Nous avons profité de la publication de son dernier ouvrage pour interroger l’ancien député LR, Mansour Kamardine, sur la situation actuelle de la France au lendemain de la censure contre le gouvernement et suite à la prise de parole controversée du président de la République ce jeudi.

Censure du gouvernement – « On a sacrifié la France et les Français » pour Mansour Kamardine

Nous avons profité de la publication de son dernier ouvrage pour interroger l’ancien député LR, Mansour Kamardine, sur la situation actuelle de la France au lendemain de la censure contre le gouvernement et suite à la prise de parole controversée du président de la République ce jeudi.

La France vit une bascule sans précédent. On a l’impression d’un jeu de dominos depuis les élections européennes, puis législatives…

Mansour Kamardine : Ce qui se passe est évidemment lié aux résultats des élections et à la décision de dissolution. Fallait-il dissoudre en sachant que les Français répondent rarement à la question posée ? Ils visent le président de la République plutôt à travers leurs votes. Surtout dans le contexte actuel des formations politiques. Il y a en effet trois blocs, les deux extrêmes et le centre, il n’y a donc pas de majorité contrairement à d’habitude. Et tout le monde revendique la victoire. Les uns se prévalant de 11 millions d’électeurs, les autres du plus grand nombre de députés, et les troisièmes, de contrôler le Sénat.

Mais Emmanuel Macron a remis de l’huile sur le feu en indiquant que la censure était le fait d’un « front anti-républicain » alors que les RN et LFI ont utilisé un moyen constitutionnel.

Mansour Kamardine : Contrairement à ce qu’on peut penser, la censure ne vient pas du 49.3 ce qui serait parfaitement constitutionnel. Le 49.3 a été utilisé plusieurs fois avec des comportements responsables des groupes parlementaires. Les LR ont par exemple refusé de sanctionner les gouvernements Borne et Attal qui y avaient eu recours, car il n’y avait pas d’alternative. Là, on a renversé pour le plaisir de renverser, sans proposer de solutions. Mélenchon pense renverser le gouvernement en espérant provoquer le départ de Macron. Je ne suis pas macroniste, mais il a raison de tenir, et de dire que la censure était anti-républicaine. Marine Le Pen arbitre en fonction de ses échéances judiciaires, et joue comme si on était dans une cour de récré, en s’adressant à Michel Barnier sur un mode : « tu as donné un bonbon à Attal et aux autres, mais pas à moi ! ». Et après, une fois que le mal est fait, elle dit « je laisserai le gouvernement travailler! ». N’oublions jamais qu’elle s’est alignée pour ça avec ceux qui traitent les forces de l’ordre de criminels. Et le socialiste François Hollande, comment en tant qu’ancien président peut-il s’associer à ces manœuvres ?!

Quelle perspective pour cet inconnu dans lequel nous venons de plonger, avec des délais très courts pour sortir un budget ?

Une nouvelle dissolution et de nouvelles élections un an après ?

Mansour Kamardine : C’est possible qu’il y ait une nouvelle dissolution avec de nouvelles élections en juillet 2025, mais il faut tenir jusque-là. Comment ? C’est compliqué à dire. Une loi spéciale va être votée pour tenir un budget, mais le temps de former un gouvernement et de voter le budget, rien ne se fera. On a sacrifié la France et les Français. Personne ne parle plus de baisser la dette, on va se retrouver dans la même situation que la Grèce. J’ai apprécié la réplique de Michel Barnier à Marine Le Pen, « nous n’avons pas la même notion de la souveraineté ! ». Où est l’intérêt de la nation dans ce qui vient de se passer ?

Les oppositions reprochent un manque de concertation sur l’élaboration d’un budget dont ils savaient la contrainte de temps…

Mansour Kamardine : C’est évident qu’en deux semaines il était impossible de solliciter tout le monde, mais c’est pire que ça, comme l’a dit Michel Barnier au président du groupe PS, « avant même que le gouvernement soit installé, vous aviez annoncé qu’il serait censuré ! ». Or, ce gouvernement n’était pas illégitime étant donné qu’aucun parti politique n’avait la majorité à l’issue des élections législatives. Ce qui était illégitime, c’était les tentatives de part et d’autre de vouloir faire nommer un Premier ministre quand c’est le rôle du président de la République.

Propos recueillis par Anne Perzo-Lafond

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