La pluie n’aura pas eu raison de l’engouement et des émotions vécues par les collégiens et écoliers de M’tsangamouji, lors de la visite de la championne française de handball Allison Pineau, ce vendredi 19 juin au matin, au collège de l’île aux Parfums de M’tsangamouji.

Reçue au son des chants et des danses, sous de nombreux applaudissements, des sourires et des accolades, la championne olympique, championne du monde et championne d’Europe a été profondément touchée par cet accueil. Elle s’est longuement prêtée au jeu des autographes, signant des centaines de cartes à son effigie, sous les yeux admiratifs des jeunes élèves.
Ces derniers, en file indienne afin d’obtenir la précieuse signature, avaient du mal à cacher leur impatience. « C’est une grande championne de France de handball », insiste Nélina, 10 ans, à coté de ses deux amies, Shaden et Tadjmina. « Je suis heureuse de la voir », lance Shaden, admiratrice. « En plus elle a découvert le handball à 12 ans », ajoute-t-elle, comme pour montrer que du haut de ses 10 ans, elle a encore du temps pour devenir joueuse professionnelle.
Les trois filles ont toutes essayé le handball dans la commune de M’tsangamouji, dont le sport est largement favorisé et développé notamment via les clubs locaux, Tchanga Handball et Alakarabu Hand mais aussi par l’organisation d’événements autour de la discipline, comme « La Nuit du Handball », organisée au gymnase de Chembenyoumba.
Inspirer les jeunes générations, et particulièrement les filles

La plupart des élèves interrogés connaissent déjà Allison Pineau. Pour préparer sa venue, la commune et le rectorat ont transmis aux établissements des fiches pédagogiques afin de permettre aux jeunes de découvrir le parcours de la championne, de mieux comprendre les exigences du sport de haut niveau et d’aborder les enjeux du développement du sport féminin à Mayotte.
« Le sport c’est important ça permet d’être en bonne santé », souligne Shaden. « Aussi si on en fait ça peut encourager les autres à en faire aussi ».

La venue d’Allison Pineau à M’tsangamouji dépasse largement le cadre d’un simple rendez-vous sportif. À 37 ans, la championne olympique de handball incarne une réussite féminine de haut niveau capable d’inspirer les jeunes générations, et particulièrement les filles, dont beaucoup s’éloignent de la pratique sportive à l’adolescence. Pour la municipalité, cette visite constitue un événement à la fois symbolique, éducatif et politique, pensé comme un levier de transformation durable.
Elle s’inscrit dans une stratégie engagée depuis 2024 pour renforcer la place des jeunes et des filles dans les clubs, améliorer les équipements, développer la présence d’éducatrices et restaurer la confiance des familles. En offrant une forte visibilité au sport féminin, la venue d’Allison Pineau a pour objectif de faire évoluer les mentalités, susciter des vocations et installer une pratique sportive plus égalitaire à M’tsangamouji, comme sur l’ensemble du territoire.
« Je leur dis de ne pas lâcher »

Entre deux autographes, Allison Pineau s’est également prêtée au jeu des photos avec les enfants comme avec les adultes, venus à sa rencontre des étoiles dans les yeux.
« Un sourire, un regard, une attention, ça peut changer une vie. Je pense que c’est ma mission ici, à Mayotte, je sais ce que ça peut représenter. Forcément, ça me remplit d’amour, ça me fait plaisir de voir qu’ils sont contents de me voir », confie Allison Pineau, très émue par les échanges.
Questionnée sur le message qu’elle souhaite transmettre le long de sa visite, la handballeuse répond : « Je veux montrer aux jeunes que le sport est un vecteur d’expression, c’est l’école de la vie. Il nous apprend la tolérance, le partage, mais aussi à fédérer avec les autres. Ce sont des valeurs importantes dans notre société aujourd’hui, qui est très divisée ».

« Mon message s’adresse surtout aux filles, les garçons ont assez de facilités à s’initier au sport et, surtout, à continuer, mais pour les filles, c’est toujours plus compliqué. Parfois les parents leur disent davantage de faire des études, et pas forcément du sport », poursuit Allison Pineau.
« Quand je parle avec les filles, je leur demande si elles font du sport. Si ce n’est pas le cas, pourquoi elles n’en font pas ? Et pour celles qui en font, je leur dis de ne pas lâcher, de continuer. C’est vraiment ça, ma mission ».
La championne évoque également ce qui guide son engagement, « ma mère est infirmière, je suis tournée vers les autres. Je veux prendre soin d’eux, c’est mon ADN. Je sais ce que je peux apporter. J’aimerais rendre aux autres ce qu’ils m’ont donné ».
« On est capable de beaucoup plus qu’on imagine »

Toute la matinée, la sportive s’est montrée très disponible, prenant le temps de répondre aux élèves venus lui poser des questions.
Après un échange avec deux d’entre elles, elle raconte : « elle m’a posé des questions sur la manière dont j’avais commencé le handball. Je lui ai dit que je m’y étais mise grâce à un éducateur. Je lui ai expliqué que je viens d’une famille modeste du 93, à Aubervilliers. Ma mère nous a élevées, mes trois sœurs et moi, toute seule. L’égalité des chances, c’était compliqué. Mais il faut savoir saisir les opportunités ».

« Lors de camps de vacances, où je faisais beaucoup d’activités et plein de sports, un éducateur m’a dit que j’avais de grandes mains. Ça m’est resté, même si je pratiquais tous les sports possibles avec mes amis. Il ne m’a pas lâchée, j’ai essayé et depuis que j’ai touché cette balle, je n’ai jamais arrêté ! », se souvient-elle, un sourire aux lèvres.
« Les parents, laissez vos filles s’exprimer à travers le sport. Parfois, on est timide, on n’ose pas, mais en réalité, le sport est important, et pour les filles ça permet de s’affirmer, de se rendre compte qu’on est capable de beaucoup plus qu’on ne l’imagine ».



Victor Diwisch


