À 10 heures, vendredi 26 juin, le silence s’installe dans les salles du collège de Kwalé. Les quelque 380 élèves de troisième découvrent le sujet de français, basé cette année sur un extrait de La Pieuvre, de Monica Sabolo, tiré de l’ouvrage collectif À nous la terre ! 2021.

Les élèves concentrés plongent dans la lecture. À l’extérieur des salles, pourtant, le collège est loin d’être à l’arrêt. Agents techniques, surveillants, enseignants, personnels administratifs et équipe de direction poursuivent leur mission. Derrière le calme apparent de l’examen se cache une organisation millimétrée, préparée depuis plusieurs mois.
Cette année, 7.545 candidats passent le diplôme national du brevet sur l’ensemble du territoire de Mayotte, dont 6.192 en série générale et 1.353 en série professionnelle. Au collège de Kwalé, un établissement qui accueille près de 1.680 élèves, dont le nombre d’élèves passera la barre des 1.740 inscrits à la rentrée prochaine, la réussite des candidats est devenue l’affaire de tous.
Une organisation pensée plusieurs mois à l’avance

Pour le principal, arrivé à la rentrée scolaire de septembre 2025, cette mobilisation dépasse largement les seuls jours d’examen.
« C’est un travail qui se fait sur quatre ans, même si on n’a fait qu’une partie d’un an avec le principal adjoint », explique-t-il. « L’équipe de direction a été renouvelée à pratiquement 50 %, avec le Principal adjoint, le directeur de la SEGPA (ndlr : section d’enseignement général et professionnel adapté) et la secrétaire générale. C’est un travail d’équipe qui va de la direction jusqu’aux agents techniques ».
Depuis le mois de décembre, un secrétariat d’examen composé d’enseignants et d’une conseillère principale d’éducation (CPE) prépare chaque étape : inscriptions des candidats, convocations, répartition des salles, listes d’émargement, surveillance ou encore coordination des personnels.
Le collège a également entièrement repensé ses espaces. « On a mobilisé tout l’établissement pour que les élèves puissent respirer pendant les épreuves (…) Ils sont une vingtaine par salle afin qu’ils soient le plus à l’aise possible », détaille le chef d’établissement en regardant les bâtiments. Dans un département comme Mayotte, où les établissements scolaires accueillent des effectifs très importants, le choix de répartir les candidats dans autant de salles représente un défi logistique conséquent.
Du petit-déjeuner au nettoyage de la cour, chacun a sa mission

L’organisation ne s’arrête pas aux salles d’examen. Dès leur arrivée, les élèves bénéficient d’un accueil spécifique. « On a mis en place une demi-pension pour le brevet. On offre un petit goûter avant qu’ils démarrent les épreuves et, après, ils pourront aller se restaurer », souligne le principal.
Une attention qui peut sembler ordinaire ailleurs mais qui prend une dimension particulière à Mayotte, où les élèves n’ont pas toujours à manger chez eux, ni dans les établissements scolaires, la plupart dépourvus de cantine. Pendant que les candidats composent, les agents techniques poursuivent leur travail dans l’ombre. À 10 heures, l’un d’eux prépare déjà la cantine qui accueillera les élèves à midi.
« Je nettoie la cantine pour les élèves tout à l’heure. J’enlève les déchets, les feuilles, tout ce qui vole ou traîne », explique-t-il, balai à la main.

Dans la cour, d’autres entretiennent les espaces extérieurs. Les surveillants ont orienté les candidats à leur arrivée, effectué les appels et répondu aux imprévus. Les professeurs assurent ensuite la surveillance des épreuves tandis que de l’eau est mise à disposition des élèves tout au long de la tenue de l’épreuve.
« Les agents techniques sont mobilisés, les surveillants sont présents pour orienter les élèves, faire l’appel… C’est vraiment toute une chaîne qui fonctionne ensemble », résume le chef d’établissement.
L’an dernier, en juin 2025, six mois après le passage du cyclone Chido survenu le 14 décembre 2024, les épreuves écrites du brevet n’avaient pas pu être organisées. Cette session marque ainsi un retour à un examen national dans son format habituel. « Je n’ai pas de recul car je n’étais pas là, donc l’équipe a dû s’adapter cette année. C’est le travail de tout un ensemble de personnels. Nous accompagnons les élèves du début à la fin, de la sixième jusqu’à la troisième », ajoute-t-il.
Une nouvelle formule du brevet

Présent vendredi matin au collège de Kwalé, Boualem Ishak-Boushaki, inspecteur académique et directeur académique adjoint, est venu saluer cette organisation tout en rappelant les nouveautés de la session 2026.
« Les nouvelles modalités d’attribution du diplôme national du brevet donnent une part plus importante du contrôle continu pour mettre en valeur le travail des élèves tout au long de l’année, en parallèle des 60 % consacrés aux épreuves terminales. Il s’agit de permettre aux élèves d’être dans les mêmes conditions de passation et de réussite de cet examen national », explique-t-il.
Cette session inaugure également une nouvelle notation : le système sur 800 points disparaît au profit d’une moyenne sur 20. Les épreuves terminales comptent désormais pour 60 % de la note finale, contre 40 % pour le contrôle continu. En mathématiques, une nouvelle séquence d’automatismes, réalisée sans calculatrice, fait son apparition afin d’évaluer la maîtrise des fondamentaux.
Les épreuves se poursuivront jusqu’au mardi 30 juin avec l’histoire-géographie, les sciences, les mathématiques et, pour certains candidats, la langue vivante étrangère. Les résultats seront publiés le 8 juillet prochain.
Au collège de Kwalé, l’après-brevet est déjà prévu. Une fois la dernière copie rendue mardi à 14 heures, les élèves de troisième laisseront derrière eux le stress des examens. « De 14 heures à 17 heures, on organise une fête. Ce sera le bal de fin d’année pour les troisièmes », annonce le principal. Une manière de conclure quatre jours de mobilisation collective et de célébrer la fin d’un cycle, autant pour les élèves que pour les équipes qui les auront accompagnés jusqu’au bout.
Mathilde Hangard


