Mayotte a aussi ses histoires à raconter, et Nadia Boinaïdi les a faites découvrir au public réunionnais. À la Cité des Arts de Saint-Denis, la créatrice de « Maoré Puzzle » a participé à la 11 ème édition du Salon du livre de jeunesse de l’océan Indien avec ses livres, ses puzzles et ses contes, pour donner plus de visibilité aux talents de son île et créer de nouveaux liens avec les acteurs du livre de la région.
L’invitation est arrivée plus tôt qu’elle ne l’imaginait, en début d’année, l’association La Réunion des Livres l’a contactée par mail pour lui proposer de participer à l’édition 2026 du Salon. « J’espérais qu’un jour ça arriverait, mais je ne pensais pas que ça arriverait aussi vite », confie-t-elle.
Autrice depuis trois ans et à la tête de « Maoré Puzzle » depuis un an, Nadia Boinaïdi a découvert à La Réunion une nouvelle façon de faire connaître son travail, et a rencontré des professionnels venus de différents territoires de l’océan Indien et de l’Hexagone. « C’est une belle expérience », explique-t-elle.
Faire découvrir l’île aux parfums autrement
Sur son stand, les livres et les puzzles ont attiré la curiosité des visiteurs, notamment lorsqu’ils abordent l’univers des esprits, les contes et les légendes. Avec une première journée qui a été marquée par les rencontres avec les scolaires. « J’ai pu échanger aussi avec la communauté Mahoraise qui a également aimé la thématique sur les contes et les histoires des djinns ».
Ces discussions lui ont notamment permis de mesurer l’intérêt pour la littérature mahoraise et le manque de livres consacrés à Mayotte dans certaines bibliothèques. « J’ai rencontré des bibliothécaires qui disent qu’ils aimeraient avoir plus de livres de Mayotte parce qu’ils ont une grande communauté qui vient dans leur bibliothèque, mais il n’y a pas assez de livres sur Mayotte », partage-t-elle.

Pour la créatrice de « Maoré Puzzle », ces retours montrent l’importance de faire circuler les histoires et les imaginaires d’un territoire à l’autre. « Je me vois un peu comme une ambassadrice de notre île ».
L’objectif est aussi de dépasser l’image de Mayotte souvent renvoyée par les médias, en donnant à voir une île créative, portée par des personnes qui développent leurs projets et cherchent à les faire connaître au-delà de leurs frontières. « Plus on va s’exporter, plus on va faire connaître Mayotte », résume la créatrice, qui souhaite voir se multiplier les échanges avec La Réunion, Madagascar, la Tanzanie et les autres territoires de la région.
Des rencontres qui peuvent ouvrir de nouvelles portes
Au-delà de la visibilité offerte par le Salon, les rencontres constituent un autre enjeu pour la créatrice, qui a déjà eu l’occasion de présenter son travail au Salon du livre de Bordeaux en juin dernier. À Saint-Denis, les échanges avec des auteurs et des illustrateurs pourraient déboucher sur de futurs projets communs, même si rien n’est encore acté.
Elle espère notamment pouvoir travailler avec de nouveaux illustrateurs et créer des passerelles entre les acteurs du livre de Mayotte et ceux des autres territoires. Les discussions lui ont aussi permis de découvrir différentes manières pour améliorer le secteur culturel mahorais.
Pendant toute la durée du Salon, jusqu’au dimanche 11 octobre, Nadia Boinaïdi a proposé des séances de dédicaces sur le stand de la librairie Gérard. Avec un atelier créatif le dimanche, au cours duquel les participants ont pu fabriquer des cartes illustrées.
De nouveaux projets en cours
En plus de cette participation, « Maoré Puzzle » prépare déjà la suite avec trois nouvelles histoires sous forme de puzzles, illustrées par l’artiste mahorais « 640 », qui doivent sortir prochainement.
Mais le projet qui lui tient particulièrement à cœur concerne l’ouverture d’un local. Son aménagement est en cours et doit permettre de proposer différentes activités, comme des ateliers de peinture, des soirées puzzle. Celui-ci pourrait également accueillir des illustrateurs et des auteurs venus de la région, pour qu’ils puissent transmettre leur savoir-faire aux jeunes de Mayotte. Des résidences et des collaborations entre artistes des différentes îles pourraient aussi y voir le jour.
« Il faut se faire confiance et saisir les opportunités »

Avec le recul, Nadia Boinaïdi reconnaît qu’elle ne mesurait pas toujours le chemin parcouru depuis ses débuts. « Il faut se faire confiance, mais aussi saisir vraiment toutes les opportunités. Même si on a peur, il faut les saisir », c’est le conseil que la jeune femme souhaite donner aux jeunes.
Même si les projets ne débouchent pas toujours immédiatement sur les résultats espérés, ils permettent de rencontrer des personnes, de nouer des liens et d’apprendre. À ses yeux, chaque expérience peut ouvrir de nouvelles possibilités, même lorsqu’elle ne se déroule pas exactement comme prévu. Et au moment de faire le bilan de sa participation, elle se dit fière du chemin parcouru.
Shanyce MATHIAS ALI.


