Face aux défis colossaux du chômage et de l’exclusion sur le territoire mahorais, les structures de l’insertion ne veulent plus avancer en ordre dispersé. Ce mercredi matin, institutionnels, partenaires socio-économiques et représentants associatifs s’étaient donné rendez-vous à Chiconi, pour couper le ruban inaugural de l’Espace IAE Mayotte. Installée depuis quelques mois dans ces locaux plus spacieux et conviviaux, l’entité s’affirme comme la maison commune des 24 structures de l’insertion par l’activité économique (SIAE).
Cette concrétisation marque l’aboutissement d’un travail engagé sur le terrain depuis 2022. Mandatée par la direction de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DEETS), la fédération nationale Chantier-École — forte de trois décennies d’expertise auprès des

ateliers et chantiers d’insertion (ACI) — assure le pilotage et l’animation de cet écosystème. Porté localement par des permanences régulières et le travail de terrain d’Élodie Sorette, ce lieu unique a pour mission d’apporter du conseil méthodologique, de proposer des formations continues aux encadrants et de sécuriser les modèles économiques des structures existantes tout en accompagnant les nouveaux porteurs de projets.
Un tremplin vers l’emploi
« L’enjeu était de créer une organisation des structures pour les structures, afin de mettre tout le monde autour de la table, identifier les synergies et faire vivre l’écosystème », explique Alexandre Wolf, directeur national du réseau Chantier-École. L’insertion par l’activité économique propose un sas de retour à la vie professionnelle par le biais d’un véritable contrat de travail, combiné à un accompagnement socioprofessionnel renforcé. Financé en partie par l’État et les collectivités via les aides au poste, ce modèle s’adresse aux publics les plus fragilisés de Mayotte : bénéficiaires des minima sociaux, jeunes sortis du système scolaire, personnes issues de l’immigration ou sortants de détention, avec en perspective l’expérimentation d’une structure implantée directement au centre pénitentiaire de Majicavo.

Loin d’être cantonné au seul traitement social, le secteur s’affirme comme un levier de production économique à part entière. Des chantiers d’insertion aux entreprises d’insertion plus concurrentielles, les acteurs de l’IAE explorent les failles du marché marchand en investissant des secteurs émergents. À Mayotte, cette dynamique trouve une résonance toute particulière dans la gestion des déchets, le recyclage, le réemploi et l’économie circulaire, des filières que l’insertion a historiquement préfigurées à l’échelle nationale avant leur déploiement industriel. En ouvrant un pôle de référence accessible au centre de l’île, l’Espace IAE entend lever les blocages administratifs et techniques qui pèsent sur l’économie sociale et solidaire.
Une étape majeure pour sortir des logiques de précarité et ancrer durablement la formation des Mahorais dans les métiers indispensables au développement du territoire.
Léo Vignal


