Ils ont découvert les métiers du cinéma, appris à manipuler une caméra, travaillé leurs idées et participé à la réalisation de film. Avec le projet À TRAVERS LE CINÉMA, porté par l’association EXPLO’S au collège de Doujani, des jeunes ont pu passer de l’autre côté de l’écran en participant à la création de spots de prévention destinés au public.
Au total, huit spots ont été réalisés dans le cadre du projet, dont cinq ont été retenus pour le programme À TRAVERS LE CINÉMA, diffusé sur Mayotte la 1ère. Pour les élèves, cette diffusion marque une étape importante : leurs productions quittent le cadre scolaire pour être vues par des familles, et des téléspectateurs.
Apprendre à raconter avant de filmer
À l’origine du projet, Nahid Abdourraquib, président de l’association EXPLO’S, auteur et réalisateur. « L’idée était de permettre à des jeunes de Mayotte de ne pas être uniquement spectateurs des images qu’ils regardent, mais de devenir ceux qui les imaginent, les écrivent et les réalisent », explique-t-il.

Pour y parvenir, les élèves ont découvert les différentes étapes de fabrication d’un film, de la réflexion du récit jusqu’au tournage, en passant par la mise en scène et la répartition des rôles. L’objectif n’était pas simplement de leur apprendre à utiliser du matériel, mais de leur donner les moyens de développer leurs propres idées et de les porter jusqu’à la réalisation.
Sur un tournage, chaque choix compte : il faut réfléchir à ce que l’on veut raconter, décider de la place de la caméra, préparer les scènes et tenir compte des contraintes techniques et humaines. Car une idée qui paraît évidente lorsqu’on l’explique peut demander beaucoup de travail avant de devenir une scène compréhensible à l’écran. L’autre difficulté était le temps : réussir à écrire, préparer et tourner dans une durée limité.
Les filles prennent les commandes de la réalisation
Un élément ressort particulièrement de cette expérience : davantage de filles que de garçons ont pris en charge la réalisation des films, un résultat que Nahid Abdourraquib a tenu à souligner.

Pour lui, cette place prise par les filles est importante, notamment parce que certains métiers techniques et artistiques du cinéma peuvent encore sembler moins accessibles aux jeunes filles. Dans le cadre du projet, les participants ont pu essayer différents postes, proposer leurs idées et prendre des responsabilités, sans que les rôles soient attribués à l’avance en fonction du genre.
« La parité ne consiste pas uniquement à compter le nombre de filles et de garçons présents dans une salle. Il faut aussi regarder qui écrit, qui décide, qui réalise, qui tient la caméra, qui prend la parole et qui porte le projet », insiste-t-il.
L’enjeu est aussi de permettre à chaque jeune de trouver sa place dans un travail collectif. Une expérience qui peut faire émerger des envies, mais aussi des capacités que certains participants ne soupçonnaient pas.
« Ce qui m’a le plus marqué, c’est le moment où certains jeunes ont cessé d’attendre que je leur dise quoi faire. Lorsqu’un professionnel arrive avec une caméra, il y’a une certaine distance, puis, progressivement, les discussions changent. À partir de ce moment-là, ils ont commencé à penser comme des auteurs, des réalisateurs et des techniciens ».
Voir son travail à la télévision change la donne
L’aventure de Doujani ne va pas rester un cas isolé. Selon l’association, plusieurs établissements scolaires la sollicitent désormais pour mettre en place des actions autour du cinéma auprès de leurs élèves.
« L’égalité des chances ne consiste pas seulement à dire à un jeune qu’un métier lui est accessible. Il faut lui permettre d’en faire concrètement l’expérience », confie le réalisateur. L’association défend ainsi l’idée d’une école populaire du cinéma, avec la volonté de permettre aux jeunes de découvrir cette pratique indépendamment de leur origine sociale, de leur quartier ou de leur parcours scolaire.

Une démarche qui va se poursuivre avec CinéMamoudzou, qui doit devenir CinéMoré pour répondre aux demandes d’autres territoires. Du 12 au 23 octobre, deux groupes de 18 et 17 jeunes seront accompagnés, avant une nouvelle session de dix jours prévue en novembre à Chiroungui.
L’accent sera mis sur l’écriture et la construction des récits, avant le passage à la réalisation. Un film est déjà prévu avec le groupe récemment encadré. À terme, EXPLO’S souhaite former davantage d’auteurs, de réalisateurs, de comédiens et de techniciens à Mayotte.
Un documentaire pour raconter toute l’aventure
En parallèle, un documentaire consacré au projet est en préparation. Il reviendra sur l’ensemble du parcours des élèves de Doujani, depuis les premières journées de découverte des métiers du cinéma jusqu’à la diffusion de leurs films sur Mayotte la 1ère.
Le projet réunira des images des formations et des tournages, notamment celles filmées par les jeunes eux-mêmes, ainsi que leurs témoignages et ceux des intervenants. L’idée est de raconter tout le chemin parcouru.
Shanyce MATHIAS ALI.


