Ce mercredi matin, au lycée des lumières, 26 élèves de différentes classes, étaient réunis pour une intervention menée par l’association Mlézi Maoré, en partenariat avec l’Agence Régionale de Santé de Mayotte. L’objectif était de parler des déchets, de ce qu’ils deviennent, mais surtout ce qu’ils provoquent. Parmi ces jeunes, des élèves en accueil, mais également en vente qui se sont regroupés pour un projet commun.
Des élèves impliqués et réactifs

Face à eux, un médiateur sanitaire projette des images, qu’il commente et décrypte. Les thèmes évoqués sont variés : du ramassage au tri, en passant par le recyclage ainsi que la seconde vie des objets. « On a parlé des déchets, du tri, parce que c’est essentiel », explique El-hartoon Ayouba, médiateur sanitaire pour Mlézi Maoré. Des activités plus ludiques ont aussi été mises en place, pour stimuler les élèves, notamment sur la durée de vie de divers objets de notre quotidien.
D’après lui, c’est un sujet important à Mayotte, où la présence de déchets rend indispensable de sensibiliser les jeunes à leurs conséquences, notamment sur la santé avec des risques de maladies comme le choléra. « Les élèves sont très réactifs, ils sont très intéressés et posent des questions sur comment améliorer leurs gestes pour l’environnement », souligne l’animateur de l’atelier.
Du concret dans la cour et autour du lycée

Une fois l’atelier terminé, les élèves sont passés à l’action, pour appliquer ce qu’ils avaient appris durant la matinée. Gants, sacs poubelles, casquettes, chacun s’équipe avant de sortir. Par groupes de deux, ils parcourent l’établissement et ses abords, de la cour aux couloirs, en passant par les escaliers. La consigne donnée par le professeur est claire : ne rien laisser de côté.
Le tri se fait directement sur place, en effet les paires de lycéens sont munies de sacs de différentes couleurs noirs pour les déchets non recyclables et blancs pour ceux qui peuvent l’être. Au fil du ramassage, les ordures les plus fréquentes sont : les briques de jus, les bouteilles d’eau, les canettes de soda, les emballages de gâteaux, mais également les mégots de cigarette. « Je me dis que c’est bien car on nettoie là où on étudie, mais aussi si les autres nous voient faire ça va leur faire comprendre que jeter les déchets sur le sol ce n’est pas bien et ça pollue la nature », partage l’un d’entre eux.
Un projet qui va au-delà de l’opération
Cette action s’inscrit dans un projet plus large, lancé en septembre dernier avec leur professeur d’économie-gestion, Enrico Gob. L’idée est de construire des actions concrètes autour de l’environnement, tout en développant des compétences utiles pour le futur avenir professionnel des jeunes. « Tout ce qu’ils apprennent c’est des valeurs qu’ils pourront réutiliser plus tard en entreprise ou même pour entreprendre », confie l’enseignant. Pour cela, les élèves sont confrontés à des situations réelles, telles que la prise de contacts avec les entreprises et les associations, mais aussi l’organisation des différents événements prévus dans le cadre du projet.
À travers l’initiative « Lagon Ewa », les élèves travaillent sur la valorisation de Mayotte, notamment autour du lagon, tout en questionnant sa protection. « Ils font la communication sur les réseaux sociaux et le site et c’est aussi prévu qu’ils fassent des logos pour les partenaires. Les jeunes sont vraiment impliqués à chaque étape », explique l’enseignant.

Le lien entre la matière et cette initiative passe, selon le professeur, par la question du tourisme. « On ne développe pas le tourisme sans penser à l’environnement », rappelant que sans sites à visiter, l’activité touristique ne peut pas exister. Il souligne l’importance de donner envie aux visiteurs de découvrir les richesses du territoire, comme dans d’autres îles, notamment dans les Caraïbes ou à La Réunion, où le tourisme représente souvent une part importante de l’économie. Pour lui, Mayotte s’inscrit dans cette même logique et doit développer son attractivité tout en préservant ses espaces naturels.
Pour les lycéens ce projet est concret mais surtout très enrichissant. « On a créé ce site pour valoriser Mayotte et les activités autour de l’environnement », souligne Rosemine Mohamadi Riziki, en terminale métier de l’accueil. Pour elle, l’initiative va au-delà de l’enseignement, elle permet notamment aux élèves de gagner en confiance et d’oser davantage prendre la parole en public. « Ça nous apporte des connaissances et ça nous aide aussi parce que plus tard, on veut créer notre entreprise dans le commerce », ajoute-t-elle.
Au-delà du lycée des Lumières, la question des déchets à Mayotte est aussi portée au niveau national. Plus tard dans la matinée, le sénateur Saïd Omar Oili interpellait justement la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, sur la situation des déchets sur l’île. Il a notamment évoqué les amas encore présents sur plusieurs sites plus d’un an après le cyclone Chido, ainsi que leurs conséquences sur la santé publique et sur l’environnement.
Shanyce MATHIAS ALI et Léo VIGNAL.


