La plage d’Acoua se remplit de couleurs dès les premières heures de la matinée, ce lundi 22 juin. Sous des alizés puissants venus du large, des dizaines d’enfants des écoles Acoua 1 et Acoua 2 arrivent, cerfs-volants en main, encadrés par les équipes de l’association Hippocampe 976. « Tiens, prends ton cerf-volant », lance une animatrice en les distribuant un à un, tandis que les groupes se forment peu à peu sur le sable.
Un moment de joie hors du temps

Très vite, l’effervescence gagne le rivage. Certains enfants s’élancent en criant de joie vers le large, tentant de faire décoller leurs créations au premier souffle de vent. « Ouiiiiii », s’enthousiasme une enfant de six ans. D’autres prennent le temps des derniers ajustements : un morceau de scotch à replacer, une attache à renforcer, une queue à démêler du sable. Les gestes sont rapides, concentrés, comme une dernière préparation avant l’envol.
Les animatrices en tee-shirts jaunes circulent entre les groupes, attentives, bienveillantes, veillant au bon déroulement de l’activité tout en encourageant les plus hésitants. Au micro, la voix de Said Maoulida, directeur de l’association Hippocampe 976, rythme la matinée et accompagne les animations, sous le regard des enseignants venus assister à l’événement.
Puis le mouvement s’unifie. Les enfants se regroupent face au lagon avant de s’élancer ensemble dans une course improvisée. Une bourrasque suffit alors à tout transformer : les papiers colorés se gonflent, les ficelles se tendent, les regards s’illuminent. Sous les cris et la musique, les cerfs-volants s’arrachent au sable et montent, portés par le vent et l’élan collectif.
Le périscolaire à pied d’œuvre

Cette journée est l’aboutissement d’un projet mené depuis plusieurs semaines dans le cadre des accueils périscolaires des écoles Acoua 1 et Acoua 2. Les enfants n’ont pas simplement reçu un cerf-volant, ils l’ont imaginé, construit et décoré eux-mêmes au fil d’ateliers organisés pendant la pause méridienne.
Aïcha, 7 ans, élève de CE1, raconte les efforts nécessaires à la fabrication. « On est contentes d’être là. C’est dur à faire, les scotchs collent dans les mains. J’ai mis des plumes, du scotch, du papier ».
À côté d’elle, une camarade intervient immédiatement. « Et même une corde violette, regarde ! ». Dans leurs yeux, la fierté est évidente. « Prends-moi en photo ! », entonnent-elles toutes unanimement. Chaque détail compte. Chaque décoration raconte une histoire. Et lorsque leur création quitte enfin le sol, c’est un peu de leur imagination qui prend son envol.

Les allers-retours se multiplient sur le sable chauffé par le soleil. Courir derrière un cerf-volant demande parfois autant d’énergie que de patience. Après plusieurs tentatives, un jeune garçon finit par s’arrêter, les joues rougies par l’effort. « C’est dur, je suis fatigué, j’ai soif », confie-t-il avant de rejoindre le stand des bouteilles d’eau. Quelques minutes plus tard, rafraîchi et reposé, il repart déjà en courant derrière son cerf-volant, bien décidé à le faire monter toujours plus haut.
Une façon de susciter des vocations artistiques

Pour les enseignants présents, cette journée permet aux élèves de mesurer le chemin parcouru. « C’est intéressant parce qu’ils voient aujourd’hui le fruit de leur travail. Ils ont préparé cela pendant la pause méridienne sur plusieurs jours », explique une enseignante de CM2 venue assister à l’événement.
Une autre enseignante souligne l’importance éducative de ces activités. « Ils créent cela sur le temps scolaire mais hors temps de classe. Pendant la pause méridienne, ils font plein d’activités comme le ramassage des déchets, des danses ou des chants. C’est positif parce qu’ils découvrent autre chose. Les élèves qui ont une fibre artistique peuvent davantage s’exprimer ».
Un projet porté par des bénévoles

Derrière cette réussite se cache un important travail collectif mené par les équipes de l’association Hippocampe 976. Au milieu de la foule, micro en main, Said Maoulida, directeur de l’association, observe avec satisfaction les enfants profiter de cette journée.
« Nous mettons en place le périscolaire dans la commune d’Acoua et nous avons l’honneur de réaliser aujourd’hui cette activité, le Festival du cerf-volant. Pour nous, il est vraiment important de montrer à ces jeunes cette activité culturelle. Il y a eu une initiation et des découvertes autour de cette activité. C’est un bonheur pour eux, et pour nous ».

Les enfants participants sont âgés de six à dix ans. Pour eux, cette manifestation est avant tout une aventure collective. « Des animateurs ont pris un temps incroyable pour réaliser ces cerfs-volants. Il y a eu tout un travail pour les fabriquer, des ateliers autour du matériel utilisé. C’est une expérimentation et nous sommes vraiment contents du résultat », poursuit-il.
Le directeur tient également à saluer le rôle essentiel des animatrices de l’association. « Ce sont vraiment elles qui sont à l’origine de cela. Ce sont elles qui ont organisé ce temps avec les enfants pour fabriquer les cerfs-volants ». Reconnaissables à leurs tee-shirts jaunes, elles accompagnent les enfants depuis plusieurs jours dans chaque étape du projet. Découpe, assemblage, décoration, montage : leur patience et leur implication ont permis de transformer une simple activité en véritable aventure pédagogique.
Une première édition qui en appelle d’autres

Pour cette première édition, le pari est réussi. Les sourires des enfants, les encouragements des enseignants et l’enthousiasme des organisateurs témoignent de l’impact de cette initiative. Au-delà du spectacle offert par les cerfs-volants dans le ciel d’Acoua, la manifestation a permis de valoriser la créativité des enfants et de leur offrir un espace où ils peuvent s’exprimer librement.
« Nous avons déjà des projections et des idées pour une prochaine édition. Cela nous a vraiment donné des idées. Et puis ce qui est bien, c’est qu’il y a du vent, le vent est avec nous, c’est magnifique », conclut Said Maoulida dans un sourire généreux.
Sur la plage, les derniers cerfs-volants continuent de danser dans les rafales de la matinée. Un petit garçon de cinq ans regarde notre appareil photo et le ciel avant de résumer la journée avec simplicité : « C’est trop bien ici ». Une phrase courte, mais qui raconte sans doute mieux que tout le reste la réussite de cette première édition du Festival du cerf-volant des enfants d’Acoua. Pendant quelques heures, le ciel leur a appartenu.
Mathilde Hangard


