Le Rassemblement national voulait faire entrer Zéna M’Déré au Panthéon, mais sa proposition a été rejetée à l’Assemblée nationale, où les débats ont rapidement dépassé la question de l’hommage à cette figure du combat pour le maintien de Mayotte dans la France. Défendue par le député RN de la Somme, Jean-Philippe Tanguy, la résolution proposait de soutenir l’entrée au Panthéon de la cheffe des Chatouilleuses, d’Olympe de Gouges et de l’abbé Charles-Michel de l’Épée.
Le RN défend le combat des Chatouilleuses

Pour Jean-Philippe Tanguy, l’entrée de Zéna M’Déré au Panthéon permettrait de reconnaître le rôle des femmes mahoraises dans l’histoire nationale. Le député a rappelé que peu de personnalités ultramarines reposent dans ce monument et a insisté sur le combat mené par les Chatouilleuses entre 1966 et 1976 pour défendre le maintien de Mayotte dans la France. « Elles avaient une chose que rien n’achète, la volonté d’être et de rester françaises », a-t-il déclaré à propos de ces femmes mobilisées sans moyens militaires ni financiers.
Un hommage aussi relié à la situation actuelle de l’île, qu’il a décrite comme « délaissée, abandonnée sous la pression d’une immigration massive et anarchique ». Ce qui a renforcé les critiques des opposants, qui accusent le RN d’utiliser la mémoire de Zéna M’Déré pour défendre son propre discours politique.
« Leur rendre hommage, c’est reconnaître la diversité des chemins qui ont façonné notre histoire commune de l’Hexagone jusqu’aux Outre-mer », a déclaré la députée mahoraise Anchya Bamana dans l’hémicycle.
« Vous ne panthéonisez pas Zéna M’Déré »
C’est surtout la démarche du parti qui a été contestée dans l’hémicycle. La députée socialiste Colette Capdevielle a dénoncé une tentative de réhabilitation du RN à travers des figures historiques. « Vous tentez une opération de relooking historique et on ne va pas vous laisser faire ! », a-t-elle lancé, avant de rappeler que l’engagement de Zéna M’Déré en faveur de l’ancrage de Mayotte dans la République méritait le respect, indépendamment de cette proposition.
Mais c’est l’intervention de Jean-Paul Lecoq, député du groupe de la Gauche démocrate et républicaine, qui a provoqué une réaction particulièrement vive. Sans contester la sincérité de l’engagement de Zéna M’Déré, il a refusé le symbole que le RN souhaite associer à son combat, en rappelant les positions internationales sur l’indépendance des Comores et le statut de Mayotte, un différent qui fait couler de l’encre depuis des décennies.

Le député a notamment évoqué le vote de 1974 en faveur de l’indépendance de l’archipel, la reconnaissance des Comores par l’ONU en 1975 et les contestations internationales liées à la consultation séparée organisée à Mayotte en 1976. Il considère que le maintien de la souveraineté française sur l’île relève d’une logique « d’impérialisme » et pose une question de droit international.
« La France a failli dans la méthode. C’est un acte d’impérialisme qui n’a pas à être glorifié au Panthéon », a-t-il affirmé. Jean-Paul Lecoq a également accusé le parti RN d’utiliser cette histoire pour opposer les Mahorais aux Comoriens. « Que fait le Rassemblement national de cette histoire ? Une arme pour dresser les Mahorais contre les Comoriens, pour faire de ces derniers des étrangers dans leur propre archipel et les boucs émissaires de toute détresse de l’île », a-t-il lancé.
Il a terminé son intervention par une formule particulièrement offensive contre le parti d’extrême droite : « Vous ne panthéonisez pas Zéna M’Déré, vous l’enrôlez dans un combat qui n’était pas le sien ».
Des associations Mahoraises réclament des excuses
Dans un communiqué porté par plusieurs associations de l’île, des Mahorais ont vivement contesté l’intervention du député Lecoq, qu’ils jugent irrespectueuse envers la Chatouilleuse et fondée sur une mauvaise lecture de l’histoire de Mayotte.
« Vous avez porté atteinte à la mémoire de Madame Zéna M’Déré, figure emblématique du mouvement populaire pour Mayotte française », écrivent les signataires, qui dénoncent des déclarations prononcées sans tenir suffisamment compte de l’histoire vécue par les Mahorais.

Les associations rappellent que le combat des Chatouilleuses occupe une place majeure dans la mémoire collective de l’île et refusent qu’il soit réduit à une lecture politique de la décolonisation. Estimant que les choix exprimés par les Mahorais au fil des consultations doivent être respectés, même lorsqu’ils ne correspondent pas aux convictions de certains responsables politiques. « Nous vous invitons donc à sortir de votre bureau parisien, à vous confronter aux réalités du territoire et à venir écouter les Mahorais eux-mêmes, plutôt que de parler à leur place », écrivent-elles.
« Nous ne vous demandons pas de partager nos convictions par complaisance. Nous vous demandons de respecter les faits, notre mémoire et notre dignité », insistent les associations, qui réclament des excuses publiques au député Jean-Paul Lecoq.
Le vote ne ferme pas la porte au Panthéon
La résolution du RN a finalement été rejetée par 158 voix contre 133. Ce résultat met fin à cette initiative parlementaire, mais ne signifie pas que l’entrée de Zéna M’Déré au Panthéon est définitivement écartée. La décision appartient désormais au président de la République.
Shanyce MATHIAS ALI.


