« Pour notre santé mentale, ouvrons-nous aux arts ! ». C’est le thème retenu cette année pour la Semaine d’information sur la santé mentale 2026. Conférences, échanges et pratiques artistiques ont permis de parler autrement de cette problématique.
Parmi ces pratiques, le conte ou encore Halé Halélé, l’art oral est utilisé auprès des enfants et des adolescents suivis dans les Centres Médico Psychologique de l’Enfant et de l’Adolescent (CMPEA). Pour les professionnels de la pédopsychiatrie, l’idée est simple : quand un enfant ne trouve pas les mots pour parler de ce qu’il ressent, l’art peut servir d’intermédiaire.
Faire parler autrement

Fardi Madi, connu sous le nom de « Papa Fardi », est comédien et conteur pour Nimbe Animation, une structure qui travaille dans la culture. Son travail auprès des jeunes suivis par les CMPEA s’est construit autour du théâtre et surtout du conte, utilisés comme outils de médiation. « On s’est associé avec les psychologues justement pour faire en sorte de délier la parole, de permettre aux personnes qui sont en souffrance psychique de s’exprimer », explique-t-il.
Pourtant, au début, la parole ne vient pas forcément. « S’exprimer, échanger, c’est pas donné à tout le monde. C’est pas quelque chose de facile », raconte le conteur.
Mais au fil des ateliers, les jeunes prennent confiance. Ils parlent de leur vécu, de leurs expériences et de ce qu’ils ressentent. Les personnages deviennent alors une manière d’exprimer une souffrance ou une envie, tout en prenant de la distance avec sa propre histoire. « Chacun de nous, quand il écoute un conte de manière directe ou indirecte se reconnaît dans un des personnages », estime Fardi Madi.
L’histoire des makis
Parmi les créations réalisées pendant ces ateliers, un conte a été imaginé entièrement par les jeunes : La réserve des makis. L’histoire parle de la place de ces animaux dans la société et de ce qui leur est arrivé après Chido, lorsqu’ils se sont retrouvés sans endroit où vivre et avec moins de ressources.
Dans le récit, les makis finissent par prendre une apparence humaine pour pouvoir communiquer avec les Hommes et leur faire comprendre leur souffrance. À la fin, les humains acceptent de leur donner une partie de leur terre afin de créer une réserve naturelle où ils peuvent vivre.
Pour l’artiste, les jeunes ont pu se retrouver dans cette histoire. Car derrière les personnages fictifs, il y a une question très humaine : comment faire comprendre ce que l’on ressent et comment trouver une place dans la société ? « C’est tout le processus humain, c’est ce qu’on cherche : comment trouver le bonheur ? A priori, les makis ont trouvé le leur avec un peu d’aide », résume-t-il.
Une culture qui facilite la parole
Le recours au conte permet aussi de partir de références que les jeunes connaissent déjà. « Quand on parle de choses qu’on connaît, on a tendance à avoir beaucoup plus confiance », raconte Fardi Madi. Les contes traditionnels de Mayotte et de la région, les histoires autour des djinns ou des esprits font partie de cet univers familier.

Même logique du côté du CHM. Virginie Briard, pédopsychiatre, explique que les soins peuvent être proposés en français, en shimaoré et en kibushi, afin que les enfants et les familles puissent trouver les mots qui leur conviennent. « On leur donne la possibilité de ne pas être gêné par la langue », explique-t-elle. Une façon de tenir compte des particularités du territoire et de permettre à chacun de s’exprimer plus facilement.
Pour les professionnels, il ne s’agit pas de juste proposer de l’art, mais chaque médiation correspond à des besoins précis. Elle cite par exemple les enfants de six à huit ans qui peuvent être orientés vers le conte lorsqu’ils rencontrent notamment des difficultés autour de l’imaginaire. D’autres pourront passer par le dessin, la poterie, le modelage ou une autre forme de création. « Tout ça va permettre de représenter ce qu’il se passe dans leur tête », précise-t-elle.
Des besoins qui augmentent

Les demandes de prise en charge en pédopsychiatrie augmentent aussi. L’année dernière, les centres du CHM ont suivi environ 650 enfants. Avec l’ouverture de nouvelles structures en 2026, l’offre de soins s’élargit à trois territoires différents, avec une prise en charge proposée toute la semaine, de 8 heures à 15 heures.
Les listes d’attente sont également plus longues, certaines familles viennent directement lorsqu’elles repèrent une souffrance chez leur enfant, tandis que d’autres sont orientées par l’Éducation nationale, l’aide sociale à l’enfance (ASE) ou les PMI.
Les troubles du développement, comme les retards de langage ou d’apprentissage, font partie des principales difficultés rencontrées. L’autre grand domaine concerne les psychotraumatismes, qui peuvent notamment entraîner des troubles du sommeil ou de l’agressivité. D’autres situations sont également prises en charge, comme les tentatives de suicide.
Shanyce MATHIAS ALI.


