Depuis l’Élysée, le maire de Mamoudzou réclame la concrétisation des aides post-Chido

Près d'un an et demi, après le cyclone Chido, la commune de Mamoudzou estime que la reconstruction avance trop lentement, notamment dans les écoles et les équipements publics, tandis que l’État met en avant la complexité des procédures de financement.

Seize mois après le passage du cyclone Chido, survenu à Mayotte le 14 décembre 2024, la reconstruction des infrastructures publiques, notamment dans le chef-lieu de Mamoudzou, demeure inachevée. Dans un entretien exclusif, le maire de la commune, Ambdilwahedou Soumaila, réélu dès le premier tour le 22 mars dernier avec 61,6 % des voix, fait état de difficultés persistantes dans le financement des écoles, des équipements liés à la sécurité et des infrastructures municipales.

Une réunion à l’Élysée centrée sur le rôle des maires

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À l’Élysée, le maire de Mamoudzou, Ambdilwahedou Soumaila, en a profité pour présenter son livre « Servir. L’ambition d’une vie », au président de la République, Emmanuel Macron.

Lors d’une rencontre avec le président de la République, Emmanuel Macron, environ 500 maires ont été reçus à l’Élysée, jeudi 16 avril, dans un format de dialogue avec les collectivités locales. Selon le maire de Mamoudzou, la réunion a d’abord été marquée par une reconnaissance adressée aux élus locaux : « Un message principal était d’abord un message de félicitations (…) adressé à l’ensemble des 36.000 maires de France », récemment élus à l’issue des dernières élections municipales.

Emmanuel Macron a également mis en avant la vulnérabilité croissante des élus locaux, notamment face aux violences et aux pressions dont ils peuvent être victimes. Dans ce contexte, le chef de l’État a rappelé l’importance de la loi du 21 mars 2024 visant à renforcer leur protection. Il aurait par ailleurs souligné le rôle central de l’échelon local dans le lien avec les citoyens, évoquant un nécessaire « choc de simplification » et insistant sur le renforcement du « couple préfet-maire », présenté comme un levier d’adaptation des politiques publiques aux réalités territoriales.

Reconstruction post-Chido : des financements encore très partiellement déployés

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Dans les rues de Mamoudzou, encore largement en chantier, l’éclairage public reste également absent ou très insuffisant. Mathilde Hangard / JDM.

Mais au-delà de ces orientations nationales, la situation à Mayotte met en lumière l’écart entre les principes affichés et leur mise en œuvre. Plus de seize mois après le passage du cyclone Chido, survenu le 14 décembre 2024, la reconstruction des infrastructures publiques de l’île reste nettement incomplète. Pour reconstruire le territoire après cette catastrophe, la commune affirme avoir engagé dès le début de l’année 2025 les démarches nécessaires pour accéder aux dispositifs de financement. Mais, depuis, les échanges avec les services préfectoraux avaient donné lieu à des divergences sur l’instruction des dossiers, déjà mises en lumière à l’hiver austral 2025.

À l’époque, le préfet du département évoquait des démarches « incomplètes », tandis que la municipalité assurait avoir agi « dès le 7 janvier 2025 » dans une logique « d’anticipation ». Ce différend, qui avait fait planer un risque sur la rentrée scolaire 2025, illustrait les blocages administratifs qui continuent encore de peser sur le déploiement des aides. Aujourd’hui, le maire de Mamoudzou maintient une lecture critique de la situation, alors que « tous les les dossiers ont été déposés » et que « les services de la ville ont été très mobilisés pour déposer les dossiers sur la plateforme », explique l’édile, « l’argent n’est pas là, sans argent on n’arrivera à rien faire, les crédits de paiement ne sont pas là, ne sont pas au rendez-vous, c’est la seule chose qui bloque », affirme-t-il.

L’élu met en avant les difficultés concrètes rencontrées par la commune pour faire face aux travaux engagés. « Car aujourd’hui à Mamoudzou, pouvoir payer des entreprises, est une difficulté majeure, une vrai problème social (…) beaucoup d’entreprises se sont engagées, ont travaillé pour mettre les écoles en l’état pour que les 20.000 élèves de Mamoudzou puissent reprendre le cours normal de leur scolarité », explique-t-il. Faute de financements suffisants, la ville indique avoir dû recourir à l’emprunt : « On ne peut pas continuer à endetter la ville (…) nous avons dû faire recours à un emprunt pour payer ». Le maire évoque également le fonds d’amorçage de 100 millions d’euros annoncé par l’État après le cyclone, dont il dit ne pas constater les effets concrets : « Nous en voyons toujours pas aujourd’hui la couleur (…) Il faut que l’aide vienne et très vite », insiste-t-il.

