Depuis deux semaines, les clients peuvent de nouveau effectuer leurs démarches bancaires et envoyer leur courrier. Le retour de ce service était attendu depuis longtemps par les habitants, mais derrière cette réouverture, il y a surtout un bâtiment entièrement détruit à reconstruire, une activité à maintenir malgré le cyclone et un coût qui, selon le directeur, a dépassé le million d’euros en raison de l’urgence des travaux.
Après Chido, en décembre 2024, l’activité du bureau de Mamoudzou avait été transférée à Kawéni. Malgré le fait qu’il soit lui aussi touché, c’était le seul endroit où l’activité pouvait être remise en route rapidement. Contrairement à Mamoudzou où les dégâts étaient trop importants, notamment au niveau de la toiture.
Un bâtiment entièrement reconstruit

Selon Nathalie Collin, directrice générale de la Branche Grand Public et Numérique du groupe La Poste, l’essentiel du service public postal avait pourtant été rétabli dès les premières semaines suivant le cyclone. « Entre le mois de décembre et le mois de janvier, on a recréé le service public », rappelle-t-elle.
Dès le début du mois de janvier 2025, les bureaux avaient pu reprendre les opérations nécessaires au versement des prestations sociales, un enjeu important pour les habitants touchés par la catastrophe. Quant à la reconstruction du bâtiment, elle aura pris près de deux ans. « Franchement, quand on a vu Chido passer, on n’était pas sûrs d’y arriver. Et nous y sommes arrivés », poursuit-elle.
Huit agents pour accueillir les clients
Le bureau rénové compte cinq chargés de clientèle et trois conseillers bancaires, soit huit agents dédiés à l’accueil et aux démarches des usagers. À l’échelle du territoire, La Poste emploie environ 180 postiers et s’appuie sur 21 points de contact, dont 14 bureaux de poste. La réouverture de Mamoudzou vient donc compléter ce réseau, et met fin à une période durant laquelle les habitants devaient se rendre dans d’autres secteurs pour accéder aux services.

À l’intérieur, l’organisation a également changé. Les guichets sont toujours là, mais le nouveau format mise davantage sur les échanges directs entre les agents et les clients, avec des espaces dédiés aux opérations bancaires, aux assurances et aux forfaits de téléphonie. Des espaces plus confidentiels ont aussi été aménagés pour les démarches qui nécessitent un temps d’échange plus long.
« On a la confidentialité, la proximité et la fluidité », explique Saoudat Abdou, de la direction exécutive de La Poste de Mayotte.
Pour Fatima, habitante de Mamoudzou, ce changement est surtout une question de praticité. Pendant la fermeture, elle devait se rendre à Kawéni ou à M’tsapéré pour effectuer ses démarches, avec souvent de longues files d’attente. « Parfois, il y avait de la queue, donc je revenais bredouille à la maison ». Elle se réjouit aujourd’hui de retrouver un bureau de proximité avec des agents qui peuvent lui venir en aide.
« Toute ouverture est une étape »
« Toute ouverture, c’est d’abord une étape, mais c’est peut-être aussi une victoire pour la reconstruction, pour redonner de la confiance, redonner de l’espoir à nos concitoyens », estime Ambdilwahedou Soumaïla, maire de Mamoudzou. Il dit avoir reçu presque quotidiennement des messages d’habitants qui demandaient quand le bureau rouvrirait, notamment à Mamoudzou et à Passamaïnty, également touché par le cyclone.

L’élu a également profité de cette inauguration pour défendre une autre demande : l’installation d’un service postal à Cavani, où vivent, selon lui, plus de 10.000 habitants. Pour le maire, ce secteur, qui a pris de l’ampleur au fil des années, doit lui aussi pouvoir bénéficier d’un service de proximité. Interrogée sur les prochaines ouvertures éventuelles, Nathalie Collin a indiqué que les projets devraient être discutés avec la direction exécutive de La Poste à Mayotte.
Le groupe poursuit aujourd’hui plusieurs projets à Mayotte. La distribution de colis a repris sur l’ensemble du territoire, a précisé la directrice après sa visite de la plateforme de distribution. Par ailleurs, La Poste participe aux travaux d’adressage, indispensables sur l’île.
Des timbres 100% Mayotte

L’inauguration a aussi été l’occasion de dévoiler un collector inédit de timbres, intitulé « Couleurs et Âme de Mayotte », réalisé par l’artiste mahorais Imamou Mourchidi, connu sous le nom de 640. Le projet met en valeur les couleurs, le patrimoine humain et la culture de l’île à travers plusieurs de ses œuvres.
« C’est une fierté de se dire qu’on a choisi un artiste peintre local pour représenter l’île de Mayotte », confie-t-il. Ses créations s’appuient sur des couleurs vives qui correspondent à son identité artistique, mais aussi à l’image de Mayotte qu’il souhaite montrer, au-delà des difficultés et de l’insécurité. « On est vraiment sur une mise en valeur de ce qu’on aime et de ce qui nous fait rester chez nous », explique l’artiste.
Shanyce MATHIAS ALI.


