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samedi 10 décembre 2022
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La grande master-class du cinéaste Mahamat-Saleh Haroun à Mayotte

Vendredi 7 octobre, au Lycée des Lumières, se tenait une rencontre entre l’unique grand cinéaste tchadien et le jeune public mahorais. La conférence, très appréciée par l’audience, s’est vue être un moment à la fois instructif, convivial et jalonné de questions-réponses, le tout supervisé par Gilles Collin, enseignant et référent de la section cinéma.

Pendant une semaine, Mahamat-Saleh Haroun s’est prêté au jeu de la transmission, d’ateliers rencontres et de débats à l’issus de projections de son dernier film, auprès du public mahorais. Pour conclure cette semaine culturelle très riche, Le Lycée des Lumières a reçu le cinéaste pour une grande conférence autour de son « œuvre », suivi de la présentation du film Lingui, les liens sacrés.

Il est 13h, ce vendredi 7 octobre, l’amphithéâtre Kham’s du Lycée des Lumières est quasi plein. Gilles Collin, professeur de cinéma, annonce l’arrivée de Mahamat-Saleh Haroun sous un tonnerre d’applaudissements. L’invité arrive sur scène très décontracté, mais avec une certaine émotion. La conférence entre le cinéaste, l’enseignant et le public majoritairement étudiant, peut enfin commencer.

Haroun répond aux questions

« À quoi sert le cinéma ? »

Gilles Collin lance les hostilités autour de questions liées au cinéma d’Haroun, mais aussi des messages qu’il cherche à délivrer. Très simplement le cinéaste évoque la part sociale et unique d’un cinéma modeste, mais indispensable pour l’Afrique.

« Pendant longtemps, les films en Afrique étaient faits par des cinéastes venant d’ailleurs. C’était une vision, mais pas celle que les africains pouvaient avoir de leurs pays » explique Haroun à l’audience attentive.

Très rapidement le réalisateur ne manque pas de délivrer un message spécial, avec un brin d’humour, pour la jeunesse mahoraise, et plus particulièrement, pour les futurs cinéastes locaux : « il faut que vous racontiez des histoires qui viennent de chez vous. Ne cherchez pas à copier. Inspirez-vous, mais ne faites pas de copies. Et surtout pas des Américains. »

Mahamat-Saleh Haroun a une histoire particulière avec son pays d’origine, car il l’a quitté en pleine guerre civile, pour devenir réfugié en France, au moment de ses études supérieures. Il est un peu le Thomas Sankara du cinéma. C’est d’ailleurs parce qu’il évoque brièvement le révolutionnaire burkinabé, qu’il nous vient à l’esprit cette comparaison. Haroun n’a jamais cessé de vouloir raconter les histoires de son peuple, et c’est pour ça qu’à plusieurs reprises, il est retourné sur les terres de son enfance. D’ailleurs, comme nous le racontions dans un précédent texte, tous ses films, à l’exception de Une Saison En France, ont été tournés au Tchad. Son regard sur son pays est assez critique et parfois a même servi à des réflexions politiques. Lingui, les liens sacrés, son dernier film en date, évoquant directement l’avortement, a fait naître un groupe de femmes, se battant pour qu’elles puissent décider d’arrêter leur maternité, dans une certaine légalité.

Mahamat-Saleh Haroun ne manque pas d’évoquer, qu’il a souvent été vu qu’un film avec un discours politique fort, permet parfois un réel changement : « en Belgique par exemple, il y a la loi Rosetta, qui concerne directement les gens les plus précaires. Elle est tirée du film Rosetta des Frères Dardennes, Palme d’Or au Festival de Cannes en 1999. »

Le temps des dédicaces entre le cinéaste et un élève

Le cinéaste Tchadien, aime à raconter que même dans une grande sobriété (ses films ne sont pas des blockbusters) de grands messages peuvent être délivrés. Lui-même dit qu’il n’a pas vocation à changer le monde, bien qu’une élève de l’audience le lui fasse remarquer ; mais qu’à sa petite échelle, si cela peut faire un peu réfléchir et bouger les choses, la satisfaction sera là.

Des questions et un film 

Dans un second temps, la parole est donnée à l’audience. Le public peut poser toutes les questions qui lui passent par la tête. Souvent, ce sont des remarques pertinentes, autour du fait qu’ils portent une certaine admiration au culot et au talent du cinéaste – la plupart des élèves en cinéma, ont au moins vu trois films d’Haroun, dans le cadre de leur formation et de la semaine d’ateliers rencontres avec l’invité spécial. Reviennent souvent des questions autour de ses sujets fondateurs. Le côté « histoire vraie », interpelle beaucoup. Très modestement le réalisateur raconte qu’on lui a souvent soufflé des récits. Comme il est le seul cinéaste local reconnu, à chaque fois qu’il vient au Tchad, en fonction de certains quartiers, des femmes ou des hommes lui demandent de faire un film sur telle ou telle personne ou même sur des improbables faits divers.

C’est justement dans ce dernier cas qu’est né Lingui, les liens sacrés. Un portrait de femmes battantes, voulant s’en sortir hors des codes. Nous découvrons le film dans une salle très éveillée, réagissant sur les quelques séquences décalées, pouvant rappeler certaines situations à Mayotte, mais aussi la violence. De quoi espérer que pour ce dernier point, derrière certains rires, cela amènera la jeunesse à davantage réfléchir, plutôt qu’à laisser passer un sujet trop souvent banalisé sur notre île.

Lingui et l’annonce de la conférence s’affichent à l’entrée de l’amphithéâtre

Haroun a d’ailleurs été très réceptif à l’issue de la projection, aux nombreuses réactions. La plupart d’entre elles étaient synonymes de remerciements et d’admiration. Le cinéaste s’est vu féliciter à filmer avec autant de délicatesse une histoire poignante et indispensable de mère et fille, dans leur quartier tenu par le patriarcat. C’est un peu comme un caisson de résonance pour notre territoire.

Certains étudiants n’ont pas manqué de demander à ce qu’Haroun leur dédicace leur carnet de Liaison. Un jeune s’est exprimé ainsi dans le micro : « C’est la première fois qu’un cinéaste récompensé à Cannes vient nous voir. Je voudrais garder un souvenir de votre venue. Pouvez-vous m’écrire une dédicace ? ». Haroun s’est évidemment prêter au jeu des autographes et des nombreuses photographies selfies. Beaucoup se souviendront de la venue du cinéaste. Et l’on espère que d’autres suivront pour une transmission sans fin.

Pour les plus curieux, la plupart des films de Mahamat-Saleh Haroun sont disponibles sur les plateformes Universciné, MyCanal et Mubi. L’ensemble de son œuvre est à voir et à revoir, au-delà de la réflexion sociale et politique, les histoires sont filmées dans une grande qualité cinématographique.

Germain Le Carpentier

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