Mayotte : la natalité repart à la hausse, mais les accouchements hors de l’île se multiplient

La population de Mayotte continue de croître grâce à une fécondité élevée, mais l’augmentation des accouchements hors du territoire révèle de nouvelles tendances démographiques sur l’île.

Ce jeudi matin, au centre Kinga, l’antenne locale de l’Insee a détaillé les grandes tendances démographiques de 2025 à Mayotte. Un point annuel attendu, qui permet de mesurer l’évolution de la population sur l’île.

L’année dernière, 9.070 enfants sont nés de mères domiciliées sur le territoire, le chiffre inclut aussi celles qui résident sur l’île mais qui ont accouché ailleurs. Cela représente 160 naissances de plus qu’en 2024, après deux années de recul.

Le centre Kinga où se trouve les locaux de l’Insee.

« On constate que les naissances repartent légèrement à la hausse », a expliqué Hatubou Antoy, chef du service régional. Le niveau reste toutefois légèrement inférieur à celui de 2020, en pleine crise sanitaire. Mais si l’on regarde sur dix ans, les naissances sont bien plus nombreuses qu’au début des années 2010, où l’on comptait en moyenne 7.100 naissances par an.

 

 

Fécondité et profil des parents

À Mayotte, chaque femme a en moyenne 3,5 enfants, un chiffre stable mais toujours sous la barre des quatre pour la deuxième année consécutive. Malgré cela le territoire conserve la première place des départements français pour le nombre d’enfants par femme. À titre de comparaison, la fécondité dans l’Hexagone est de 1,5 enfant par femme, bien moins qu’à Mayotte, où les familles de trois enfants ou plus restent la norme.

Au-delà du nombre d’enfants par femme, la composition des parents montre également des tendances marquées. Trois naissances sur quatre ont une mère étrangère, principalement comorienne, tandis que les malgaches représentent une part plus réduite estimé à environ 6% et les autres nationalités venant d’Afrique des Grands Lacs restent minoritaires. Du côté des pères, un peu plus d’un sur deux est étranger, très majoritairement comorien. Au final, un nouveau-né sur deux a au moins un parent français, mais seuls 18 % ont deux parents français, contre 28 % en 2014.

Concernant l’âge moyen d’accouchement sur l’île, il est estimé à 29 ans, soit plus de deux ans de moins qu’au niveau national. Quant aux naissances de mères mineures, elles continuent de diminuer, mais restent encore assez fréquentes.

Accouchements hors département 

Selon l’Insee de plus en plus de femmes mahoraises accouchent en dehors de l’île.

Autre évolution marquante, le nombre de femmes domiciliées à Mayotte qui accouchent hors de l’île continue d’augmenter. En effet, en 2025, 530 bébés sont nés en dehors du département. C’est le niveau le plus élevé depuis que ce phénomène a commencé à être mesuré il y’a douze ans. Cette tendance se traduit par une répartition presque équivalente entre La Réunion et l’Hexagone et touche principalement les mères françaises. Malgré cela, la grande majorité des accouchements se déroule toujours sur l’île, principalement à la maternité de Mamoudzou.

 « Une femme française sur cinq à Mayotte ferait le choix d’accoucher à La Réunion ou dans l’Hexagone. C’est quelque chose qui avait été observé dans le passé, mais qui prend beaucoup d’ampleur », souligne Jamel Mekkaoui, adjoint au chef du service des études et de la diffusion à La Réunion et qualifiant la situation de «phénomène d’interêts».  Il précise que cette évolution sera suivie de près dans les prochaines années. « L’ensemble de ces résultats nous interpelle et doit interpeller les acteurs publics  ».

Une croissance toujours soutenue malgré la mortalité

Si les accouchements attirent l’attention, les chiffres sur les décès révèlent également des changements notables dans la population. L’année dernière, 1.040 personnes domiciliées à Mayotte sont décédées, un chiffre légèrement supérieur à celui de 2024, mais surtout en hausse  depuis 2019. Selon l’Insee, cette augmentation s’explique principalement par la forte croissance de la population et par l’augmentation du nombre de seniors sur l’île.

La mortalité infantile demeure aussi élevée dans le 101e département. Entre 2021 et 2023, 10,4 enfants sont décédés avant leur premier anniversaire pour 1.000 naissances vivantes. D’après l’Institut, ce taux s’accroit par rapport à il y’a quelques années, où il s’élevait à 9%.

Cette croissance de la mortalité est due à l’augmentation des seniors.

En ce qui concerne l’espérance de vie, pour les hommes  l’âge moyen s’établit à 73 ans, soit deux ans de moins qu’avant la crise sanitaire, tandis que celle des femmes atteint 76,4 ans, un niveau jugé stable. Ces chiffres restent néanmoins inférieurs à ceux de l’Hexagone. Les responsables de l’Insee précisent que ces données proviennent des actes d’état civil transmis par les communes et que l’espérance de vie correspond à l’âge moyen qu’atteindrait une personne si elle connaissait tout au long de sa vie les taux de mortalité observés cette année.

Malgré la hausse des décès, la dynamique démographique reste soutenue. En effet, la différence entre les naissances et les décès, le solde naturel, est à 8.030 personnes, après deux années de recul il repart donc légèrement à la hausse.

Shanyce MATHIAS ALI.

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