Reconnu comme l’une des compétitions les plus exigeantes au monde, le Grand Raid réunira cette année plus de 7.000 traileurs et traileuses venus des quatre coins du globe. Pendant quatre jours et quatre nuits, les participants emprunteront les sentiers escarpés et rejoindront les sommets emblématiques de La Réunion.
Le Grand Raid se décline en cinq courses : la Diagonale des Fous (180 km et 10.200 m de dénivelé positif), le Zembrocal Trail (160 km), le Trail de Bourbon (106 km), la Mascareignes (74 km) et le Métis Trail (51 km).
Une quarantaine de Mahorais sur les lignes de départ des 5 courses

Parmi les participants de cette 34e édition : Gwendolyn, kinésithérapeute au sein de la Maison de santé de Ouangani, spécialisée dans la prise en charge des femmes, notamment en post accouchement en rééducation périnéale.
Ancienne sportive de (très) haut niveau dans les sports de voile, elle a arrêté sa carrière en 2010. « Je faisais partie de l’équipe de France de voile de 470… », raconte-t-elle. Avant d’ajouter humblement : « J’ai eu la chance de participer au JO de Pékin en 2008, où nous avons terminé 11e sur 14 ».
En 2010, elle décide de changer de cap et de mettre les voiles pour Mayotte. « Je voulais me consacrer à ma vie de famille… Je suis restée en retrait du sport de haut niveau après plusieurs années ». Ce n’est qu’en 2018 qu’elle s’est (re)mise à courir, et notamment le trail, mais de façon « amateur ». « Pourquoi le trail ? Parce que j’aime être dans la nature ! », sourit-elle.
Ce n’est pas la première fois qu’elle participe à une course du Grand Raid, en 2021 elle avait effectué le Trail de Bourbon. En revanche, c’est en tant que novice cette année qu’elle va faire la Diagonale des Fous.
Une préparation de haut niveau
Même si elle n’a pas participé depuis près de 5 ans à une course du Grand Raid, Gwendolyn n’a pas pour autant laissé tomber. « J’ai couru plusieurs trails à La Réunion et à Mayotte ces dernières années. Depuis environ un an, je me prépare pour la Diagonale… j’ai récemment couru les 100km de Mayotte en mai dernier. La Diagonale des fous c’est un ultra trail. Faire un jour cette course c’était un de mes objectifs après avoir arrêté le sport de haut niveau. Cette course fait rêver ! J’ai envie de voir ce que c’est, repousser mes limites », s’enthousiasme l’ancienne quat-septiste.

Pour cela, elle s’est entrainée toutes les semaines depuis un an, à raison d’au moins 5 entraînements hebdomadaires et une centaine de kilomètres, souvent très tôt le matin ou tard le soir. « Il faut jongler avec la vie de famille… mes proches me suivent et me soutiennent dans cette aventure. Depuis quelques temps je ne vous cache pas que ce n’est pas moi qui gère les activités courantes du quotidien mais mon mari ! ».
Sportive avertie et aguerrie, Gwendolyn n’en demeure pas moins lucide. Aussi, depuis quelques semaines elle a diminué l’intensité de ses entraînements pour être au top le jour J. « J’ai fait pas mal de renforcement musculaire et j’ai allégé mes séances d’entraînement pour ne pas être fatiguée en ne faisant qu’une quarantaine de kilomètres par semaine au lieu des 100 habituellement ». Et ne laissant rien au hasard, afin d’habituer son corps au fort dénivelé (plus de 10.000m pour la Diagonale des Fous), Gwendolyn s’est astreinte à monter et descendre le mont Chiconi durant 12h de suite ! « De 6h à 18h, je n’ai fait que monter et descendre afin de m’habituer au dénivelé… ».
Boucler les 180 km en 50 heures !
Malgré cette préparation de haut niveau, l’ancienne membre de l’équipe de France de voile ne cache pas avoir quand même quelques appréhensions. « Je ne sais pas comment je vais pouvoir me reposer, dormir durant la course…, confie-t-elle. Les 140 premiers kilomètres je vais être toute seule avant le ravitaillement. J’appréhende aussi de m’ennuyer, mais je me dis quelque part que c’est une chance de pouvoir participer à une telle course. Ma plus grande crainte c’est de partir trop vite, et de me laisser happer par le rythme des autres coureurs ».
Gwendolyn a pour objectif de parcourir les 180 km de la Diagonale des Fous en une cinquantaine d’heures et ainsi se classer « en milieu de peloton ». « Cela me ferait arriver aux alentours de la 1000/1500e place, selon elle. Le départ de la course a lieu jeudi soir à 22h, j’espère franchir la ligne d’arrivée avant dimanche minuit ! Il est clair que je ne fais pas cette course pour la performance du résultat. Il ne faut pas se dire que tout va bien se dérouler, car passé un certain stade tous les coureurs, quels qu’ils soient, vont avoir mal… il faut être prêt à supporter la douleur et se dire que ça va passer et prendre son mal en patience ».
Et pour cela Gwendolyn a sa petite astuce : elle sourit. « Je me force à sourire car cela sécrète les hormones du bonheur comme l’endorphine par exemple. Je ne sais pas si ça marche, mais ça ne coûte rien de le faire, même si cela a un effet placébo… ».
« Bahati Ndjema Wa Rémézi Mbiyo Wa mahoré »
B.J.


