Le projet "Shisiwa Mtsamboro" porté par l’État et les autorités locales pour restaurer l’agriculture traditionnelle et renforcer la lutte contre l’immigration clandestine suscite de vives tensions sur le terrain, entre habitants, autorités et services de l’État.

Valls à Mtsamboro : La reconquête de l’îlot entre souveraineté agricole et tensions sociales

Le projet "Shisiwa Mtsamboro" porté par l’État et les autorités locales pour restaurer l’agriculture traditionnelle et renforcer la lutte contre l’immigration clandestine suscite de vives tensions sur le terrain, entre habitants, autorités et services de l’État.

Cette deuxième journée de visite officielle de Manuel Valls, ministre des Outre-mer, a commencé sur des chapeaux de roues. « Il faut avoir le pied marin », s’est exclamé le Ministre des Outre-mer à peine débarqué au port de Longoni pour débuter cette journée qui s’annonçait entre terre et mer.

Après avoir visité le port de Longoni et le périmètre de décasage du quartier Hacomba à Dzoumogné dans le cadre de l’opération Wuambushu, Manuel Valls est arrivé en bateau aux abords de l’îlot Mtsamboro, sans débarquer, pour une visite axée sur la création d’une base militaire navale avancée. Étape clé du programme autour de l’îlot M’Tsamboro, pour mener à bien une opération de reconquête agricole et sécuritaire « Shisiwa Mtsamboro ». Ce projet vise à restaurer la souveraineté de l’État sur cet îlot, en faisant d’une pierre sécuritaire, deux coups culturels et environnementaux : d’une part, en rétablissant les cultures traditionnelles et d’autre part, en améliorant les dispositifs de lutte contre « l’immigration clandestine ».

Un projet ambitieux de reconquête agricole et sécuritaire

Mayotte, tobé, Mtsamboro,
Le tobé témoin avant le passage du cyclone Chido qui l’a en partie détruit

L’opération « Shisiwa Mtsamboro », lancée par la préfecture de Mayotte, s’inscrit dans un projet global de réhabilitation de l’îlot Mtsamboro, zone convoitée pour son potentiel agricole et pour sa proximité avec les Comores, notamment Anjouan. La terre de cet îlot et son taux d’ensoleillement, lui valent notamment une réputation sans égal pour ses oranges, considérées comme les meilleures de Mayotte. Cependant, l’arrivée quasi quotidienne de migrants en situation irrégulière, majoritairement venus des Comores, a progressivement changé l’équilibre écosystémique de l’îlot. L’installation de constructions illégales, comme des « bangas » ou des tentes de passage, et la plantation de bananiers, ont provoqué une déforestation progressive du lieu et ont altéré le potentiel agricole de l’îlot. 

Lancé en 2022 par les autorités, le projet de restauration de l’îlot Mtsamboro, a pour objectif de lui redonner une vocation agricole, en éliminant les constructions non autorisées et en réintroduisant des cultures durables. Le retour aux « tobés », ces constructions traditionnelles en bois destinées aux agriculteurs, fait partie intégrante de cette vision de renouveau. Le maire de Mtsamboro, Laïthidine Ben Saïd, a insisté sur la nécessité de reconstruire ces structures, tout en préservant les pratiques agricoles historiques qui ont forgé l’identité de l’île. « Le but c’est de mettre en place un chapelet de tobés tout au long de l’îlot pour y assoir une souveraineté agricole et environnementale », a déclaré un représentant du projet.

Le ponton une infrastructure « stratégique »  

LIC, Immigration clandestine, Mayotte
L’enjeu est que Mtsamboro se positionne comme « un poste avancé du rideau de fer », a précisé le maire de la municipalité, Laithidine Ben Saïd

Mais derrière cette restauration écologique, le projet revêt surtout un intérêt « stratégique », pour reprendre la formulation du ministre des Outre-mer, dans la lutte contre « l’immigration clandestine » à Mayotte. En raison de sa position géographique, l’îlot est une zone privilégiée pour l’arrivée des kwassas vers le 101ème département français, ces embarcations de fortune qui font la navette entre Mayotte et les Comores. Le gouvernement souhaite ainsi construire un ponton sur l’îlot pour les autorités mobilisées dans la lutte contre « l’immigration clandestine ». Ce dispositif fait partie d’une initiative plus large, comme souhaitée par l’ancien ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, pour renforcer le « rideau de fer maritime » autour de Mayotte pour limiter les flux migratoires. Le ponton des agents de la police aux frontières devrait être construit sur une plage donnant vers Mayotte. « Le ponton sera installé sur une zone à l’abris du vent, sur pieux, pour s’adapter aux marées et servir aux équipages », a commenté un représentant du projet. Au total, entre le tobé et le ponton, les travaux de restauration de l’îlot sont estimés à deux millions d’euros.  

Des tensions sociales : entre héritage et modernité

Manuel Valls, Mayotte, Visite officielle, îlot Mtsamboro,
Pour ce projet, aucun calendrier n’a été transmis. La mairie de Mtsamboro devra trouver des fonds pour financer cette opération et pourra compter sur le soutien de l’État, a expliqué la préfecture du département

Néanmoins, l’opération « Shisiwa Mtsamboro » n’est pas sans soulever des tensions parmi les habitants de l’îlot et de la commune de Mtsamboro. D’abord, au sujet de la localisation du futur ponton. Certains habitants de Mtsamboro pointent le fait que le ponton, situé sur le côté opposé de l’île par rapport aux arrivées de migrants, pourrait compliquer les interventions des autorités.

De plus, l’expression de « reprise en main », utilisé par les autorités pour décrire l’opération, continue d’hérisser les poils de certains habitants qui revendiquent un droit de regard sur l’avenir de leur îlot. Pour ces derniers, l’îlot Mtsamboro n’est pas seulement un territoire agricole ou un espace touristique, c’est surtout un héritage familial, une terre sacrée qu’ils occupent depuis des générations. L’idée de reconstruire des tobés « modernes », loin de répondre à l’attente des habitants qui souhaitent préserver l’authenticité de l’îlot, avait suscité quelques vives contestations. La confusion entre le « tobé » traditionnel, symbole d’un mode de vie rural, et ces nouvelles constructions perçues comme une forme de « logement de campement », sont encore au cœur des débats.

Mathilde Hangard

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