Après le décès, le 5 octobre à Nairobi, d'un homme infecté en République démocratique du Congo (RDC), l'Agence régionale de santé (ARS) de Mayotte a renforcé ses mesures de surveillance des voyageurs en provenance du Kenya. Questionnaires sanitaires, SMS de prévention, personnels supplémentaires à l'aéroport de Dzaoudzi. Le dispositif est activé pour détecter rapidement tout cas suspect.

Ebola à Mayotte : « Le niveau d’alerte reste faible, mais nous prenons cette menace très au sérieux »

Après le décès, le 5 octobre à Nairobi, d'un homme infecté en République démocratique du Congo (RDC), l'Agence régionale de santé (ARS) de Mayotte a renforcé ses mesures de surveillance des voyageurs en provenance du Kenya. Questionnaires sanitaires, SMS de prévention, personnels supplémentaires à l'aéroport de Dzaoudzi. Le dispositif est activé pour détecter rapidement tout cas suspect.

« Il n’y a pas de raison d’être dans une forme de psychose », assure le Dr Marc Noizet, directeur adjoint de l’ARS Mayotte. Mais derrière ce message rassurant, les autorités sanitaires préparent l’île à une éventuelle introduction du virus, avec un protocole allant de l’identification d’un cas suspect à son isolement au Centre hospitalier de Mayotte, jusqu’à l’acheminement d’un prélèvement vers le laboratoire de référence de Lyon. Si le risque d’introduction du virus sur le territoire est jugé faible, l’isolement de Mayotte du fait de l’éloignement de l’Hexagone imposent une préparation rigoureuse car à ce jour, depuis mai 2026, l‘épidémie actuelle du variant Bundibugyo en République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda a franchi le seuil des 4.000 décès.

Un cas importé au Kenya, une vigilance renforcée à Mayotte

Apprentissage, Afrique, Mayotte
Après un décès lié au virus Ebola au Kenya début octobre, les voyageurs à destination de Mayotte font l’objet d’une surveillance sanitaire renforcée.

Le décès d’un homme infecté par le virus Ebola en République démocratique du Congo, survenu le 5 octobre dernier à Nairobi, a conduit les autorités sanitaires mahoraises à accélérer leur dispositif de surveillance. L’homme, qui vivait en RDC depuis sept ans, avait traversé l’Ouganda, avant de rejoindre la capitale kényane par avion. L’infection par le virus Ebola de Bundibugyo a été confirmée le 6 octobre.

Pour autant, le Kenya n’est pas considéré comme une zone de circulation active du virus. « Aujourd’hui, les autorités sanitaires internationales n’ont pas classé le Kenya dans les zones de circulation active de cas Ebola. Le Kenya n’est pas une zone de circulation de l’épidémie », rappelle le Dr Marc Noizet.

À ce stade, les autorités sanitaires kényanes n’ont signalé qu’un seul cas importé depuis la RDC. Les personnes ayant été en contact avec le malade font l’objet d’un suivi étroit. Pour Mayotte, cette situation ne constitue donc pas, selon l’ARS, un motif d’alerte élevée. « C’est un cas isolé donc par rapport au Kenya, pour nous aujourd’hui, il n’y a pas de risque particulier d’introduction », souligne le médecin.

Mayotte, CHM, tente Ebola,
D’après l’ARS Mayotte, le CHM disposerait de près de huit chambres d’isolement dédiées à la prise en charge de patients infectés par le virus Ebola. Mathilde Hangard / JDM.

L’ARS n’a toutefois pas attendu une éventuelle dégradation de la situation pour renforcer ses contrôles. Mardi 13 octobre, ses équipes ont appelé les 140 passagers des vols en provenance du Kenya arrivés le dimanche précédent et le mardi même. L’objectif était double : retracer leurs parcours avant leur arrivée à Mayotte, notamment un éventuel passage par la RDC ou l’Ouganda, et leur rappeler les symptômes de la maladie ainsi que les consignes à suivre en cas d’apparition de signes évocateurs.

En temps normal, trois vols hebdomadaires relient le Kenya à Mayotte, les dimanches, mardis et jeudis. Et pour les prochains vols, l’ARS prévoit de maintenir un dispositif sanitaire renforcé avec un doublement des personnels mobilisés à l’arrivée, une distribution systématique de questionnaires sanitaires, et envoi de SMS d’information à tous les passagers. Les questionnaires doivent permettre de recueillir les coordonnées des voyageurs, de connaître leurs éventuelles expositions au virus et d’identifier un risque sanitaire dès leur arrivée à l’aéroport de Dzaoudzi.

