Des briques de jus, des canettes, des emballages, des bouts de bois, des barre de fer et deux couteaux. C’est ce que les élèves ont retrouvé en nettoyant les abords du collège K1 et du lycée des Lumières, à Kawéni. Les déchets ont rapidement disparu sous les coups de balai et les sacs remplis par les participants.
Une quarantaine d’élèves, des membres de l’Association Génération Futur, des enseignants et des agents de la municipalité et de la Cadema ont participé à l’opération, organisée ce matin, dans le cadre de la deuxième édition des Assises de la sécurité et de la citoyenneté. Le thème de cette matinée était « jeunesse, civilité et cohésion », avec l’idée de faire participer les jeunes à l’entretien de leur propre environnement. Mais difficile de parler simplement de propreté après avoir retrouvé deux couteaux et plusieurs armes blanches potentielles dans la verdure.
Des armes blanches au milieu des déchets

« Ce genre d’objet n’a rien à faire à proximité d’un établissement scolaire », rappelle Ahamadi Mahamoudou, 10 ème vice-président de la Cadema. Pour lui, c’est une arme blanche potentiellement mortelle, et sa présence autour d’une école rappelle directement les risques auxquels les jeunes peuvent être exposés.
Le contexte sécuritaire de Mayotte depuis de nombreuses années donne encore plus de poids à cette découverte. Pour rappel, vendredi 11 septembre dernier encore, cinq élèves du lycée de Sada avaient été victimes d’une agression aux abords de l’établissement, par des individus qui étaient armés de machettes.
Christian Bellagha, proviseur adjoint du lycée des Lumières, pointe lui aussi un problème très concret : l’espace autour de l’établissement peut servir à cacher ces objets dangereux. « Quand les herbes sont hautes, c’est un endroit parfait pour le camouflage », expose-t-il. Il demande donc à la municipalité, que les abords soient entretenus plus régulièrement, notamment par des passages de tondeuse.
Kaweni concentre ici plusieurs des réalités auxquelles le territoire est confronté. Le secteur constitue le plus important pôle scolaire de Mayotte, avec environ 10.000 élèves autour de ses établissements. Cette forte concentration d’élèves rend les questions d’aménagement, de circulation et de sécurité particulièrement sensibles.
Nettoyer, mais surtout parler aux jeunes

Pour Soumeth Hamid, membre de l’Association Génération Futur (AGF), c’est précisément l’intérêt de l’opération. « On n’est pas seulement ici à nettoyer », explique-t-il. L’association veut profiter de ce moment pour parler aux élèves de la gestion des déchets, mais surtout le plus important, de leur comportement dans la société et de la délinquance juvénile.
Les jeunes sont sur leur terrain, c’est donc pour l’association, l’occasion de parler directement avec eux plutôt que de leur adresser un discours général sur la citoyenneté. « On leur explique qu’ils doivent persevérer dans leur études car demain, ils seront à la tête de cette île ». La sensibilisation à la délinquance passe ainsi par un message simple : il existe d’autres possibilités.
Mais au-delà de la sensibilisation sur les violences aux bords des établissements scolaires. L’association Génération Futur, s’est aussi donné pour mission d’apprendre aux plus jeunes de prendre soin de leur espace de vie, et cela passe par la propreté, et la première mission est d’éviter de jeter des emballages partout.
Une matinée ne suffira pas

Ambdilwahedou Soumaïla, maire de Mamoudzou, défend cette mobilisation collective. Pour lui, les Assises de la sécurité et de la citoyenneté ne doivent pas rester des réunions et des discussions. Les jeunes doivent pouvoir participer aux actions de terrain et voir concrètement les problèmes qui existent autour d’eux.
Après la découverte des couteaux, il veut notamment leur faire comprendre que ces objets n’ont pas leur place dans une école ou même. « On peut être jeune et responsable, ce n’est pas parce qu’on est jeune, qu’on doit tomber dans la violence », affirme-t-il. Les jeunes doivent donc prendre conscience de ces enjeux, mais aussi devenir des médiateurs auprès de leurs camarades et ainsi faire passer le message à travers tout l’établissement.
Mais cette responsabilité ne peut pas reposer uniquement sur les élèves. Quatre agents doivent à terme être affectés à l’entretien du secteur, tandis que des éducateurs sont déjà recrutés pour les espaces sportifs. La Ville veut ainsi éviter que les nouveaux équipements qui vont être installés prochainement ne se dégradent et que les abords ne soient à nouveau délaissés et laissent place à des zones pour dissimuler outils dangereux.
Reste maintenant à voir ce que ces annonces donneront sur le terrain et s’ils permettront de maintenir dans la durée ce qui a été fait en une matinée.
Shanyce MATHIAS ALI.


