Alors que les averses remplissent les bidons et les ravines, les moustiques reprennent du terrain. L’ARS alerte : le virus circule toujours « à bas bruit » et pourrait flamber dans les prochaines semaines.

Chikungunya : L’ARS craint son retour

Alors que les averses remplissent les bidons et les ravines, les moustiques reprennent du terrain. L’ARS alerte : le virus circule toujours « à bas bruit » et pourrait flamber dans les prochaines semaines.

À Mayotte, depuis plusieurs jours, la pluie, associée à de fortes chaleurs, est de retour. Les bassines débordent, les routes s’inondent, les pneus se remplissent et les moustiques reprennent vie. Après quelques mois d’accalmie, le spectre du chikungunya plane à nouveau sur l’île. Sollicitée par notre rédaction, la Direction de la santé publique de l’Agence régionale de santé (ARS) de Mayotte alerte : « Avec le retour des pluies, la présence accrue d’eau stagnante et les températures élevées créent un contexte particulièrement favorable à la reproduction des moustiques ».

Des conditions favorables à une reprise épidémique 

Mayotte, Manuel Valls, visite officielle
Les déchets, où l’eau peut y stagner, constituent de véritables berceaux de vie pour les moustiques.

Le virus, transmis par le moustique Aedes albopictus, n’a jamais totalement disparu. Après l’épidémie du printemps 2025, qui a touché 1.257 personnes, dont 40 hospitalisations, la circulation virale se maintient « à bas bruit » depuis septembre, avec quelques cas signalés chaque semaine. Mais avec les pluies, la chaleur et l’humidité actuelles, l’ARS renforce la vigilance, craignant une possible reprise de la transmission dans les semaines à venir.

Un contexte inquiétant dans l’océan Indien et en Hexagone 

La situation à Mayotte ne se déroule pas dans un vide sanitaire. En Hexagone, le chikungunya connaît une recrudescence inédite depuis l’été 2025, avec plus de 600 cas autochtones recensés depuis mai, répartis sur 69 foyers actifs, notamment en Provence-Alpes-Côte d’Azur, Auvergne-Rhône-Alpes et en Île-de-France.

La Réunion, elle, a connu une épidémie massive cette année, avec 54.550 cas confirmés depuis le début de l’épidémie. La fréquence des voyages entre Mayotte et Paris, mais aussi avec La Réunion, n’est pas un facteur rassurant, car elle augmente le risque d’introduction ou de relance locale du virus. Dans ce contexte, la vigilance des autorités sanitaires est renforcée.

Communes et associations sur le terrain

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Lancée en 2023, en remplacement de l’opération « Urahafu na unono », le but de « Novembre vert » est de sensibiliser à la propreté urbaine au développement durable.

Face à cette menace, les communes, intercommunalités et associations se mobilisent pour éliminer les gîtes larvaires avant que les moustiques ne se multiplient. Dans le nord de l’île, l’intercommunalité a lancé l’opération « Novembre vert », menée de Majikavo à Acoua, pour ramasser pneus, bidons et déchets pouvant retenir l’eau.

« Les coupelles des pots de fleurs, les réserves d’eau, les pneus, des jouets pour enfants, sur une terrasse ou dehors, sont des nids à moustiques », explique un agent communal. Dans les écoles, mairies et dispensaires, les affiches de prévention rappellent : « Pas d’eau stagnante, pas de moustiques ». L’ARS insiste : la mobilisation des habitants est indispensable, car le moustique se développe à quelques mètres des habitations.

Des moyens sanitaires renforcés

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Le laboratoire Biogroup effectue désormais des tests PCR et sérologiques directement sur place à Mayotte, mettant fin aux longs envois vers l’Hexagone (photographie/Banny Tsifanesy)

Le Centre hospitalier de Mayotte (CHM) reste prêt à faire face à une éventuelle hausse des cas. « Les procédures mises en place lors de la première vague demeurent actives, avec un plan de montée en charge identifié », précise l’ARS au sujet du Centre hospitalier.

La grande nouveauté est le diagnostic local : le laboratoire Biogroup réalise désormais les tests PCR et sérologiques sur l’île, sans envoi vers la métropole. « Les délais d’analyse sont considérablement réduits, ce qui renforce la réactivité et l’efficacité de la réponse sanitaire », souligne l’ARS.

Les équipes de lutte antivectorielle peuvent ainsi intervenir plus rapidement autour des foyers confirmés, en réalisant des pulvérisations ciblées pour la destruction des gîtes larvaires.

Un risque réel mais évitable

Pour l’instant, aucune reprise massive n’est constatée, mais la vigilance reste de mise. Le chikungunya provoque fièvre, douleurs articulaires et éruptions cutanées et, bien que rarement mortel, peut laisser des séquelles persistantes.

L’ARS rappelle les gestes essentiels : vider les récipients, couvrir les réserves d’eau, se protéger des piqûres et consulter rapidement en cas de symptômes. « La prévention reste notre meilleure arme », insiste la Direction de la santé publique.

Mathilde Hangard

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