« On avait déjà prévu cette stratégie auparavant, mais on a accéléré les choses », explique le Dr Noizet. Les appels individuels, en revanche, ont été limités aux deux vols concernés par cette opération ponctuelle, compte tenu des informations transmises par les autorités kényanes. Cette surveillance ciblée pourrait être étendue à d’autres liaisons si l’épidémie progressait géographiquement. Le médecin cite au hasard notamment Madagascar, avec lequel Mayotte entretient des liens économiques et culturels étroits. « Ce serait plus ennuyeux, car on a une imbrication économique et culturelle avec Madagascar très forte à Mayotte », observe-t-il.

De l’aéroport au CHM : une procédure d’urgence déjà préparée

Mayotte, ARS, Ebola,
L’ARS a préparé un protocole d’isolement en cas de suspicion d’Ebola sur le territoire. Photographie / DR.

Au-delà du contrôle des voyageurs, l’enjeu est de pouvoir identifier rapidement un cas suspect et d’éviter toute exposition supplémentaire. À Mayotte, deux situations sont envisagées, à commencer par la détection d’un passager symptomatique avant l’atterrissage, mais aussi la possibilité d’une identification d’une personne à risque par les agents de l’ARS à son arrivée sur le sol mahorais.

Dans le premier cas, si un membre de l’équipage signale un voyageur présentant des symptômes compatibles avec Ebola, comme de la fièvre, des vomissements ou une diarrhée, l’alerte est transmise à la tour de contrôle. L’avion est alors dirigé vers une zone spécifique du tarmac, où les secours peuvent intervenir sans que les passagers ne se dispersent dans l’aéroport.

Les équipes évaluent la situation, identifient les personnes ayant pu être exposées et déterminent les mesures à prendre. Les contacts rapprochés sont particulièrement recherchés, notamment en cas d’exposition aux liquides biologiques d’une personne malade. La désinfection de l’appareil et le suivi des personnes concernées complètent le dispositif.

Le même principe s’applique lorsqu’un voyageur est repéré à l’arrivée grâce au questionnaire sanitaire. Si une personne ayant séjourné dans une zone de circulation du virus présente des symptômes compatibles, elle est accompagnée vers l’infirmerie de l’aéroport, qui sert de zone d’isolement initiale. Le SAMU intervient alors pour évaluer le risque et organiser la prise en charge.

Mayotte, Ebola, CNR, Lyon, ARS, CHM, biologie, prélèvements,
Les prélèvements suspects sont acheminés au Centre national de référence (CNR) des fièvres hémorragiques virales (FHV) de Lyon. Photographie / DR

La qualification de « cas suspect » ne repose cependant pas sur les seuls symptômes. Le centre 15 travaille avec un infectiologue au cours d’une conférence téléphonique, à partir d’une série de questions définies par Santé publique France. Si le classement en cas suspect est retenu, une équipe équipée de protections individuelles intervient pour transporter le patient en sécurité vers le Centre hospitalier de Mayotte (CHM), à Mamoudzou, où un circuit spécifique a été identifié pour éviter tout contact avec les autres patients. Un prélèvement sanguin est alors réalisé, puis acheminé vers le Centre national de référence (CNR) de Lyon, seul laboratoire de référence français mobilisé pour ces analyses selon le dispositif décrit par l’ARS, pour confirmer ou non le cas.

La distance complique nécessairement les opérations. Le prélèvement quitte l’hôpital de Mayotte pour l’aéroport de Dzaoudzi, rejoint La Réunion, puis Paris avant d’être acheminé à Lyon. « Il nous faut 36 heures entre le moment où le patient est prélevé et le moment où on a le résultat », précise le Dr Noizet.

Ce délai impose une organisation logistique rigoureuse. Les prélèvements liés à Ebola sont soumis à des règles particulièrement strictes en raison du risque biologique. Chaque intervenant doit être habilité à les manipuler et à les transporter, dans le respect de procédures spécifiques.

Pour vérifier la solidité de cette chaîne, l’ARS, le CHM et le CNR de Lyon ont déjà réalisé un exercice grandeur nature à partir d’un prélèvement fictif. Des exercices réguliers impliquent également les professionnels de santé, les sapeurs-pompiers, les forces de l’ordre et les responsables de la chaîne d’alerte. « On essaye de le jalonner assez régulièrement en exercices parce que ce n’est pas le centre de notre métier« , rapporte le médecin. Mais, ajoute-t-il, « maintenir un système performant exige de répéter les procédures et de rappeler à chacun son rôle ». 

