Sur la place de la République, les créations exposées racontent des histoires personnelles, des émotions et des parcours de vie. Des sacs cousus à la main, des ouvrages en laine, des peintures et des dessins attirent les regards. Derrière ces réalisations, il y a des personnes suivies par les Groupes d’entraide mutuelle (GEM), venues montrer ce qu’elles font, mais aussi ce que les activités artistiques leur apportent.
Pour les associations présentes, l’enjeu est important car à Mayotte, la santé mentale reste un sujet difficile à aborder avec des besoins d’accompagnement importants et un manque de structures d’accueil.
Des activités pour retrouver confiance
Parmi les participants, Aleg, 22 ans, suivi par le GEM Ouvoimoja Wa Autisme de Cavani et Passamaïnty, dessine depuis le CM2. Ses œuvres représentent notamment la joie, la tristesse et la surprise, des émotions qu’il exprime à travers ses dessins, selon ce qu’il ressent ou les situations qu’il traverse.

« Même quand je réfléchis trop, je l’exprime en dessinant », explique-t-il. Adhérent du GEM depuis 2019, il dit s’y sentir bien, comme chez lui, un endroit où il se sent en sécurité.
Du coté du GEM Réussite, piloté par Mlézi Maoré, les membres ont travaillé sur la couture, le tricot, la peinture et l’argile. Les créations présentées aujourd’hui ont été réalisées par les adhérents après des séances avec des professionnels venus leur transmettre des techniques et des savoir-faire. « À l’heure actuelle, ce sont les adhérents eux-mêmes qui produisent leurs créations et qui sont même prêts à transmettre aux autres », explique Milca Baou, coordinatrice du dispositif.
Les résultats varient selon les activités et les personnes, le tricot a trouvé son public, tandis que la couture rassemble jusqu’à 20 participants. « Ça met les cerveaux en pause, ils peuvent se poser, se calmer et s’exprimer avec quelque chose qui leur correspond totalement », souligne-t-elle.
Il n’y a pas que les médicaments
Les GEM accueillent des personnes confrontées à une souffrance psychique : mal-être, traumatismes ou encore des troubles plus importants. Leur rôle est de favoriser les échanges, de recréer du lien social et d’aider les adhérents à retrouver de l’autonomie. Ils ne remplacent pas les soins psychiatriques, mais peuvent intervenir en complément, notamment lorsque la personne a besoin de sortir de l’isolement.

Joceline Bacar, animatrice sociale, accompagne les adhérents dans leurs activités quotidiennement. Elle explique que les échanges collectifs, les rencontres individuelles et les sorties permettent progressivement d’établir une relation de confiance, indispensable.
« Parfois, on a tendance à dire que ce sont les médicaments qui peuvent aider la personne à aller mieux, alors que non, pas forcément. Une personne peut juste avoir besoin de parler », explique-t-elle.
Le but est de permettre aux adhérents de reprendre contact avec les autres, de partager leurs expériences et de retrouver une place dans la société. Mais cet accompagnement se heurte aussi aux limites des structures existantes. Les GEM sont normalement destinés à des personnes dont l’état psychique est stabilisé, mais ils accueillent parfois des personnes qui ont encore besoin d’un accompagnement important faute de solutions suffisantes sur le territoire.
« La santé mentale, c’est un sujet qui fait peur »
Pour Daniati Halidi, coordinatrice du GEM Ouvoimoja Wa Autisme de Passamaïnty et Cavani, la sensibilisation est indispensable dans un département où la santé mentale reste encore tabou et trop peu reconnue comme un enjeu de santé publique.
Le groupe de Cavani compte 271 adhérents, face aux besoins, l’association doit parfois aller au-delà de son rôle initial, alors qu’elle ne dispose pas toujours des moyens nécessaires pour accompagner toutes les situations.

« La santé mentale, c’est un sujet qui fait peur alors que tout le monde est concerné. Ce n’est pas seulement la psychiatrie : tout usager peut traverser un mal-être qui peut l’impacter psychologiquement. Comme avec Chido où on a tous été touchés ! ».
Aux yeux de la coordinatrice, il reste beaucoup à faire afin que les besoins des personnes concernées soient mieux reconnus et que les structures puissent disposer de moyens adaptés.
Des personnes à la rue difficiles à accompagner
Il y a aussi les personnes en souffrance psychique qui errent dans les rues de Mayotte, souvent confrontées à des difficultés d’accès aux soins et à un manque de structures adaptées. Leur accompagnement reste compliqué car les associations ne peuvent pas imposer des soins à une personne qui ne les accepte pas.
Elles peuvent accueillir, écouter et orienter, mais certaines situations nécessitent l’intervention d’autres acteurs habilités, notamment les collectivités et les services de l’État, dans le cadre prévu par la loi. « Ce sont des citoyens comme tout le monde, qui ont des droits, il faut s’en occuper », rappelle-t-elle.
Shanyce MATHIAS ALI.


