Entre évaluation des politiques publiques, contrôles budgétaires et suivi des recommandations, la juridiction financière constate durant l’année 2025 une activité soutenue, mais aussi des écarts importants entre La Réunion et Mayotte dans la capacité à transformer les constats en actions.
Une activité de contrôle soutenue et recentrée sur l’efficacité de l’action publique
Dans leur rapport d’activité 2025 rendu public ce 22 avril 2026, les chambres régionales des comptes de La Réunion et de Mayotte mettent en avant une activité dense et diversifiée. Les juridictions indiquent avoir notifié 17 rapports d’observations définitives, 21 rapports provisoires, 21 avis budgétaires et 9 communications administratives. Elles ont également formulé 82 recommandations, dont 38 sur la régularité et 44 sur la performance, avec un délai moyen de contrôle de 7,5 mois.
Cette activité s’inscrit dans un mouvement plus large de transformation des juridictions financières, visant à rendre les contrôles « plus lisibles et plus utiles aux citoyens », selon les orientations fixées pour 2026.
Mayotte, territoire sous tension dans la mise en œuvre des politiques publiques

Le rapport met particulièrement en lumière la situation de Mayotte, où la chambre a dressé des constats sur l’école primaire, qualifié de « sujet majeur pour le territoire ». La juridiction y décrit une pression démographique exceptionnelle, avec une hausse de 22 % des effectifs scolaires entre 2019 et 2024, entraînant un déficit estimé à près de 1 200 salles de classe. Dans ce contexte, 57 % des élèves sont scolarisés par rotations, faute d’infrastructures suffisantes.
Les contraintes sont multiples : rareté du foncier, faiblesse de l’ingénierie locale et exposition aux risques naturels. Le rapport souligne que 96 % des écoles sont exposées à au moins un risque naturel, ce qui complique la mise en œuvre des projets d’investissement. Malgré des financements importants, la chambre relève des difficultés persistantes de mise en œuvre et un suivi incomplet des recommandations.
Elle indique que : « À Mayotte, en 2024, cinq collectivités étaient concernées par l’obligation d’informer la chambre de la mise en œuvre de leurs recommandations, seules deux d’entre elles ont satisfait à celle-ci. Il ressort du rapport de la chambre publié en 2026 que : 45 % des recommandations suivies par la chambre avaient été totalement ou partiellement mises en œuvre ». Le cyclone Chido, survenu le 14 décembre 2024, est également identifié comme un facteur ayant perturbé l’action publique locale et ralenti certains chantiers.
La Réunion, des politiques publiques plus structurées mais des défis persistants

À La Réunion, la chambre met en avant une dynamique plus avancée dans la mise en œuvre des recommandations. La première évaluation de politique publique territoriale, consacrée à la gestion des déchets, illustre une approche plus intégrée des enjeux environnementaux et sanitaires dans un contexte insulaire contraint.
Le rapport souligne également un meilleur taux d’exécution des recommandations : « 87% des 52 recommandations suivies par la chambre avaient été totalement ou partiellement mises en œuvre ». Cette différence avec Mayotte reflète des capacités administratives plus consolidées, même si des difficultés structurelles demeurent, notamment en matière de gestion des infrastructures et de soutenabilité financière des politiques publiques.
Une juridiction plus visible dans le débat public
Au-delà des contrôles, les chambres régionales des comptes insistent sur leur présence accrue dans l’espace public. En 2025, elles revendiquent 673 citations presse et 221 183 vues sur les réseaux sociaux, témoignant d’une exposition médiatique en hausse.
L’ouverture du château Lauratet lors des Journées européennes du patrimoine a également constitué un temps fort, avec 2 171 visiteurs, un record pour la juridiction. La visite de Véronique Hamayon, procureure générale près la Cour des comptes, le 10 octobre dernier, avait par ailleurs permis de renforcer les échanges autour de la réforme de la responsabilité financière des gestionnaires publics et d’organiser une rencontre inter-juridictionnelle avec les acteurs judiciaires locaux.
Pour 2026, les chambres annoncent la poursuite de la transformation engagée, autour de trois priorités : concentrer les contrôles sur les enjeux les plus significatifs, renforcer le volet probité et mieux répondre aux attentes des usagers. Dans ce cadre, Mayotte demeure un territoire particulièrement suivi, où les écarts entre besoins publics et capacités de mise en œuvre continuent d’interroger l’efficacité de l’action publique locale, tandis que La Réunion apparaît davantage engagée dans une logique de consolidation et d’ajustement des politiques existantes.
Mathilde Hangard


