L’utilisation du bambou de Mayotte vient d’être validée par le Centre scientifique et technique du bâtiment pour construire le lycée Tani Malandi de Chirongui. Une bonne nouvelle pour développer la filière pour les acteurs du secteur.

Bambou de Mayotte : une première certification qui ouvre la voie à la création d’une filière

L’utilisation du bambou de Mayotte vient d’être validée par le Centre scientifique et technique du bâtiment pour construire le lycée Tani Malandi de Chirongui. Une bonne nouvelle pour développer la filière pour les acteurs du secteur.

C’est un grand pas pour le bambou de Mayotte. Son utilisation vient d’être validée par une Atex de type B (appréciation technique d’expérimentation) par le Centre scientifique et technique du bâtiment, CSTB. Cela signifie qu’il pourra être utilisé dans la construction du lycée polyvalent Tani Malandi de Chirongui. C’est l’aboutissement d’un projet porté en 2020 par le rectorat de Mayotte et un trio de cabinets d’architecture :  Endemik Mayotte, Dietrich Untertrifaller et Bulles, Poirier & Justman Architectes. “L’objectif était d’utiliser des matériaux locaux comme ce sera un lycée du bois. En se promenant sur l’île on a vu beaucoup de bambous, or on sait que c’est un matériau très intéressant dans la construction”, explique Sandra Mesa, architecte et co-gérante d’Endemik Mayotte.

La façade en bambou

Le projet du lycée Tani Malandi de Chirongui avec une enveloppe en bambou.

Jusqu’à aujourd’hui, il est interdit de construire en bambou car il n’y a pas de règle professionnelle, il est difficile d’assurer les bâtiments. A Mayotte, seuls des modules secondaires voient le jour avec le matériau, comme des clôtures, des farés ou encore des pares vues. Pour le projet, au vu des contraintes concernant les normes, il a été décidé de ne pas recourir au bambou en structurel. A la place, le choix a été fait d’orner la façade de bambous pour agir comme un brise soleil. “Vu que ce n’est pas un matériau courant dans la construction et que c’est un bâtiment recevant du public, on avait besoin de réaliser cette Atex”, précise Sandra Mesa. Dans le but d’obtenir cette certification, une série de tests a été réalisée sur le bambou de Mayotte entre La Réunion et l’Hexagone pour tester sa résistance au vent, au feu mais aussi sa durabilité. Le projet a aussi été porté par le bureau d’études C&E ingénierie et a été financé en intégralité par le rectorat de Mayotte.

 “Jusqu’ici il n’existait aucune donnée dessus”

Aujourd’hui, la certification n’est réservée qu’au lycée Tani Malandi et à ce projet mais selon Sandra Mesa il s’agit d’une“première étape dans l’utilisation du bambou de Mayotte, jusqu’ici il n’existait aucune donnée dessus. Nous allons pouvoir les utiliser pour poursuivre vers un autre type d’Atex”, se réjouit-elle. L’objectif à terme est de créer une règle professionnelle comme cela a été le cas avec la brique de terre compressée (BTC) après de nombreuses années de mobilisation des acteurs du secteur et de l’association Art Terre. Cette validation de l’utilisation du bambou mahorais va aussi permettre de créer du travail. En effet, 8.000 chaumes seront nécessaires pour recouvrir la façade. “ L’idée, c’est de travailler avec les entreprises et les associations du secteur pour réaliser le chantier”, détaille Sandra Mesa. La livraison de la première partie du lycée est prévue en 2027.

Louis Dossal co-gérant de Lilo Bambou : “On est super contents”

L’atelier de Lilo Bambou à Ouangani. A terme, l’entreprise aimerait construire un véritable atelier pour traiter le bambou avant de l’utiliser dans la construction.

Pour « Lilo Bambou », entreprise qui cherche à développer la filière à Mayotte, cette caractérisation du bambou mahorais est une bonne nouvelle. “Nous, on est super contents. Toute avancée dans la sphère du bambou permet de parler du matériau, ça le met en avant. Ce qui a été fait est intéressant parce que c’est du travail scientifique qui a été produit sur le bambou de Mayotte”, explique Louis Dossal, co-gérant de l’entreprise. En 2023, celle-ci avait livré du bambou pour la construction de farés dans le lycée de Chirongui. Désormais, elle espère être de nouveau mobilisée dans le cadre du chantier du bâtiment. “Il va y avoir un gros besoin et il est fort probable qu’on soit partenaire sur la partie coupe et mise à disposition de la ressource”. Lui et son associé, Emmanuel Desdoigts, observent un intérêt croissant pour l’utilisation de la matière et “une demande grandissante”. Récemment, ils ont été reçus par l’Établissement public de la reconstruction et de développement de Mayotte (EPRDM). Cela témoigne selon eux que les institutions du département se rendent compte que le bambou peut aussi “œuvrer à la reconstruction de Mayotte”.

Lisa Morisseau

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