organisation des Jeux des Îles à Mayotte en 2035. Selon le CROS, ce rendez-vous constitue « une vraie opportunité pour accélérer le développement du sport, renforcer nos infrastructures, professionnaliser davantage notre organisation et faire rayonner notre territoire dans l’océan Indien ».

Une participation « dans le respect de la charte en vigueur »

Enfin, le comité réaffirme que, si les Jeux se tiennent aux Comores en 2027, « le mouvement sportif mahorais y participera avec responsabilité, dans le respect de la Charte actuellement en vigueur ».

Il assure qu’en 2035, Mayotte accueillera à son tour « l’ensemble des délégations des îles membres, y compris les Comores, avec le même esprit d’ouverture », rappelant que « le sport possède cette force unique : il rassemble, il crée des liens et il ouvre des chemins là où d’autres voient des frontières ».

En conclusion, le CROS voit dans cette participation bien plus qu’un simple rendez-vous sportif. « Au-delà d’une compétition, il s’agit d’un projet de territoire, d’une ambition pour notre jeunesse et d’un héritage que nous avons la responsabilité de transmettre. Ensemble, préparons nos sportifs, reconstruisons notre territoire et faisons des Jeux des Îles un formidable accélérateur de développement pour Mayotte ».

Victor Diwisch

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