Câbles électriques pendant au plafond, chaises renversées, vitres brisées, meubles détériorés, dossiers médicaux dispersés, traces d’humidité persistantes, odeurs d’insalubrité… le bâtiment des actions de santé du Centre hospitalier de Mayotte (CHM) donne encore, en 2026, l’image d’un site durement éprouvé par le cyclone Chido du 14 décembre 2024.
Cet état avait déjà provoqué une forte réaction le 6 mars dernier, à la suite de la diffusion d’un reportage qui avait surpris une partie de la population. Beaucoup pensaient alors que ces images relevaient des jours immédiatement post-cyclone. Elles témoignaient pourtant d’une réalité encore actuelle du premier étage du bâtiment. Aujourd’hui, le CHM annonce désormais le lancement de sa reconstruction dès ce mois de juin, avec un démarrage des travaux fixé lundi prochain, le 15 juin, et une livraison attendue fin novembre 2026, après une phase d’études et d’appel d’offres d’environ un mois.
Un bâtiment encore largement inutilisable

Dans le détail, l’étage du bâtiment des actions de santé présente encore, en juin 2026, de lourdes dégradations. La partie de droite, ouverte sur le lagon, reste la plus touchée : l’humidité y a profondément altéré les structures, les plafonds sont fragilisés et plusieurs espaces sont totalement hors d’usage. Le mobilier y est encore renversé ou détruit, parfois imbibé par les pluies massives qui avaient accompagné le cyclone.
Les câbles électriques pendent toujours dans certains couloirs, témoignant d’une remise en état inachevée. Au sol, des dossiers de consultations et de patients, dispersés depuis des mois, n’ont pas été reclassés. La partie gauche du bâtiment, légèrement moins endommagée, reste néanmoins sale et inexploitée. Dans l’ensemble, les locaux sont désertés, alors même que les professionnels de santé du secteur disent manquer de salles fonctionnelles pour assurer leurs missions.
Un article en mars 2026 avait relancé le débat
Le 6 mars 2026, un reportage consacré à l’état des actions de santé publique du CHM avait provoqué de nombreuses réactions. Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes avaient contesté la datation des images, estimant qu’elles correspondaient à la période immédiatement post-Chido. Cette réaction avait mis en lumière une incompréhension persistante : malgré le temps écoulé, les locaux restaient dans un état très dégradé. Le contraste entre la perception d’une reconstruction déjà avancée et la réalité du terrain avait ravivé le débat sur les priorités de réhabilitation de l’hôpital.
Une reconstruction longtemps repoussée par les urgences hospitalières

Après le cyclone Chido, le CHM a dû organiser la remise en état de ses infrastructures par étapes. Les efforts ont d’abord été concentrés sur le bâtiment A, qui regroupe les principales activités d’hospitalisation : maternité, médecine, néonatologie, urgences, radiologie et pédiatrie. Un choix assumé par la direction de l’établissement qui a privilégié la continuité des soins dans un contexte de forte dégradation des infrastructures. Le bâtiment des actions de santé publique, pourtant central pour les activités de prévention et de dépistage, a ainsi été repoussé dans le calendrier des réhabilitations.
Dans un entretien accordé le 16 février 2026, le directeur général du CHM, Jean-Michel Beaumarchais, rappelait la logique de cette gestion par l’urgence. À son arrivée, décrivait-il, l’hôpital fonctionnait en mode profondément dégradé, avec des toitures bâchées, des infiltrations d’eau dans plusieurs bâtiments et des installations fragilisées. Au-delà des dégâts matériels, soulignait-il, les équipes elles-mêmes étaient éprouvées. « Il fallait d’abord sauver les locaux. Tant que l’hôpital ne tient pas physiquement, il est illusoire de parler de stratégie ou de projection à long terme », expliquait-il alors, en insistant sur une reconstruction progressive.
Le directeur avait également fixé une échéance symbolique : la disparition des bâches sur les toits du CHM à la fin du mois d’août 2025, présentée comme un premier marqueur de stabilisation. « C’était à la fois symbolique et très opérationnel. Un hôpital ne peut pas rester durablement dans l’urgence », ajoutait-il. Évoquant les premiers mois de son mandat, Jean-Michel Beaumarchais estimait enfin que « en six mois, nous avons permis à l’hôpital de mieux fonctionner », grâce au travail des équipes et à la remise en état progressive des infrastructures. Un constat qui, malgré ces avancées quelques mois plus tard, en juin 2026, ne masque pas les fragilités persistantes encore visibles dans plusieurs secteurs, dont celui des actions de santé publique.
Un chantier lancé en juin 2026 pour une livraison en novembre prochain

C’est dans ce contexte que s’inscrit le lancement du chantier de réhabilitation du bâtiment concerné. Selon la direction du Centre hospitalier de Mayotte, la phase d’études et d’appel d’offres, menée sur environ un mois, tout au long du mois de mai, a permis de valider rapidement le démarrage des travaux.
Ceux-ci doivent débuter le 15 juin 2026 et porter sur l’ensemble du bâtiment, du niveau R-1 au R+1. L’objectif affiché est double.
D’une part, remettre en état des locaux fortement dégradés par le cyclone Chido. D’autre part, améliorer durablement les conditions de travail des agents hospitaliers, encore confrontés à des espaces contraints. La livraison du bâtiment rénové est annoncée pour fin novembre 2026, dans un calendrier resserré qui devra néanmoins s’adapter aux contraintes de continuité d’activité au sein de l’établissement de santé.
Mathilde Hangard


