Au CHM, une feuille de route ambitieuse pour reprendre la main sur le système de santé

Pour sa première prise de parole depuis sa nomination, le directeur du Centre Hospitalier de Mayotte, Jean-Michel Beaumarchais a détaillé une série de projets qui doivent transformer l’établissement dans les années à venir, entre reconstruction après le cyclone et développement de nouveaux services.

À la direction générale du Centre hospitalier de Mayotte (CHM), l’heure était aux annonces, ce mercredi matin. Nommé le 1er janvier à la tête de la santé mahoraise, Jean-Michel Beaumarchais s’est exprimé pour la première fois devant les médias. Il avait toutefois déjà accordé à notre rédaction une interview exclusive le 15 février dernier.

Le directeur général entend désormais expliciter les chantiers en cours et tracer les grandes orientations des prochaines années. « Il était important que la population de Mayotte sache ce que nous faisons et s’approprie véritablement son établissement », a-t-il déclaré. Le CHM reste aujourd’hui le pilier du système de santé sur l’île, avec son site principal à Mamoudzou et ses centres médicaux de référence répartis sur le territoire. Une offre de soins qui couvre aussi bien la médecine, la chirurgie, que la santé mentale ou les soins à domicile, pour les adultes comme pour les enfants.

Un maillage de soins qui se renforce sur le territoire

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Plusieurs locaux du CHM ont été sévèrement détruits par le cyclone Chido, survenu le 14 décembre 2024, et étaient toujours dans cet état au 3 mars 2026. Mathilde Hangard / JDM.

Plusieurs ouvertures sont déjà engagées ou en cours, avec des centres périnataux de proximité à Dzoumogné et M’ramadoudou pour le suivi des mères et des enfants, des centres médico-psychologiques pour les adultes et les plus jeunes, ainsi qu’une unité enfant-parent et un service de médecine à Dzoumogné. Ces dispositifs s’inscrivent dans une logique de maillage du territoire visant à limiter les déplacements et faciliter l’accès aux soins pour la population.

Cependant, il est difficile de parler d’avenir sans revenir aux conséquences du cyclone Chido, qui a fortement endommagé les infrastructures hospitalières. Le CHM a malgré tout assuré la continuité des soins pendant la crise, avant d’engager une phase de reconstruction. « Il s’agissait déjà de remettre l’hôpital en route (…) Ça c’est fait », explique le directeur, qui évoque désormais des démolitions de bâtiments devenus inadaptés, ainsi que le lancement de projets de modernisation.

Reconstruction et grands chantiers jusqu’à 2030

Dans cette dynamique, plusieurs chantiers structurants sont annoncés jusqu’à l’horizon 2030, avec en priorité le renforcement de la prise en charge mère-enfant et l’extension des lieux à travers le futur bâtiment « Patio », attendu pour 2027, qui doit notamment accueillir de nouvelles salles d’opération et améliorer les conditions d’accueil.

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Plusieurs chantiers sont prévus, notamment, une unité de psychiatrie en Petite-Terre.

Sur le long terme, la structure prévoit divers chantiers dont, une restructuration complète des urgences avec un nouvel établissement envisagé pour 2028. Il intégrera un accueil repensé, des espaces élargis et une hélisurface pour améliorer les évacuations, ainsi que la création d’un service de psychiatrie sur Petite-Terre dont les études sont déjà lancées. « Nous allons améliorer l’espace avec un accueil physique et aussi l’accueil téléphonique, pour améliorer l’orientation des usagers », précise Jean-Michel Beaumarchais.

Attirer, fidéliser et faire évoluer les équipes

En parallèle des nouveaux bâtiments, la question des ressources humaines reste centrale. En effet, le Centre Hospitalier de Mayotte fait face à des tensions auprès de plusieurs catégories de métiers : urgentistes, anesthésistes, pédiatres, sages-femmes ou encore infirmiers. Pour y répondre, plusieurs mesures sont mises en place, comme des primes d’engagement, des dispositifs pour renforcer l’attractivité ou encore la construction d’une centaine de logements.

Jean Michel Beaumarchais, directeur du CHM. Léo Vignal / JDM

L’objectif est aussi de fidéliser les équipes sur le long terme, en misant notamment sur la formation locale. « Nous travaillons sur une capacité à faire que les gens restent, en formant des Mahorais pour qu’ils s’approprient l’hôpital », explique le directeur, qui insiste sur la nécessité de stabiliser les effectifs. Autre enjeu, moins visible mais bien présent : la coopération avec d’autres établissements. Le Centre Hospitalier de Mayotte s’appuie déjà sur des partenariats avec La Réunion et plusieurs hôpitaux de métropole pour certaines spécialités. Une dynamique qui selon le directeur est en train de se relancer notamment autour de pratiques comme la pose de pacemakers.

Enfin, le CHM affiche une ambition plus large autour de son fonctionnement, avec la mise en place d’une démarche de responsabilité environnementale. « Nous avons quelques retards par rapport aux autres mais c’est faisable. Ça se traduira par le tri de nos déchets, mais aussi dans le bloc opératoire avec l’usage de gaz médicaux réutilisables ou encore la pose de panneaux photovoltaïques », partage encore le directeur de l’hôpital.

Aujourd’hui, l’établissement s’appuie sur une activité en hausse, avec 8.864 naissances enregistrées, plus de 500.000 consultations et 1.823 évacuations sanitaires. Des chiffres qui témoignent d’une pression toujours plus forte sur le système de santé local.

Derrière ces projets, une même ligne directrice se dessine : reconstruire, mais aussi adapter l’hôpital aux besoins du territoire. Avec, en toile de fond, un horizon affiché par la direction, faire évoluer le CHM d’ici 20230-2035 pour en faire un établissement plus accessible, plus structuré et mieux équipé.

Shanyce MATHIAS ALI et Léo VIGNAL.

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