Le Mouvement des Entreprises de France (MEDEF) a officialisé sa restructuration à Mayotte ce jeudi 16 avril, à l’occasion d’un point presse organisé au restaurant l’Orient Express de Kawéni.
L’événement a permis de présenter officiellement la nouvelle représentation du MEDEF à Mayotte, avec à sa tête sa présidente récemment désignée, Yasmine Nidhoire, et son secrétaire général, Habib Ben Chadouli, ainsi que les grandes orientations qu’ils entendent impulser pour le développement économique et social du territoire.
Une procédure judiciaire en cours avec l’ancienne représentation

Cette officialisation intervient quatre mois jour pour jour après la radiation de l’ancienne représentation du Mouvement, présidée par Fahardine Mohamed. Une décision qui a mis fin à son droit d’usage de la marque ainsi qu’à l’ensemble de ses mandats, à la suite de plusieurs mois de manquements jugés graves en matière de gouvernance, de transparence financière et d’éthique par l’antenne nationale.
Depuis, l’ancien président du MEDEF Mayotte, Fahardine Mohamed, a tenté de reprendre l’initiative. Craignant l’émergence d’une nouvelle structure impulsée par le national, qu’il estime potentiellement « sans identité locale », il a choisi de mobiliser les entreprises du territoire autour d’une bannière alternative : le Groupement patronal de Mayotte (GPM). À travers une lettre ouverte adressée en février 2026 aux acteurs économiques, il appelait à la vigilance et à la préservation d’une représentation patronale ancrée dans les réalités locales. Une pétition a également été lancée afin de fédérer les entreprises et de défendre une gouvernance économique portée par les acteurs mahorais eux-mêmes.
En présence, en visioconférence, de Bruno Arcadipane, vice-président du MEDEF national, cette prise de parole visait clairement à relancer le Mouvement sur le territoire et constituait un appel assumé, voire une forme de candidature, auprès des entreprises mahoraises.

« Nous avons une procédure en cours avec l’ancienne structure, qui ne porte plus le nom de MEDEF et continue à vivre sa vie. Étant attaqué par cette structure, je ne pourrai pas m’exprimer davantage sur ce point, qui relève désormais de la justice », souligne Bruno Arcadipane, revenant sur l’épisode de la radiation. « Nous sommes aujourd’hui concentrés sur un nouveau projet pour Mayotte, avec comme on peut le voir un MEDEF purement mahorais qui prendra des décisions extrêmement locales », précise-t-il, en réponse aux doutes levés par le GPM.
« Le rôle du MEDEF Mayotte va être doublement important, d’abord pour son propre territoire dans le contexte actuel puis au sein du comité des outre-mer qu’il a rejoint et dans lequel il va apporter de la valeur ajoutée », continue Bruno Arcadipane.
La convergence sociale, un sujet « phare » pour Yasmine Nidhoire

Fondatrice et directrice de l’entreprise Général de services, spécialisée dans l’aide à domicile, l’assistance aux personnes âgées, le ménage, le bricolage et les petits travaux, soit 27 métiers développés depuis 2020, Yasmine Nidhoire est également titulaire d’un master en ressources humaines, mère de deux enfants et originaire de Koungou. Partie de zéro et sans financements extérieurs, son activité permet aujourd’hui à plus d’une centaine de foyers de vivre. Avec cette nomination, elle devient la première femme mahoraise à accéder à la présidence d’une organisation patronale à Mayotte.
« Mayotte m’a tout donné, c’est à moi de lui rendre ce qu’elle m’a donné », affirme-t-elle, visiblement émue, évoquant un territoire qu’elle décrit comme « exceptionnel et fragile », une fragilité qu’elle dit également vivre en tant qu’entrepreneuse.
Elle défend un MEDEF de proximité, « à l’écoute de toutes les entreprises adhérentes, des TPE aux grandes entreprises et aux groupements d’employeurs », appelé à structurer son action autour de commissions de travail réunissant chefs d’entreprise et experts. Celles-ci seront organisées autour de priorités identifiées comme l’emploi, la formation, la fiscalité des entreprises ou encore le développement du tourisme et de l’activité économique.
Insistant sur la nécessité de mieux structurer la représentation des entreprises, elle rappelle que l’organisation porte aujourd’hui plus de 60 mandats, permettant de « porter la voix des entreprises dans toutes les instances », en martelant l’urgence d’appliquer la règle interne du MEDEF, « un homme, un mandat ». Une règle qui selon elle, n’était pas en vigueur avec l’ancienne représentation, qui comptait « parfois 1 homme pour une dizaine de mandats ».
« Le MEDEF est porté par des valeurs fortes : la transparence, le devoir de rendre compte, des processus clairs, démocratiques et exigeants, avec des entreprises soutenues et prises en compte », poursuit-elle, là encore en visant indirectement l’ancienne représentation.
Un nouveau conseil d’administration élu en fin d’année
Les membres du bureau disposeront de six mois pour structurer le nouveau MEDEF et lancer les premières actions, notamment d’information et de sensibilisation des entreprises aux évolutions réglementaires, en amont de l’assemblée générale prévue en fin d’année. À cette occasion, seront élus les membres du conseil d’administration ainsi que le ou la présidente pour un mandat de trois ans.
D’ici là, Yasmine Nidhoire entend fédérer le tissu économique local. « Tous ensemble, nous allons réussir à faire grandir Mayotte », indique-t-elle en s’adressant aux entrepreneurs. « Quelles que soient leur taille et leur secteur, nous sommes des Mahorais au service des entrepreneurs et de Mayotte. C’est avec vous qu’on ira loin. Rejoignez le MEDEF Mayotte ».
Victor Diwisch


