Savoir comment réagir quand la terre tremble, que les ravines débordent ou qu’un cyclone menace l’île ne s’improvise pas. Dans un territoire ultramarin aux vulnérabilités géographiques et climatiques exacerbées, le maître-mot s’appelle désormais l’anticipation. À l’occasion du rendez-vous national instauré chaque 13 octobre pour préparer les populations aux catastrophes, le chef-lieu a déployé un programme pédagogique en deux temps forts, articulant la créativité du tissu associatif à Doujani durant la matinée et le dispositif institutionnel municipal à M’tsapéré au fil de l’après-midi.
« Une population mieux informée est capable d’agir, de se prendre en charge et de respecter scrupuleusement les consignes des autorités et de la sécurité civile », rappelle Omar El Mahboubi, directeur général adjoint chargé de l’aménagement, de l’urbanisme et du foncier à la mairie de Mamoudzou. Sur le terre-plein de la halle des pêches, les services municipaux sont venus expliquer le fonctionnement concret du Plan communal de sauvegarde (PCS). Cet outil stratégique répertorie les numéros d’urgence, la chaîne d’alerte, mais surtout les centres d’hébergement temporaires d’urgence et les sites de mise en sûreté mobilisables si des familles doivent évacuer leur logement en catastrophe.
Apprentissage des premiers secours

Cette sensibilisation s’avère particulièrement urgente autour de la rivière Majimbini, dont le bassin versant expose riverains et axes de circulation à des crues brutales. Sous l’effet d’une urbanisation rapide et de l’imperméabilisation croissante des sols, les fortes précipitations transforment régulièrement les eaux de ruissellement en torrents dévastateurs. Pour illustrer concrètement ces phénomènes auprès des habitants, la journée s’est d’ailleurs prolongée par une marche de reconnaissance le long du cours d’eau. En partenariat avec la Cadema — qui pilote le Programme d’actions de prévention des inondations (PAPI) — et la Direction de l’environnement, de l’aménagement, du logement et de la mer (DEALM), les agents ont également vulgarisé la lecture des cartes d’aléas, les restrictions de constructibilité et les règles indispensables à intégrer avant tout dépôt de permis de construire.
Quelques mètres plus loin, les ateliers pratiques attiraient les passants curieux. Les formateurs de la Croix-Rouge française dispensaient des initiations gratuites aux gestes de premiers secours. « Nous formons le public à deux gestes fondamentaux : la réanimation cardio-pulmonaire face à un arrêt cardiaque et la position latérale de sécurité pour une personne inconsciente qui respire », précise Asani Hariti, cadre bénévole au sein du pôle urgences et secours de la délégation mahoraise. Délivrant une attestation à l’issue de chaque module, l’association profitait de l’événement pour inciter les visiteurs à devenir bénévole.
Mobilisation collective

En parallèle, les locaux du Réseau inter-associatif de Mayotte (RIAM) à Doujani ont fait le plein avec près de deux cents personnes accueillies dès 8 heures du matin. Regroupant une cinquantaine de structures membres, le réseau, soutenu par l’Association française pour la prévention des catastrophes naturelles et technologiques (AFPCNT) et la Fondation de France, avait convié quatorze collectifs partenaires pour aborder la gestion des crises sous toutes ses facettes.
L’après-cyclone Chido a démontré la nécessité de décloisonner les disciplines. Ainsi, les Naturalistes ont détaillé les risques d’érosion des sols et les glissements de terrain, tandis que les Compagnons Bâtisseurs animaient des jeux pour repérer les failles de construction sur les habitations. Plus surprenant mais tout aussi important, l’association Autisme Mayotte exposait son matériel de communication adapté pour accompagner les personnes présentant des troubles du neurodéveloppement ou les personnes âgées en situation de panique collective.
Entre le grand ramassage de déchets mené avec les jeunes volontaires du RSMA pour désencombrer les caniveaux, la découverte du jeu vidéo éducatif « May K Net » sur les risques naturels avec Yes We Can Nette et les casques de réalité virtuelle de la Piroi, la résilience a pris une dimension interactive.
« Les catastrophes naturelles surviennent, mais il existe des moyens concrets de s’y préparer en créant des synergies entre les acteurs et en impliquant directement le quartier », insiste Avlamy Ramassamy, coordinatrice du RIAM. À Mamoudzou, cette journée de sensibilisation a rappelé que la protection civile ne dépend pas seulement des secours institutionnels, mais repose d’abord sur la vigilance et la préparation quotidienne de chaque citoyen.


