Sous l'égide du Technopole de Mayotte et de l'ONG Super-Novae, un café-débat organisé vendredi dernier s'est penché sur la place de la femme dans l'agriculture mahoraise.

Femmes mahoraises et agriculture en question au Technopole de Dembéni

Sous l'égide du Technopole de Mayotte et de l'ONG Super-Novae, un café-débat organisé vendredi dernier s'est penché sur la place de la femme dans l'agriculture mahoraise.

Si une dizaine de personnes avait fait l’effort de gravir la route abrupte qui conduit au Technopole de Mayotte pour un café-débat autour du rôle des femmes dans l’agriculture mahoraise ce vendredi 6 février, on pouvait toutefois regretter l’absence des principales concernées comme le faisait remarquer en préambule l’animatrice Caroline Joubert, membre d’Agricoop Mayotte. Malgré cela, la qualité et l’expérience des intervenants, formatrices du Réseau d’innovation et de transfert agricole (RITA), de la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire (CREES), agriculteurs dont un syndicaliste de la Coordination rurale, membre de l’ONG Électriciens sans frontières… ont permis d’aborder un certain nombre de problématiques propres à l’île et de dégager des pistes pour avancer.

Les femmes en première ligne

Un débat riche en présence d’agriculteurs et d’acteurs associatifs.

Les femmes ont un rôle central depuis toujours dans l’agriculture mahoraise, comme le soulignait un participant en indiquant qu’encore aujourd’hui 67 % d’entre elles étaient impliquées dans des activités agricoles. Traditionnellement, elles étaient les gardiennes du Jardin mahorais, un système de cultures associées (bananes, tubercules, arbres fruitiers) qui assurait la sécurité alimentaire des familles. Ce sont aussi les femmes que l’on retrouve sur les stands de vente informelle le long des routes proposant des produits dont l’origine n’est pas forcément bien tracée. Une situation typique à Mayotte où, en raison de la culture locale, du manque de pratique et de formation en matière de démarches administratives et des nombreuses personnes en situation irrégulière, on ne recense qu’environ 1.300 agriculteurs déclarés à ce jour alors que l’île en compterait au moins quatre fois plus. Un fonctionnement qui n’aide pas à recenser, rassembler, former les agricultrices qui en auraient besoin, déplorent l’ensemble des intervenants, pointant l’absence d’intervention de la Chambre d’agriculture de Mayotte, qui ne joue pas bien son rôle selon eux. Autre point noir mis en exergue, les nombreux vols de bétail et de produits agricoles qui réduisent les revenus de celles et ceux qui vivent de l’agriculture.

 Trop d’activité informelle

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En 2025, la CODAF a détruit 3 tonnes de marchandises jugées non conformes. (Photo d’illustration).

La répartition du foncier et sa mise à disposition pour l’élevage et les cultures est aussi mise en question. Nombre de plantations s’effectuent sur des terrains qui n’appartiennent pas aux exploitants, d’autres ne font pas l’objet d’un titre de propriété ou d’un bail locatif en bonne et due forme, ce qui interdit aux agriculteurs et aux agricultrices de percevoir les subventions nationales ou européennes qu’ils devraient toucher. D’une façon générale, une « phobie administrative » très répandue rend compliquée le suivi des activités agricoles et l’application des normes. Il en va ainsi des cultures sous label bio ou garanties sans produits phytosanitaires difficiles à mettre en œuvre faute d’accompagnement et de suivi des cultivateurs et cultivatrices et qui ne bénéficient de surcroît que de très peu de lieux de distribution sur l’île.

Pour les personnes présentes, les voies à explorer pour améliorer et développer l’activité agricole et avancer vers l’auto-subsistance de l’île passent donc par une formalisation et une officialisation des terrains agricoles ainsi que des processus de production et de vente et donc par une meilleure formation de celles et ceux qui travaillent la terre mahoraise. Une boussole pour les associations et les structures qui travaillent sur ce dossier mais aussi pour les pouvoirs publics à tous les niveaux.

Philippe Miquel

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