Malgré un ciel menaçant, les premiers participants étaient déjà en place au rond-point du collège de Doujani. Casquettes vissées sur la tête, tee-shirts aux couleurs de Mlézi Maoré, les membres de l’association, installés aux abords de la route, tracts à la main interpellent les automobilistes coincés dans les embouteillages du matin. Voitures, scooters, motos, rien ne passait à la trappe, tous étaient arrêtés quelques secondes pour échanger autour d’un sujet qui parle rapidement aux usagers mahorais : les embouteillages et les difficultés de déplacement sur le territoire.
L’opération organisée par le service mobilité de Mlézi Maoré en partenariat avec Garico, application locale de covoiturage, s’est déroulée sur plusieurs points stratégiques, notamment à Doujani, ou encore à Baobab. L’objectif était de sensibiliser directement les conducteurs aux solutions de mobilité partagée.
Des automobilistes sensibles à la question
Au fil de la matinée, plusieurs automobilistes ont ralenti, intrigués, pour récupérer un flyer et comprendre le sens de la mobilisation. « J’emprunte cette route tous les jours pour le travail et vraiment les embouteillages c’est fatiguant », raconte Salah, usager de la route rencontré sur place. Selon lui, le covoiturage permettrait de réduire le nombre de voitures sur les routes et de faciliter les trajets quotidiens, avec la possibilité de rentrer plus tôt chez soi. Il ajoute que le fait de ne pas utiliser son propre véhicule représenterait aussi une économie de carburant.

Une fois les tracts distribués, les participants se sont eux-mêmes mis en mouvement en appliquant les alternatives présentées plus tôt aux automobilistes. Diviser en trois groupes, certains ont rejoint le point suivant via les bus, en covoiturage ou encore avec les vélos électriques de la Cadema. « Le bus ne passe pas dans tous les quartiers ni dans tous les villages, donc il faut trouver des alternatives », explique Léo Jusiak, chargé de mobilité active à la Cadema.
Il souligne aussi que l’usage du vélo progresse sur le territoire, même si les infrastructures restent encore limitées. Un projet de piste cyclable à Tsoundzou est notamment en préparation afin de sécuriser davantage les déplacements.
Une opération pensée pour l’insertion
Pour Firdaousse Aboumahd, cheffe du service mobilité de l’association, cette action s’inscrit dans un travail plus large mené autour des mobilités dites “douces” et inclusives. « Dans le service mobilité, il y a plusieurs dispositifs et notamment un parcours mobilité qui vise à promouvoir toutes les mobilités douces et inclusives sur le territoire », explique-t-elle.

Mlezi Maore travaille avec plusieurs partenaires, dont la Cadema, qui met régulièrement à disposition des vélos pour les ateliers ou événements organisés par la structure. Les bénéficiaires du service sont notamment formés à l’utilisation du vélo et accompagnés autour des questions de mobilité. « Parler de covoiturage aux bénéficiaires permet aussi de leur donner plus de chances de pouvoir s’insérer dans la vie professionnelle », partage Firdaousse Aboumahd. Elle ajoute : « certaines personnes n’ont pas de solution pour aller travailler ou se rendre en formation, donc le covoiturage peut être une vraie réponse ».
Une application encore peu connue
L’application Garico, développée localement, existe depuis plusieurs années. Son créateur, El-Farouk Adinani, confie que l’idée lui était venue en 2018 alors qu’il attendait un taxi sous la chaleur. « Je me suis dit qu’il devait y avoir une solution pour pouvoir se déplacer », raconte-t-il. Initialement pensée autour des taxis, l’initiative s’est finalement orientée vers le covoiturage avant d’évoluer vers une application plus large intégrant différents moyens de transport.

En effet, l’application affiche aussi des informations liées aux bus ainsi qu’à la barge afin d’aider les utilisateurs à organiser leurs trajets. « Le but, c’est de permettre aux gens de se déplacer d’un point A à un point B », partage le développeur. Aujourd’hui l’interface compte environ 6.000 inscrits, cependant la question de la visibilité reste un grand frein. « On a besoin de promouvoir l’application et d’accompagner les usages parce que ce n’est pas encore quelque chose qui fait partie du quotidien ».
La plateforme est gratuite pour les utilisateurs, néanmoins les conducteurs peuvent fixer un tarif pour les trajets proposés, dans une limite comprise entre 2,50 euros et 5 euros selon la distance.
En fin de matinée, les équipes de Mlézi Maoré ont poursuivi leur tournée vers d’autres zones de circulation dense. Une opération de terrain menée directement au contact des automobilistes, avec l’espoir de faire évoluer progressivement les habitudes de déplacement sur l’île.
Shanyce MATHIAS ALI.


