L’envie d’entreprendre n’a jamais été aussi forte chez les jeunes, mais le portefeuille, lui, peine cruellement à suivre. Selon les résultats de la grande enquête nationale menée par l’Adie avec l’institut d’études Appinio, « trois jeunes sur quatre sont concernés par la création d’entreprise, soit parce qu’ils ont déjà entrepris, soit parce qu’ils envisagent de le faire ». En quête d’autonomie et de sens, près de quatre jeunes sur dix citent le désir d’être indépendant sans patron et la liberté de gérer leur temps comme moteurs déterminants, bien avant la simple rentabilité. Au cours de l’année 2025, ce sont 133 jeunes de moins de 30 ans qui ont concrétisé leur projet grâce aux microcrédits de la structure, représentant 13 % de l’ensemble des porteurs de projets accompagnés sur l’île.

Toutefois, la réalité du modèle économique des moins de 30 ans a profondément muté. Loin du cliché de l’artisan exclusif, la jeunesse privilégie désormais le statut de « slasheur » : 50 % d’entre eux considèrent que la vie professionnelle idéale consiste à alterner ou à cumuler salariat et entrepreneuriat pour sécuriser leurs arrières. En 2026, six jeunes entrepreneurs sur dix conservent d’ailleurs une autre activité en parallèle de leur boîte, dont quatre sur dix sous statut salarié. Cette prudence s’explique par une angoisse récurrente : 54,4 % des sondés redoutent le risque financier et 36,1 % déplorent le manque de capital initial. Faute d’accès aux crédits bancaires traditionnels, qui n’ont concerné que 15,2 % des sondés, 45 % ont dû puiser dans leurs maigres économies personnelles et 27,2 % ont fait appel à la solidarité familiale pour lancer leur atelier ou leur commerce.
De Bandrélé à Kawéni
Face à ce diagnostic, l’Adie Mayotte a choisi d’aller directement à la rencontre des porteurs de projet du 12 au 16 octobre pour présenter ses solutions de financement solidaire et son accompagnement technique gratuit. Deux temps forts structureront la semaine sur l’île. Ce mardi 13 octobre, de 7h30 à 15h30, le parking de la mairie de Bandrélé accueillera le Forum des Entrepreneurs du Sud en partenariat avec les acteurs institutionnels locaux. Le lendemain, mercredi 14 octobre, les équipes prendront leurs quartiers à la Maison des jeunes et de la culture (MJC) de Kawéni de 7h30 à 16h30 pour un Marché des entrepreneurs, permettant aux jeunes bénéficiaires d’exposer leurs réalisations concrètes.
Au total, dix rendez-vous de proximité mailleront le département, complétés par plus de six cents ateliers et webinaires interactifs en ligne pour guider les démarches administratives et le montage de business plan. Sur place, les conseillers illustreront la réalité de cette réussite avec des parcours comme celui d’Ismaila, jeune créateur d’une entreprise d’animation et de divertissement à Labattoir soutenu par l’Adie, pour qui la rigueur opérationnelle s’impose comme une devise. « Soit tu le fais et tu le fais bien, soit tu ne fais rien ! ».
Un tremplin pour les jeunes entrepreneurs

Les données récoltées auprès des bénéficiaires confirment la pertinence du microcrédit comme levier de rebond : 93 % des jeunes financés par l’organisme sont insérés professionnellement deux à trois ans après leur démarche, 82 % affirment avoir consolidé leurs compétences et 70 % déclarent une nette amélioration de leur qualité de vie.
À l’approche des débats nationaux de la future élection présidentielle, l’Adie entend porter cette question au cœur des politiques publiques de l’emploi. Six jeunes sur dix réclament des réponses précises aux candidats, jugeant l’entrepreneuriat des jeunes sous-estimé par l’État dans la résorption du chômage de masse. « La démocratisation de l’accès des jeunes à l’entrepreneuriat est un enjeu politique d’émancipation, d’insertion et de confiance dans l’avenir pour toute une génération », souligne Frédéric Lavenir, président de l’Adie nationale, appelant à ériger ce levier parmi les priorités absolues de la jeunesse. Dans une île en reconstruction où le chômage des jeunes dépasse les 30 %, faire le pari des jeunes entrepreneurs s’affirme plus que jamais comme un investissement d’intérêt général.