Écoles, sécurité : une reconstruction encore inachevée au quotidien

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Les salles de cours du lycée Bamana, sévèrement endommagées par le cyclone Chido, toujours à l’état de ruines et d’abandon, au 23 mars 2026.

À Mamoudzou, les retards dans la mise en œuvre des financements se traduisent concrètement dans le fonctionnement des services publics. Plus de seize mois après le passage de Chido, le secteur scolaire demeure l’un des plus affectés. Selon le maire, plusieurs établissements continuent de fonctionner en mode dégradé, faute de capacités d’accueil suffisantes. « Nous avons quatre groupes scolaires de 2.000 élèves, qui n’ont pas de cours normal, ils ont entre deux à trois heures de cours par jour à Mamoudzou », explique-t-il. Une situation qu’il juge « pas concevable » et « pas explicable », ajoutant que « les familles ne comprennent pas (…) la communauté éducative ne comprend pas pourquoi il y a autant de retard », alors que « les professeurs sont à bout ». 

La municipalité met également en avant l’ampleur des dégâts et l’écart avec les financements perçus. L’édile évoque « 12 millions d’euros de dégâts dans les écoles de Mamoudzou après le passage du cyclone Chido », pour (seulement) « 800.000 euros qui nous ont été effectivement octroyés ». Un différentiel que la commune considère comme un frein majeur à la remise en état complète des infrastructures, rappelant que « tout ce qui a été fait en amont (…) c’est la ville qui a supporté la charge ». 

Les restes de l’école de Vahibé 1 et les affaires des élèves à terre, septembre 2025.

Au-delà des écoles, d’autres équipements publics restent affectés, notamment en matière de sécurité. Le maire décrit un système fragilisé, lié à des défaillances persistantes de l’éclairage public et des dispositifs de surveillance : « Aujourd’hui le système de sécurité est à terre, on ne peut pas protéger nos concitoyens comme cela ». Il attribue ces difficultés à un manque de moyens et à des retards dans les crédits de paiement : « L’argent n’est pas là (…) les crédits de paiement ne sont pas au rendez-vous, c’est la seule chose qui bloque ». 

Faute de ressources suffisantes, la commune indique devoir maintenir ses missions avec des moyens limités. « Nous demandons quand même à nos policiers d’aller sur le terrain sans véhicule (…) à nos médiateurs de nuit de sillonner le territoire mais on ne pourra pas indéfiniment le faire sans moyens », souligne-t-il.

Dans son analyse, le maire relie ces difficultés à des enjeux sociaux plus larges, évoquant notamment la pression démographique et la situation d’une partie de la jeunesse sacrifiée faute de places en nombre suffisant dans les écoles. « Nous sommes en train de fabriquer des bombes à retardement (…) ce sont déjà des bombes qui sont en train d’arriver sur le territoire », déclare-t-il. Il décrit une situation où « des milliers et des milliers de jeunes n’ont aucune perspective », dans un contexte où, selon lui, les capacités d’accueil scolaire ne suivent pas : « On nous demande de construire une salle de classe par jour, on n’y arrivera pas (…) on n’a ni le foncier, ni l’argent, ni l’expertise ».

Des propos qui traduisent une lecture particulièrement alarmiste de la situation locale, et qui s’inscrivent dans des débats plus larges sur les politiques publiques à mener en matière d’éducation et d’insertion sur le 101ème département français.

Le maire de Mamoudzou presse l’exécutif de « lever les verrous »

Dans ce contexte, l’élu appelle à une accélération des réponses de l’État. « Il faut qu’on lève les verrous » pour reconstruire « les écoles, les équipements sportifs », insiste-t-il, estimant que « les annonces doivent se concrétiser » pour répondre aux besoins du territoire. Malgré ces constats, le maire dit avoir perçu, lors de la rencontre à l’Élysée, une écoute attentive de la part de l’exécutif. Il évoque notamment un échange « extrêmement attentif » avec la ministre des outre-mer, Naïma Moutchou, qui se serait engagée à apporter des réponses « de manière très pragmatique (…) pour chaque problématique, une solution en face ». 

Dans la continuité des messages portés par Emmanuel Macron sur la nécessité de « résultats » visibles pour les citoyens, l’édile estime désormais que la concrétisation des engagements annoncés constituera un test décisif pour les mois à venir. « Maintenant que le budget est voté, cela devrait être fait », avance-t-il, appelant à une traduction rapide des annonces en mesures effectives sur le terrain.

Mathilde Hangard

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