Durant l’hiver austral, les baleines à bosse viennent d’Antarctique pour se reproduire et élever leurs petits dans les eaux chaudes du lagon de Mayotte. Cette année cependant, peu d’observations ont été faites par les professionnels de la mer. Simple aléa annuel ou véritable problème écologique ?

Baleines à bosse : une toute petite saison cette année

Durant l’hiver austral, les baleines à bosse viennent d’Antarctique pour se reproduire et élever leurs petits dans les eaux chaudes du lagon de Mayotte. Cette année cependant, peu d’observations ont été faites par les professionnels de la mer. Simple aléa annuel ou véritable problème écologique ?

Cet hiver austral, les amateurs d’observations de baleines à bosse à Mayotte font grise mine. Très peu d’entre elles ont en effet été observées en juillet/août. Les opérateurs de sorties en mer reconnaissent eux-mêmes que « c’est très difficile cette année ». La saison avait pourtant bien commencé, les premières observations avaient été faites dès le début du mois de juin. « Il s’agissait de jeunes individus, qui ne savaient peut-être pas encore très bien s’orienter », explique David Lorieux, le chargé de mission de Ceta’Maore, l’association locale qui étudie les mammifères marins. « Et la saison n’est pas terminée puisqu’elle se poursuit en septembre et octobre », nous rassure-t-il.

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Les baleines à bosse se nourrissent pendant 3 mois de krill en Antarctique avant de venir se reproduire dans les eaux chaudes de l’océan Indien. Crédit photo : David Lorieux (Cetamaore)

Si le nombre de baleines observées à Mayotte peut fortement varier d’années en années, car elles ne choisissent pas forcément toujours le même endroit pour venir se reproduire, il est vrai qu’on est quand même cet hiver face à « une toute petite saison ». Le trajet des migrations reste encore un phénomène peu connu, mais quelques hypothèses sont émises par les scientifiques pour expliquer la rareté des baleines dans le lagon mahorais cette année.

Canicule sous-marine et pêche au krill

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Frappe de caudale. La caudale est la nageoire utilisée par les scientifiques pour la photo-identification des individus. Crédit photo : Aurélie Rasserie (Cetamaore)

« Le parc marin avait lancé une alerte début février 2024 concernant une canicule sous-marine, qui a d’ailleurs provoqué un blanchiment des coraux », rappelle David Lorieux. « Si l’eau est déjà assez chaude à des latitudes plus basses, les baleines n’éprouvent peut-être pas le besoin de venir jusqu’à Mayotte pour se reproduire », avance-t-il comme hypothèse. « Nous avons remarqué que plus l’eau est chaude et moins il y a de baleines », nous confirme un opérateur de « sorties baleines », fort de ses nombreuses années d’expériences sur le terrain. Pour rappel, environ 5000 km séparent les eaux glaciales de l’Antarctique de la zone sud-ouest de l’océan Indien. Il serait donc plausible que nos cétacés bossus s’épargnent des kilomètres supplémentaires, s’ils trouvent déjà leur bonheur dans le sud de Madagascar. « Notre réseau à Madagascar nous a d’ailleurs affirmé qu’il y avait davantage de baleines à l’est qu’à l’ouest, là où sévit la canicule sous-marine, ce qui viendrait à confirmer le fait qu’elles aient tendance à la fuir », ajoute le chargé de mission de Ceta’Maore.

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Responsable du blanchiment corallien dès le mois de février 2024, la canicule sous-marine pourrait aussi expliquer la rareté des baleines cette année

Une autre raison pourrait peut-être expliquer cette moindre présence des géantes des mers à Mayotte : l’intensification de la pêche au krill en Antarctique. Ce plancton constitué de crustacés microscopiques est la nourriture principale des baleines à bosse et, selon les scientifiques, les quantités astronomiques de krill prélevées par les navires de pêche commenceraient à faire concurrence aux baleines. « Si elles ont moins d’énergie pour nager, elles vont automatiquement moins au nord », explique David Lorieux, qui penche quand même plutôt pour sa part pour l’explication liée à la canicule.

Quoiqu’il en soit, comme il nous l’a rappelé, la saison n’est pas terminée ! Espérons donc que les baleines à bosse viennent bientôt plus nombreuses dans nos eaux ou, à défaut, que ce ne soit là qu’un « aléa annuel » et que l’année prochaine sera plus riche en observations !

Nora Godeau    

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