Désert médical : qui sont les médecins PADHUE qui peuvent désormais exercer à Mayotte ?

Depuis les années 1980, les diverses réformes sur les études médicales et les conditions de travail des médecins en milieu hospitalier notamment, ont eu pour conséquence une diminution significative du nombre d’internes dans les hôpitaux public, engendrant alors d’importantes pénuries de praticiens.

Le dispositif ne date pas d’hier

Dans ce contexte, la France a progressivement permis aux praticiens diplômés hors Union européenne (PADHUE) de venir exercer en France. À l’origine, la présence de ces médecins dans les hôpitaux publics devait répondre à une pénurie urgente de praticiens et n’être que temporaire. Or, une grande part des praticiens PADHUE, qui prévoyaient de revenir exercer dans leur pays d’origine, sont restés en France, malgré leur statut « précaire » et leurs conditions de travail plus difficiles, en raison d’une non reconnaissance de leur diplôme sur le sol français. Ces médecins PADHUE exercent majoritairement dans les hôpitaux sous la tutelle d’un autre médecin et seraient près de 5.000 sur les 45.000 praticiens hospitaliers en France, un tiers d’entre eux exerceraient en Ile-de-France. « Ils sont hyper méritants, ce sont des professionnels qui ont souvent une expérience très variée dans le domaine médicale, ils sont souvent très polyvalents, depuis plusieurs années maintenant, c’est même eux, qui permettent aux services des hôpitaux de ne pas couler (…) forcément on détruit l’hôpital public et après on veut qu’il y ait des médecins, ça ne peut pas marcher, donc on est bien contents que les médecins étrangers viennent nous aider à soigner », nous a confié une praticienne hospitalière.

Une dérogation pour les PADHUE à Mayotte

Initialement, les médecins PADHUE devaient s’astreindre à des épreuves de vérification de leurs connaissances afin de pouvoir exercer à Mayotte. Depuis jeudi 4 juillet, un décret publié au Journal officiel de la République française, a fait évoluer la réglementation en permettant aux médecins diplômés en dehors de l’Union européenne de disposer d’une dérogation pour exercer à Mayotte, pour ne plus les soumettre à des épreuves théoriques préalables.

Au CHM, « les avis sont divergents » 

Depuis cette annonce, les médecins du Centre hospitalier de Mayotte auraient des avis divergents sur cette dérogation. Face à une pénurie médicale majeure sur l’ensemble des départements, et notamment dans les outre-mer, ce dispositif avait été instauré en Martinique, en Guadeloupe, en Guyane et à Saint-Pierre-et-Miquelon. À Mayotte, le Dr. Lahalle, président du syndicat des praticiens hospitaliers de Mayotte, s’est dit « étonné de voir ce décret passer ». Ce décret inquièterait certains professionnels du CHM, qui auraient peur de « voir arriver des médecins qui n’ont même pas passé d’examen de validation et qui pourront soigner des patients comme nous », nous a confié une soignante.

En raison de la période de réserve électorale, la direction du CHM et la direction de l’ARS n’ont pas souhaité faire de communication officielle sur le sujet. Nous reviendrons sur cette nouvelle règlementation cette semaine.

Mathilde Hangard

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