Depuis la découverte du volcan Fani Maore, le chercheur Saïd Saïd Hachim travaille avec le public, en particulier les enfants, pour développer du savoir scientifique sur le phénomène et pour les sensibiliser aux risques naturels et sur les bons gestes à adopter en cas de danger.

« C’est la première fois que les hommes assistent à la naissance d’un volcan »

Depuis la découverte du volcan Fani Maore, le chercheur Saïd Saïd Hachim travaille avec le public, en particulier les enfants, pour développer du savoir scientifique sur le phénomène et pour les sensibiliser aux risques naturels et sur les bons gestes à adopter en cas de danger.

En 2018, Mayotte a connu un phénomène scientifique unique, la naissance d’un volcan sous-marin à 50 km de son territoire. Face à cet événement exceptionnel et les implications que cela génère, le géographe Saïd Saïd Hachim rattaché à l’Université Montpellier 3 sensibilise le public sur le volcan pour donner « une idée juste du contexte sismo-volcanique de Mayotte aux populations ». Le besoin est d’autant plus fort que le volcan est sous-marin. « Les gens ne le voient pas, ce n’est pas comme le Piton de la Fournaise où il y a de la lave, des signes visuels », détaille-t-il.

Les enfants auteurs d’une enquête scientifique

Saïd Saïd Hachim sensibilise le public sur le volcan notamment avec les plus jeunes dans les écoles primaires.

Son objectif est d’expliquer les caractéristiques de ce type de volcanisme, pour cela il a choisi de faire de la science participative notamment avec les plus jeunes dans les écoles primaires. Depuis plusieurs années, il mène des projets avec les élèves des écoles de Mamoudzou centre où le volcan est évoqué à travers les savoirs fondamentaux comme les mathématiques et le français. Ils ont même réalisé une enquête pour connaitre la perception des Mahorais sur les risques naturels. Habituellement, elle est menée au niveau national. « Lorsque la dernière enquête a été présentée à Strasbourg, j’ai été très choqué parce que j’étais le seul Mahorais dans la salle et pendant la présentation. J’entends que l’enquête a été faite au niveau national sauf pour Mayotte. Quand j’ai demandé pourquoi Mayotte n’avait pas été inclue dans les données, on m’a répondu que Mayotte c’est compliqué », raconte-t-il. Mais avec les élèves, les enseignants et les familles, ils ont effectué ce travail. « Les familles sont rentrées dans les classes, les enfants étaient des traducteurs, on a pu voir leur niveau d’information, leur source d’information, etc. », décrit-il.

Une chaîne du savoir … des scientifiques jusqu’aux parents

Le but de ce travail est aussi de créer une chaîne du savoir, qui part du monde scientifique jusqu’aux parents pour que chacun ait la bonne information. « Les enfants font des activités à l’école où ils parlent du volcan, mais il faut aussi qu’ils en parlent avec leurs parents. Et que ce qui est abordé à la maison vienne aussi à l’école parce que les parents ont vécu les choses de 2018, ils ont des souvenirs », raconte le chercheur.

« Apprendre à bien se comporter le jour où il y a un danger »

Saïd Saïd Hachim, géographe passionné et fervent amoureux de son île mahoraise.

Ce travail de médiation avec la population est nécessaire selon lui, car à la fois Fani Maore est quelque chose « d’extraordinaire pour Mayotte parce que c’est la première fois que les hommes assistent à la naissance d’un volcan.  Le géo-scientifique renommé Eric Humler qui a participé à la création du Revosima a dit que c’était la plus grosse découverte scientifique de ce siècle ». Mais en même temps, ce volcan présente des menaces. « On n’est pas à l’abri de connaître une forte activité volcanique qui peut provoquer un tsunami sur les côtes littorales de Mayotte, alors que 16 des 17 communes sont sur le littoral et qu’une grande partie de la population vit sur le littoral », explique-t-il. D’où l’importance de partager les connaissances à l’ensemble de la population pour « apprendre à bien se comporter le jour où il y a un danger, il faut apprendre à avoir le bon geste. Y a des sites refuges et des sirènes aujourd’hui cartographiés mais ils ne sont pas connus de tous », observe le géographe. Il remarque néanmoins que des choses avancent petit à petit. « La commune de Mamoudzou vient d’intégrer les informations sur les sites refuges dans ses plans communaux de sauvegarde », se félicite-t-il.

Lisa Morisseau

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