Lorsqu’il a pris place parmi les neuf finalistes de « Si on lisait à voix haute », Mindjad Moustoifa est entré dans l’histoire de Mayotte. À seulement 16 ans, le lycéen de Kawéni est devenu le premier représentant du territoire à atteindre ce niveau de la compétition portée par La Grande Librairie. Mais derrière cette réussite se dessine aussi l’histoire d’un adolescent qui s’est révélé à lui-même, sous le regard de son enseignante Diane Finette.
Une première historique pour Mayotte

Le rendez-vous était fixé à Paris pour la finale 2026 de « Si on lisait à voix haute », le concours national de lecture organisé dans le cadre de La Grande Librairie. Parmi les neuf finalistes retenus à l’échelle nationale figurait, pour la première fois, un élève venu de Mayotte.
À 16 ans, Mindjad Moustoifa, élève de première au lycée des Lumières à Kawéni, a défendu un extrait de Les Conditions idéales, de l’auteur Mokhtar Amoudi. Un exercice exigeant où il ne s’agit pas simplement de lire, mais d’incarner un texte, d’en transmettre les émotions et les nuances à travers la voix, le rythme et la présence scénique. Sa qualification constitue une étape symbolique pour l’académie de Mayotte, encore peu représentée dans les grands concours nationaux. Une visibilité bienvenue pour le territoire et pour les élèves qui y construisent leur parcours scolaire.
« J’en ai découvert un autre »

Si Diane Finette se réjouit de cette performance, ce n’est pourtant pas le souvenir qui l’a le plus marquée. Professeure de lettres et de théâtre au lycée des Lumières, elle a accompagné les élèves tout au long de leur préparation grâce à un atelier consacré à la lecture à voix haute. Au fil des répétitions, elle a vu évoluer celui qu’elle connaissait déjà en classe. « Je suis venue avec un élève, j’en ai découvert un autre », résume-t-elle.
Derrière les exercices de diction, de respiration ou de mise en voix, l’enseignante a observé un jeune homme gagner progressivement en assurance. Celui qui pouvait parfois se montrer réservé a appris à prendre la parole, à défendre un texte et à assumer sa place devant un public. Pour elle, cette aventure démontre l’importance de tels projets pédagogiques. Bien au-delà de la compétition, ils permettent aux élèves de développer leur confiance en eux et leur capacité à s’exprimer.
Une aventure humaine au-delà du concours

À Paris, les finalistes ont vécu une expérience particulièrement intense. Les candidats ont notamment dû relever une épreuve d’improvisation en découvrant un texte imposé à peine quelques heures avant leur prestation. « Ils ont découvert leur texte le lundi vers 13 heures et ils l’ont présenté à l’émission le lendemain à 20 heures », raconte Diane Finette.
« C’était un texte qu’ils n’avaient pas choisi eux-mêmes. En 24 heures, on les a vus progresser énormément ». Au-delà de la compétition, l’enseignante garde surtout le souvenir d’une aventure collective. « J’ai vécu un moment extraordinaire avec les autres professeurs et les autres jeunes. On était comme une petite famille », confie-t-elle.
Le concours a finalement été remporté par Yaëlle, élève du collège Saint-Paul à La Réunion, grâce à sa lecture de l’oeuvre : Je t’écris du pont, de Joëlle Écormier. Mais pour Mindjad, l’essentiel était peut-être ailleurs. À son retour à Mayotte, le lycéen a été accueilli en héros. Premier Mahorais à atteindre cette finale nationale, il laisse derrière lui une trace durable et ouvre la voie à d’autres élèves du territoire. Quant à sa professeure, elle envisage déjà de reconduire l’expérience l’an prochain, convaincue que d’autres révélations sont encore à venir.
Mathilde Hangard


