Après Chido : pour une meilleure coordination entre la préfecture et les élus

Les élus départementaux ont demandé à intégrer le COD de l’Etat qui se tient en préfecture en Petite-Terre, rapporte la sénatrice Salama Ramia qui a parcouru l’île. L’enjeu, c’est l’efficacité, faute de quoi l’élue craint l’arrivée de maladie

La gestion de la crise est toujours dans une phase d’urgence. Selon plusieurs témoignages, plusieurs habitants n’ont encore ni eau ni nourriture. C’est ce que nous rapporte la sénatrice Salama Ramia qui a écumé le territoire : « Ça n’avance pas assez vite. Bien sûr que beaucoup est fait, mais les gens qui sont en détresse ne se rendent pas compte des avancées. » Elle rapporte elle aussi des problèmes de coordination, « dans les zones éloignées, l’aide alimentaire est déposée par hélicoptère mais dans le Nord, des habitants n’ont pas l’eau courante et n’arrivent pas à être livrés en bouteilles. La préfecture dit que le travail est fait et que ensuite, ça relève des maires ».

Ces derniers se plaignent d’une mauvaise coordination avec les services de l’Etat, et le préfet pointe la désaffection de certains maires, « pourtant ils ne sont que trois à avoir été absents pendant le cyclone, et depuis, ils sont rentrés », indique celle qui représente les élus des collectivités et qui s’en fait donc leur porte-parole.

En réponse, le président du Conseil départemental organisait ce 24 décembre une Cellule de crise en présence du préfet. Il s’agissait de définir une méthode de travail en concertation pour améliorer la coordination avec la préfecture. « Le Centre Opérationnel Départemental est installé à Dzaoudzi mais sans que les élus n’y siègent. Ils ont donc demandé à l’intégrer, avec notamment les maires ». Ces derniers sont en effet des élus de proximité et captent des informations parfois éloignées du Rocher.

Des bâches dans le cloud

Chido, CPME, CNOM, Mayotte
Les bâches sont attendues partout en urgence avec les fortes pluies attendues

Alors qu’une vigilance Orange Fortes pluies-orages est déclenchée ce jeudi, la plupart des toits à ciel ouvert attendent l’arrivée de bâches pour permettre à la vie de réinvestir les lieux. La sénatrice cite un exemple de dysfonctionnement qui se reproduit pour différents types de cargaison : « On me dit que des bâches ont été distribuées aux communes. Mais les maires me disent qu’ils n’en ont pas. J’ai alors demandé à la préfecture la destination de livraison, ils me disent qu’ils ne savent pas. Je sais que c’est compliqué car des zones entières ne peuvent communiquer, mais j’ai l’impression qu’il y a un problème au niveau opérationnel. Il est question d’allouer un téléphone satellite aux maires avec la pose d’antennes Starlink, mais ils attendent.

En dehors de la communication, la gestion des déchets a également été abordée lors de cette cellule de crise au Conseil départemental, rapporte Salama Ramia qui est intervenue : « Le préfet indique que tout est calé, que le SIDEVAM va nettoyer Mayotte, mais son président a-t-il les moyens humains pour répondre à ce défi ? Je ne pense pas. »

Comme le traduisent les interviews que nous consacrons à ce sujet, les maires ne sont pas tous logés à la même enseigne pour gérer cette crise, certains ont des équipes structurées, d’autres non. Certains ont plus besoin d’être accompagnés par la préfecture que d’autres. « Les mairies qui n’ont pas le budget, comment font-elles ? L’interco de Petite-Terre pense y arriver, mais ça commence à sentir, dans deux semaines on risque de voir arriver des maladies. »

Selon la sénatrice, un travail soutenu et de concert entre élus et préfecture est indispensable. A commencer par le décompte des morts, dont les informations vont remonter plus facilement au maire.

Encore une fois, l’Etat est confronté à la pire catastrophe de son histoire, il faut donc apporter des solutions en marchant. Mais côté logistique, l’armée doit prendre le relais car elle a une vraie expertise dans ce domaine.

Anne Perzo-Lafond

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