L’ARS a également prépositionné du matériel supplémentaire sur l’île, aussi bien pour la prise en charge des patients que pour la protection des professionnels et les analyses biologiques. L’objectif est de pouvoir faire face à l’arrivée d’un ou de plusieurs cas sur plusieurs jours consécutifs. « Toute la chaîne d’accueil, de prise en charge et de traitement est préactivée en continu pour faire face à l’introduction de ce virus », assure le Dr Noizet.

Une menace jugée faible, mais une île qui doit pouvoir compter sur ses propres moyens

EVASAN, CHM, La Réunion, Mayotte
En raison des fragilités du système de soins de Mayotte, des renforts sanitaires vers ou venus de La Réunion pourraient être mobilisés en cas de crise.

Si le risque d’introduction d’Ebola à Mayotte reste faible, l’ARS ne minimise pas les conséquences qu’aurait un cas confirmé sur le territoire. L’éloignement de l’Hexagone, la dépendance à des liaisons aériennes et les capacités limitées du système de santé local constituent autant de contraintes en cas d’urgence sanitaire. « Comme on est à 8.000 kilomètres de la métropole, cette préparation nécessite non seulement de l’information, mais du prépositionnement de matériel », souligne le Dr Noizet. Il rappelle que des renforts ne pourraient pas arriver instantanément en cas de besoin, même si La Réunion pourrait constituer un précieux appui régional.

« On ne peut pas être renforcé de manière rapide, hormis éventuellement par La Réunion, mais il faut quand même quelques heures à un avion pour venir », souligne-t-il. Cette réalité oblige le territoire à anticiper les besoins matériels et humains plutôt qu’à compter uniquement sur des renforts extérieurs.

Le médecin insiste également sur la nécessité de maintenir un niveau de préparation dans la durée. L’épidémie déclarée en RDC mi-mai 2026 impose, selon lui, de rester attentif à son évolution et de conserver des équipes capables d’activer rapidement les procédures. La stratégie actuelle est donc conçue pour évoluer si de nouvelles zones de circulation apparaissent ou si les informations épidémiologiques changent. D’autre part, l’ARS rappelle que la surveillance ne se limite pas à l’aéroport. Le protocole pourrait être appliqué partout sur le territoire mahorais, y compris lors d’une interception en mer impliquant une personne présentant des symptômes compatibles avec Ebola.

Le précédent d’un médecin humanitaire infecté par la maladie en RDC, pris en charge en métropole après son retour en juin dernier, et désormais guéri, montre par ailleurs que l’identification rapide d’un cas et son isolement peuvent permettre une prise en charge adaptée. Pour le Dr Noizet, l’enjeu est précisément de reproduire cette réactivité à Mayotte, malgré les contraintes géographiques.

À ce stade, le message des autorités sanitaires reste donc mesuré, sans céder à la panique, mais sans aucune place non plus pour l’improvisation. « Le niveau d’alerte reste faible », rappelle le directeur adjoint de l’ARS, qui précise toutefois que la menace est prise « très au sérieux ». 

« S’il commence à y avoir un risque, bien évidemment, on élèverait le niveau de filtre à l’entrée, quel que soit le point d’entrée, le niveau de vigilance, le niveau d’accueil et d’identification des risques », conclut-il. Car si le risque est aujourd’hui jugé faible, l’isolement de l’île rend indispensable une préparation capable de répondre dès les premiers signes d’une éventuelle introduction du virus.

Mathilde Hangard

Partagez l'article :

spot_imgspot_img

Les plus lus

Publications Similaires
SIMILAIRES

Football : Combani arrache sa qualification en Coupe de France aux dépens de Bandrélé

Les Diables noirs iront représenter Mayotte dans l’Hexagone au septième tour de la Coupe de France. Sur le terrain de Labattoir et à huis clos, ce samedi 17 octobre, Combani a battu le Bandrélé FC en finale régionale (3-2).

SMAE : Remises d’eau pour reconstitutions des réserves

SMAE (Mahoraise des Eaux) informe les usagers des secteurs...

Orange mettra fin à la 2G à Mayotte le 31 décembre 2026

Orange annonce l'arrêt de son réseau mobile 2G à Mayotte au 31 décembre 2026, dans le cadre de la modernisation de ses infrastructures.

ZILY dévoile son nouveau titre « SWAMAHA »

L’artiste Zily présente son nouveau titre « Swamaha », un hymne au pardon, à la paix et à l’humanité.