À Hamouro, une école qui cumule les difficultés, symbole d’un abandon institutionnel

Insalubrité, accès à l’eau insuffisant, classes surchargées, manque de matériel, insécurité... À Hamouro, élèves et enseignants évoluent au quotidien dans des conditions particulièrement dégradées au sein de l’école maternelle et élémentaire du village.

Dans le cadre du mouvement de grève de trois jours lancé mardi 21 avril par plusieurs organisations syndicales de l’éducation, pour dénoncer la dégradation des conditions d’enseignement et le manque de moyens, la CGT Éduc’action Mayotte a organisé ce jeudi 23 avril une mobilisation dans le village de Hamouro, devant son école maternelle et élémentaire. Un établissement qui « concentre de manière paroxystique », selon le syndicat, « l’ensemble des problématiques qui gangrènent le premier degré sur notre territoire ».

Une école « à l’abandon »

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Avec 2 toilettes pour 400 élèves en primaire, et un accès à l’eau insuffisant. L’accueil des élèves se fait dans l’insalubrité, déplorent les syndicats et les enseignants. VD / JDM.

« Sécurité défaillante, intrusions répétées, manque criant d’hygiène et coupures d’eau récurrentes : tel est le quotidien des élèves, de la maternelle au CM2 », alerte le syndicat. « L’enseignement se fait en rotation, dans des bâtiments insalubres et des espaces extérieurs aussi austères que dangereux. L’absence de livres et de matériel pédagogique de base achève de dresser le constat d’une école à l’abandon ».

Un constat confirmé par les témoignages des enseignants présents ce jeudi, photos à l’appui sur leurs téléphones.

« Aujourd’hui, l’école fonctionne parce que les enseignants s’adaptent, mais ces adaptations ont leurs limites », explique Manolo, instituteur. Le groupe scolaire accueille 430 élèves, de la maternelle à l’élémentaire, encadrés par 20 enseignants. Les classes, organisées en rotation, comptent en moyenne 29 élèves.

Une surcharge qui tranche avec les objectifs des réseaux d’éducation prioritaire renforcés (REP+), où les effectifs en CP et CE1 sont censés être limités à une douzaine d’élèves. « La plupart des enfants qui arrivent en primaire ne sont pas passés par la maternelle. Le niveau est bas, et il faudrait investir davantage à ce stade », ajoute-t-il.

Un accès à l’eau insuffisant, une atteinte à la santé et à la dignité

La mobilisation a rassemblé enseignants, enfants et parents, même si ces derniers ont hésité à venir en raison de la présence des forces de l’ordre. VD / JDM.

Mais au-delà des conditions d’apprentissage, c’est surtout l’insalubrité qui alarme les enseignants. L’école n’est pas raccordée au « chemin » de l’eau et subit les coupures. Elle ne dispose également que de deux toilettes pour environ 400 élèves du primaire.

L’accès à l’eau repose sur des packs de bouteilles insuffisants et sur des cuves où l’eau stagne, favorisant la prolifération des moustiques. Une situation qui porte directement atteinte à la santé et à la dignité des enfants.

« À Hamouro, la majorité des élèves vient de familles en grande difficulté, qui ne peuvent pas fournir de l’eau dans des gourdes. Certains enfants, faute de mieux, boivent l’eau stagnante des cuves. D’autres utilisent des récipients destinés aux brosses de toilettes comme gamelles. Si l’école était raccordée à l’eau, on n’en serait pas là », déplore Manolo.

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Le centre du village de Hamouro. VD / JDM.

Si la préfecture fournit le petit-déjeuner et la municipalité le goûter, il arrive que certains élèves soient rackettés aux abords de l’établissement ou que les denrées soient mangées par les rats. Le village, majoritairement composé d’habitats précaires en tôle, est marqué par une forte pauvreté. Aucune infrastructure de loisirs n’est disponible pour les jeunes, qui ont dû aménager eux-mêmes un terrain de football.

Dans l’établissement s’ajoutent également de nombreuses carences : absence d’alarmes incendie, extincteurs inaccessibles, fournitures scolaires livrées de manière incomplète, et flou autour des budgets dédiés aux transports scolaires.

Des parents d’élèves entre mobilisation et peur

Du côté des parents, la mobilisation reste fragile. Plusieurs actions ont déjà été menées devant l’école, sans amélioration notable. Mais beaucoup hésitent à s’engager.

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Parmi les revendications principales, figurent la sécurité et l’hygiène. VD / JDM.

Selon les enseignants, une grande partie des parents est en situation irrégulière et craint les interpellations et expulsions vers les Comores. Ce jeudi, certains ont néanmoins participé au rassemblement, mais beaucoup ont préféré rester à distance en raison de la présence des forces de l’ordre.

« La municipalité demande aux parents de s’impliquer dans la scolarité, mais envoie les forces de l’ordre et la PAF à la moindre manifestation », regrette un manifestant.

« Les parents tentent de se défendre, mais ils risquent l’expulsion », témoigne une mère d’élève. « La situation est plus que déplorable pour nos enfants, il n’y a pas d’eau et de propreté. Quand un enfant va aux toilettes l’endroit est sale, les excréments se retrouvent sur ses mains et après il va prendre le gouter. Il n’y a même pas de gel hydro alcoolique, il n’y a rien, rien », s’indigne-t-elle. « Il n’y a même pas de couleurs, on dirait la prison de Majicavo avec les barbelés partout ».

Un appel au dialogue

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L’école est entourée de barbelés pour limiter les intrusions extérieures. Mais selon les parents, aucun effort n’est réalisé pour rendre les lieux plus accueillants pour les élèves. VD / JDM.

« Nous ne sommes pas contre la municipalité. Il faut trouver des solutions ensemble. Avec plus de communication, les choses peuvent avancer », estime Manolo. Il souligne toutefois que la nouvelle équipe municipale, installée en mars, a besoin de temps. Un prochain conseil d’école est prévu en mai. D’ici là, les échanges se poursuivent entre la direction de l’établissement et la mairie.

Pour rappel, la gestion des écoles du premier degré relève de la municipalité pour tout ce qui concerne les bâtiments (construction, entretien, rénovation…), tandis que le rectorat est en charge de l’organisation pédagogique, de l’affectation des enseignants et de la carte scolaire.

Contactés, ni le rectorat, ni la municipalité, n’ont apporté d’explications sur la situation à Hamouro, à ce stade.

Au-delà du cas de Hamouro, la CGT Éduc’action pointe du doigt une situation qu’elle juge généralisée à Mayotte. Le syndicat dénonce un système qui laisse perdurer des conditions d’accueil indignes pour les élèves et de travail dégradées pour les personnels, et appelle à des mesures urgentes, notamment en matière de sécurité, d’accès à l’eau, de rénovation des écoles et de moyens pédagogiques.

Victor Diwisch

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