Alors que les grandes vacances ont débuté, les affaires impliquant des passeurs pour l’aide à l’entrée irrégulière d’étrangers sur le territoire s’enchainent au tribunal judiciaire de Mamoudzou.

Kwassa et immigrés clandestins : une histoire sans fin

Alors que les grandes vacances ont débuté, les affaires impliquant des passeurs pour l’aide à l’entrée irrégulière d’étrangers sur le territoire s’enchainent au tribunal judiciaire de Mamoudzou.

Pas moins de 6 affaires sur 12 inscrites au rôle des comparutions immédiates, lundi dernier, concernaient des prévenus impliqués dans l’organisation de traversées en kwassa, depuis Anjouan, pour faire entrer illégalement des gens sur notre territoire. Entre le 9 et 11 juillet 2026, pas moins de 55 personnes réparties sur 4 embarcations ont été arraisonnées par la police aux frontières (PAF), dont de nombreux mineurs et parfois même des nourrissons.

Les pilotes de ces kwassa comparaissaient tour à tour devant le tribunal. Faits aggravants pour eux, aucune embarcation n’était équipée de matériel de sauvetage et de sécurité et aucun des pilotes n’avaient de formation ou de compétences pour naviguer alors que soufflent les alizés, rendant la traversée encore plus dangereuse avec une mer agitée.

Jack Bauer à la manœuvre ?

PAF, Mayotte
La semaine dernière, plusieurs dizaines de personnes ont été interceptées par la police aux frontières dans des kwassa. (illustration)

Toutes les affaires traitées par le tribunal se ressemblent telle une histoire sans fin… Tous les prévenus, qui ont été désignés par les passagers comme étant les pilotes, ont reconnu les faits qui leur étaient reprochés ainsi que leur participation à l’organisation des traversées. Après avoir présenté ses excuses, un premier pilote explique qu’il a payé 600 euros pour venir jusqu’à Mayotte mais qu’au milieu du périple en mer on lui a dit que ce n’était pas suffisant et que pour compléter le manque il devait se déclarer comme étant le pilote de kwassa en cas d’interception par les forces de l’ordre. « Je ne suis pas propriétaire de la barque, c’est Jack Bauer le commandant, c’est lui qui a piloté jusqu’à Mayotte. Il a éteint le moteur pour se mêler aux autres passagers quand il a vu le bateau de la PAF arriver. J’ai montré aux policiers qui était le vrai pilote et leur ai dit que ce n’était pas moi. – Pourtant tous les passagers vous ont désigné comme étant le pilote, rétorque la présidente du tribunal. Et ce d’autant plus que votre propre frère vous a désigné aussi ».

Il raconte que s’il a voulu venir à Mayotte c’est pour fuir les Comores car il est poursuivi par la justice là-bas pour avoir frappé un policier en voulant aider quelqu’un. « Je l’ai aidé pour éviter son incarcération », se justifie-t-il. Pour le substitut du procureur, la ficelle impliquant un dénommé Jack Bauer est un peu grosse. « C’est un alias… Certes, il reconnait avoir participé mais il y a plusieurs circonstances aggravantes ». Il a demandé son maintien en détention, 6 mois de prison, 3 ans d’interdiction du territoire, et la confiscation des biens.

Bis repetita…

Les pilotes de kwassa ont été condamnés à de la prison avec sursis.(illustration)

Le second passeur emmenait lui 17 personnes, et pareil que pour l’affaire précédente il a accepté d’endosser le rôle du pilote en cas d’interception. « Je suis malade… j’ai essayé de m’en sortir comme je pouvais… J’ai quitté les Comores pour me faire soigner à Mayotte. Si j’acceptais d’endosser le rôle du pilote j’avais le droit de monter dans le kwassa. J’ai accepté car je n’ai pas grand-chose à perdre vu que je suis malade », raconte-t-il à la barre du tribunal. Même histoire et même demande de peine du procureur : 6 mois de prison et 3 ans d’interdiction du territoire français. Deux autres affaires similaires ont suivi entrainant sensiblement les mêmes réquisitions du ministère public.

Après délibération, le tribunal les a condamnés à de la prison avec sursis : 3 mois pour l’un, 14 et 12 mois pour les autres, ainsi que des interdictions de territoire français. Ils vont pouvoir rentrer chez eux, aux Comores, avant sans doute de prendre à nouveau le risque de revenir à Mayotte. Bref une histoire sans fin…

A Mayotte 96,5% des étrangers expulsés sont de nationalité comorienne

D’après les chiffres du ministère de l’Intérieur, avec 21.409 expulsions l’an dernier (2025), Mayotte concentre près de 90% des éloignements depuis les Outre-mer. Dans le 101e département, 96,5% des étrangers expulsés sont de nationalité comorienne (20.662 personnes), le reste étant des Malgaches (718 éloignements) et 7 Yéménites.

Ce bilan est en légère hausse par rapport à 2024, pourtant marquée par l’opération Mayotte Place Nette, avec 19.262 reconduites à la frontière, mais de loin inférieur à l’année 2023 avec l’opération Wuambushu, où 24.467 expulsions avaient été effectuées.

En 2025, 21.409 expulsions ont eu lieu selon les chiffres du ministère de l’Intérieur.

La semaine dernière, les maires des communes de Mayotte ainsi que les présidents des EPCI ont été conviés par le préfet, Frédéric Poisot, à bord du Champlain, un navire de la Marine nationale, pour une réunion d’information consacrée aux enjeux maritimes dans le Canal du Mozambique. Le préfet a présenté les moyens mobilisés par l’État pour prévenir, détecter et combattre les trafics en mer, et notamment lutter contre l’immigration irrégulière… Pour quels résultats ?

Une fois encore, il serait plus que temps que les autorités françaises agissent enfin de façon ferme avec les Comores pour empêcher les kwassa de partir d’Anjouan et de laisser les filières criminelles prospérer en profitant de la misère humaine.

En outre, la traversée jusqu’à Mayotte devient un « cimetière marin », mais là aussi c’est une histoire sans fin car la France manque « cruellement », depuis de trop nombreuses années, de réelle volonté politique pour faire pression sur le gouvernement comorien et empêcher ces départs et, de facto, ces traversées parfois mortelles entre les deux îles.

B.J.

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