À Mayotte, prévenir l’insécurité ne passe pas seulement par la question de l’ordre public. Cela commence bien avant, dans la famille, à l’école et dans l’accompagnement des jeunes.
C’est le fil conducteur du dernier atelier des Assises de la Sécurité et de la Citoyenneté 2026, consacré à la responsabilité parentale, à l’autorité et la coéducation. Et les chiffres donnent une idée de l’ampleur du défi : en 2025, 36.000 jeunes de 15 à 29 ans n’était ni en emploi ni en formation. Mais derrière ces chiffres, ce sont surtout des parcours qui se fragilisent.
Des dispositifs, quels résultats ?
Pour Kamaldine Attoumani, rapporteur du CESEM sur le défi sécuritaire à Mayotte, le problème ne vient pas d’un manque total de dispositifs, il vient aussi de leur fonctionnement. Il cite notamment l’aide à la parentalité, l’aide sociale à l’enfance, ou encore la Protection judiciaire de la jeunesse.

La question des moyens revient rapidement, la PJJ accompagne aujourd’hui environ 800 jeunes, selon les données présentés. Un nombre que Kamaldine Attoumani juge déjà très inférieur aux besoins. « On me dit que déjà pour les 800 qu’on suit, on n’a même pas les moyens de les suivre correctement », rapporte-t-il.
Mais Kamaldine Attoumani soulève un autre problème : le manque de suivi des dispositifs déjà mis en place. Un problème hérité des premières Assises, plusieurs actions ont été lancées, mais les données permettant de mesurer leurs résultats restent insuffisantes.
« Il faudrait une gouvernance plus claire. Peut-être par trimestre, au regard de l’urgence des enjeux, avoir des réunions trimestrielles avec des remontées trimestrielles ». Lorsque la situation sera moins urgente, ces réunions pourraient ensuite être organisées tous les six mois.
Même interrogation autour des trois cités éducatives de Mayotte. Quel bilan ? Quelle place pour les parents ? Quels moyens ? La solution désormais, serait de ne plus attendre plusieurs années avant de faire le point. Tous les acteurs s’accordent sur le fait que cette fois-ci les politiques publiques doivent être suivies strictement et évaluées régulièrement.
L’école face au défi

En 2024, l’académie de Mayotte scolarisait 117.226 élèves, depuis 2020, les effectifs ont augmenté de 14,1 %, soit 14.500 élèves supplémentaires. Le territoire compte 221 écoles, 22 collèges et 11 lycées. Mais tous les enfants ne franchissent pas la porte de l’école. Selon les données du CESEM, environ 10.000 enfants ne sont pas scolarisés alors qu’ils en ont le droit. Malgré les dispositifs existants, nombreux restent encore en dehors du système scolaire, et se retrouvent dans les rues de l’île.
Face à cette situation, le rectorat met en avant plusieurs dispositifs : les parents relais, les internats d’excellence qui disposent de 100 places au lycée de Dembeni et de 200 à Kawéni, ou encore l’École ouverte, où les établissements accueillent des jeunes pendant les vacances.
Autre dispositif : « Osons la seconde », il concerne 575 élèves, répartis dans 23 classes et 10 lycées. Le principe est de travailler avec de petits effectifs, de remettre les élèves au même niveau et de construire leur projet. À terme cela devrait infléchir les ruptures de parcours et le décrochage. Ces dispositifs apportent des réponses, mais les chiffres rappellent que le besoin reste important. L’enjeu est donc de parvenir à toucher les jeunes qui restent encore à l’écart.
La parentalité doit aussi retrouver sa place
Leur rôle est essentiel, mais certains parents se retrouvent aussi démunis face aux difficultés rencontrées avec leurs enfants. Ceux qui viennent chercher de l’aide auprès des cadis évoquent notamment un « manque de moyens, des outils ». Des outils qui ne sont pas seulement matériels : ils peuvent aussi concerner l’éducation, les repères et la manière d’accompagner l’enfant.
« Je conseillerais aux parents de bien méditer, quand une personne perd ses repères, elle perd ses valeurs. On a des repères, il y a des écrits c’est justement ça notre boussole », explique-t-il.

Il refuse cependant de dire que les nouvelles générations ont simplement abandonné ces valeurs. Pour lui, le problème est aussi lié au rythme de vie des enfants. Certains se lèvent à 4 heures du matin, restent à l’école jusqu’à 17 ou 18 heures et peuvent encore avoir des activités le week-end. « À quel moment ces enfants pourront aller à la madrassa ? C’est là-bas qu’on apprend toutes ces valeurs mais avant tout le vivre ensemble c’est ce qui manque », demande-t-il.
Il appelle donc à une meilleure coordination entre les écoles, les équipes de football, les madrassas et les autres structures qui encadrent les enfants. Chaque dimension doit pouvoir trouver sa place dans l’emploi du temps de l’enfant. « L’enfant a besoin du sport. Oui. L’enfant a besoin d’étudier pour réussir sa vie. Oui. L’enfant a besoin aussi justement de sa foi ».
À la fin de l’atelier, le constat est clair : les dispositifs existent, mais les moyens, la coordination et le suivi restent insuffisants. Pendant ce temps, les chiffres du décrochage, du chômage et de la non-scolarisation montrent l’urgence.
Shanyce MATHIAS ALI.


