Six jeunes ultramarins plongés dans l’univers de la construction modulaire en Meuse

Alors que la construction modulaire est de plus en plus évoquée à Mayotte dans un contexte de reconstruction après le cyclone Chido, un jeune Mahorais a choisi de se former à cette méthode en métropole, avec l’idée, peut-être, de revenir travailler sur l’île.

Ils sont six au total, deux Réunionnais et quatre Mahorais, tous issus du RSMA de La Réunion, à avoir rejoint la Meuse, il y a quatre semaines pour suivre une formation de deux mois au sein de l’organisme Forma’Cargo. Celui-ci, est spécialisé dans la construction modulaire hors site, une technique qui consiste à fabriquer des bâtiments en usine avant de les installer sur place.

Ils ont déjà terminé un premier bloc de formation consacré à la chaudronnerie et à la métallerie. « On a appris la charpente, comment couper les conteneurs et souder. Là cette semaine, on est sur l’isolation », raconte Annassi Mmadi, 22 ans, l’un des quatre jeunes originaires de Mayotte qui découvre progressivement les différentes étapes du métier.

Une formation fondée sur la pratique

Ici, la formation repose presque entièrement sur la pratique. L’objectif est d’être au plus près des matériaux mais également de construire un véritable logement à la fin du parcours et non une simple maquette. « Quand ils sortiront dans deux mois, ils auront construit un logement qui aura une utilité », explique Eric Annezzer, fondateur de Forma’Cargo. L’entreprise, créée en 2021, propose la certification « Ouvrier de la construction modulaire Hors-site », reconnue par l’État et équivalente à un niveau CAP.

L’objectif est qu’à la fin de la formation, les jeunes aient construit un logement grandeur nature. Photographie / Forma’Cargo.

Le programme d’apprentissage se découpe en trois blocs, dans un premier temps le travail du métal, ensuite l’enveloppe du bâtiment, avec l’isolation et la toiture, puis les finitions comme l’électricité ou encore la plomberie. Une approche qui permet aux apprentis de toucher à plusieurs métiers en peu de temps, dans un secteur où les compétences sont recherchées.

Si cette formation n’est pas directement liée à un projet précis à Mayotte, elle fait écho aux discussions actuelles sur l’île. Depuis le passage du cyclone Chido, la question de la reconstruction est au cœur des préoccupations et la construction modulaire est régulièrement présentée comme une solution plus rapide que les méthodes classiques. Un sujet qui continue toutefois de susciter des réserves chez une partie de la population.

Un projet individuel tourné vers Mayotte

Pour ces participants, ce travail représente surtout une opportunité d’entrer dans le secteur du bâtiment. « Moi j’aimerais travailler dans le BTP, construire des maisons avec les constructions modulaires », explique Annassi Mmadi, qui a découvert cette formation via le RSMA de La Réunion.

Pour le jeune homme, cette méthode serait un atout pour l’île et son développement. Photographie / Forma’Cargo.

Au-delà de l’ouverture professionnelle, pour ce jeune cette méthode peut représenter une opportunité pour le territoire. « Faire des maisons en hors site c’est plus rentable, plus facile et c’est rapide », estime-t-il, tout en reconnaissant que la confiance reste à construire auprès du public Mahorais. Pour cela, l’apprenti estime qu’il faudrait que les structures soient faites sur place par des artisans locaux. « Il faut que ça soit fait par des mahorais pour des mahorais comme ça les habitants pourront venir dans les ateliers. Ils verront que tout est mis en oeuvre pour le confort et la sécurité des usagers », suggère-t-il.

D’ailleurs, Annassi Mmadi envisage de revenir sur le territoire à l’obtention de son diplôme, à condition de pouvoir y travailler. « Je veux travailler à Mayotte s’il y a ce métier là-bas », explique-t-il. En attendant, il commence déjà à se projeter, en échangeant avec son formateur qui dispose de contacts en métropole, à La Réunion ainsi qu’à Mayotte, afin d’identifier d’éventuelles pistes d’emploi à la sortie.

Former aujourd’hui, structurer demain

Pour le fondateur, il s’agit d’une fierté de partager son savoir avec les jeunes ultramarins. Photographie / Forma’Cargo.

Du côté de Forma’Cargo, la réflexion autour de Mayotte ne date pas de cette promotion. Eric Annezzer, explique avoir été sollicité par la préfecture après le passage du cyclone. Face à des volumes trop importants, il indique ne pas avoir été en capacité de répondre immédiatement, mais avoir proposé une autre approche. « On s’est porté volontaire pour gérer l’après, en faisant en sorte que les jeunes participent à la reconstruction de leur île sur le long terme », confie le fondateur.

Dans cette continuité, des échanges sont en cours avec la délégation de Mayotte à Paris, notamment autour du développement de la filière. L’idée est d’accompagner des porteurs de projets Mahorais qui souhaiteraient se lancer dans la construction modulaire à Mayotte. « C’est notre métier depuis dix ans, donc nous sommes en capacité d’accompagner un chef de projet. On a déjà formé la main d’oeuvre nécessaire, donc s’il faut accompagner, on le fera ! », affirme Eric Annezzer.

Pour l’heure, les quatre Mahorais poursuivent leur formation en atelier, entre découpe, soudure et isolation. Et pour au moins l’un d’entre eux, la question du retour à Mayotte reste ouverte, dans un contexte où les besoins existent, mais où les perspectives restent encore à construire.

Shanyce MATHIAS ALI.

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