Après une attaque qui a touché plusieurs centaines de supermarchés en France hexagonale, l’Observatoire de la Cybersécurité de l’Océan Indien alerte sur les risques pour les équipements frigorifiques utilisés à La Réunion et dans les pays voisins.

Cyberattaque contre des supermarchés : l’OCOI appelle à la vigilance dans l’océan Indien

Après une attaque qui a touché plusieurs centaines de supermarchés en France hexagonale, l’Observatoire de la Cybersécurité de l’Océan Indien alerte sur les risques pour les équipements frigorifiques utilisés à La Réunion et dans les pays voisins.

Dans la nuit du 11 au 12 octobre dernier, des hackers ont pris le contrôle à distance des régulateurs de froid de plusieurs centaines de supermarchés en France hexagonale, en forçant les cycles de dégivrage qui ont provoqué d’importantes pertes de marchandises. Le fabricant Danfoss indique que les équipements concernés étaient obsolètes ou n’avaient pas été mis à jour, tandis que le parquet de Paris a ouvert une enquête pour faire la lumière sur cette attaque.

Ce mardi, le CERT-FR, le centre gouvernemental chargé de surveiller les menaces informatiques et d’alerter en cas d’attaque, a élargi son alerte à plusieurs équipements utilisés dans les installations frigorifiques. En plus des séries AK-SM et AK-SC du fabricant Danfoss, les contrôleurs de Copeland et de Dixell sont désormais concernés. 

Un risque qui concerne aussi les territoires de l’océan Indien 

À ce stade, aucun incident de ce type n’a été signalé dans la région, mais l’Observatoire de la Cybersécurité de l’Océan Indien (OCOI) appelle les organisations à ne pas attendre qu’une attaque survienne pour vérifier leurs installations.

« Ce type d’équipement est présent sur nos territoires, de La Réunion à Mayotte, en passant par Maurice, Madagascar, les Comores et les Seychelles. L’absence d’incident ne doit pas faire baisser la vigilance », souligne Chafik Mohamed, président de l’OCOI, dans un communiqué.

Chafik Mohamed, fondateur de l’OCOI.

Pour nos territoires, les conséquences d’une panne ou d’une attaque pourraient être particulièrement difficiles à gérer, notamment en raison de la dépendance aux approvisionnements extérieurs. Une perte de marchandises dans les supermarchés, les entrepôts frigorifiques ou les chambres froides pourrait rapidement compliquer la gestion des stocks.

Et le risque ne doit donc pas être écarté sous prétexte que les territoires sont éloignés des grands centres informatiques.

« L’éloignement géographique ne protège pas : nos territoires sont exposés dans les mêmes conditions que partout dans le monde. Notre insularité numérique nous a parfois permis d’échapper de justesse à des attaques visant de larges plages d’adresses IP, mais il ne faut pas compter éternellement sur la chance », prévient Bruno Laderval, directeur associé de SOOBIK Solutions

Des équipements parfois trop anciens

Les vieux équipements peuvent être plus sensibles aux attaques.

L’un des problèmes vient de la durée de vie des équipements qui peuvent rester en service pendant des années sans bénéficier des mises à jour de sécurité nécessaires. Maxime Morel-Bailly, responsable du pôle cybersécurité et infrastructure chez Esokia, à Maurice, rappelle que ces installations peuvent devenir des points d’entrée pour des attaquants, en particulier lorsqu’elles sont accessibles à distance.

« Certains continuent de fonctionner alors qu’ils ne bénéficient plus de mises à jour de sécurité. Et des équipements identiques déployés sur de nombreux sites, parfois administrés de manière centralisée, peuvent favoriser une attaque à grande échelle », explique-t-il.

Les commerces invités à vérifier leurs installations

L’OCOI recommande donc aux structures de faire réviser leur exposition sur Internet par un spécialiste, en incluant les équipements techniques souvent moins surveillés comme les ordinateurs et les serveurs informatiques. Les supermarchés, les entrepôts frigorifiques, les chambres froides et leurs prestataires de maintenance, sont particulièrement concernés.  Car, une installation qui fonctionne n’est pas nécessairement protégée contre une intrusion, surtout si elle utilise encore des mots de passe par défaut ou un logiciel qui n’est plus suivi par son fabricant.

Les supermarchés sont appelés à vérifier leurs installations. Léo Vignal/ JDM

Les mesures publiées par le CERT-FR sont accessibles gratuitement et peuvent être appliquées en France comme dans la région de l’océan Indien. Elles prévoient notamment de supprimer l’accès direct depuis Internet aux équipements concernés et, plus largement, à tout équipement accessible depuis une adresse IP publique.

Le filtrage des adresses IP utilisées par les frigoristes peut dépanner en urgence, mais ne constitue pas une solution durable. Les organisations doivent aussi appliquer les recommandations des fabricants, en installant les mises à jour disponibles et en remplaçant les mots de passe.

Le CERT-FR insiste néanmoins sur un point : réinitialiser un équipement ne suffit pas si celui-ci est arrivé en fin de vie et reste exposé à Internet. Sans protection adaptée ni possibilité de corriger ses failles, il reste vulnérable et risque fortement d’être touché à nouveau.

Le CyberMois Océan Indien se poursuit en octobre

Cette alerte intervient alors que l’OCOI organise tout au long de ce mois d’octobre le CyberMois Océan Indien 2026 et ses Cyber Days, destinés à sensibiliser les structures de la région aux enjeux de la cybersécurité et de l’intelligence artificielle (IA).

Après des étapes à La Réunion et à Maurice, les prochaines rencontres sont prévues aux Comores le 15 octobre, en co-organisation avec Yas Comores, puis à Mayotte les 22 et 23 octobre, avec Mayotte In Tech et La French Tech Mayotte.

Dans l’immédiat, l’objectif de l’Observatoire est de pousser les structures à vérifier leurs équipements avant qu’un incident ne survienne.

Shanyce MATHIAS ALI.

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