L’affaire remonte à la nuit du 26 au 27 février 2024, dans un quartier de M’tsapéré alors régulièrement touché par des cambriolages. Cette nuit-là, plusieurs individus armés de pierres et de barres de fer, le visage dissimulé, se sont introduits dans une maison encore en construction après avoir forcé le cadenas de la porte d’entrée. À l’intérieur, se trouvaient deux hommes et un mineur.
Une fuite qui tourne au drame

En apercevant les intrus, les occupants ont choisi de s’enfuir en sautant par une fenêtre du deuxième étage située à 6 mètres du sol. Deux d’entre eux ont été blessés mais ont pu s’en sortir avec des plaies. Le troisième, un homme d’une cinquantaine d’années, a fait une chute beaucoup plus grave après avoir heurté un muret. Lorsque les policiers de la brigade anti-criminalité (BAC) sont arrivés sur place, ils l’ont retrouvé allongé au sol, incapable de bouger.
Son pronostic vital était engagé et malgré de longs mois de soins et de rééducation, il est aujourd’hui tétraplégique. Selon son avocate, maître Fanny Khau-Chastaing, il ne peut plus vivre seul et dépend désormais de l’assistance de ses proches pour les gestes les plus simples du quotidien. « Il ne peut ni boire, ni manger seul », confie sa représentante.
Les cambrioleurs ont quitté les lieux avec plusieurs objets, notamment des téléphones, du matériel électroménager et une bouteille de gaz. Les investigations ont permis d’identifier le suspect Alpha Y., un jeune en situation irrégulière, grâce à l’un des téléphones volés. Selon l’enquête, le prévenu avait utilisé l’appareil avec sa propre carte SIM, ce qui a conduit les policiers jusqu’à lui.
Les autres individus impliqués dans les faits n’ont pas été retrouvés. Les recherches menées dans les quartiers informels du secteur n’ont pas permis de les localiser et elles ont ensuite été fortement compliquées par le cyclone Chido.
Des responsabilités peu contestées

Jugé pour vol avec arme et vol aggravé par plusieurs circonstances, le jeune homme a reconnu sa présence sur les lieux lors de l’enquête. Il avait notamment déclaré être venu avec une barre de fer.
À l’audience, la représentante du parquet a qualifié les faits de « véritable tragédie », rappelant que l’objectif du groupe était bien de commettre un vol et que les témoignages recueillis dans le voisinage confirmaient leur présence sur place. Elle a également souligné que le prévenu était déjà connu des services de police pour des faits similaires.
De son côté, maître Fanny Khau-Chastaing a insisté sur la peur ressentie par les victimes au moment de l’intrusion. « Ils avaient très peur, on était en plein milieu de la nuit. Ils ont sauté les uns après les autres pour fuir et pouvoir sauver leur vie », a-t-elle déclaré devant le tribunal. « Mon client est grièvement blessé, il est aujourd’hui handicapé à 80%, il est en fauteuil roulant et ne peut bouger que sa main droite ».
Trois ans de prison prononcés

Après plus de trente minutes de délibération, le tribunal a reconnu Alpha Y. coupable. Les juges ont retenu qu’il avait participé au cambriolage en étant armé et le visage dissimulé, et que les violences liées à cette intrusion avaient conduit l’une des victimes à tenter de fuir avant d’être grièvement blessée.
Il a été condamné à trois ans d’emprisonnement. Ayant déjà effectué deux années en détention provisoire, la dernière année pourra être exécutée sous bracelet électronique à domicile. Le tribunal lui a également interdit de porter une arme pendant cinq ans, lui a imposé de suivre une formation et l’a condamné à indemniser les victimes.
Les victimes ont obtenu une indemnisation de 700 euros chacune pour préjudice moral. Le condamné dispose de dix jours pour faire appel de la décision.
Shanyce MATHIAS ALI.


