Un arrêté préfectoral publié ce jeudi 16 juillet a ordonné l’évacuation sous 24 heures d’une partie du campement de Tsoundzou 2, situé à proximité immédiate du chantier de la future station de traitement des eaux usées de Mamoudzou Sud.
Plusieurs « constructions illicites » doivent être détruites. L’arrêté a été affiché à l’entrée du camp mais pour le moment les habitants n’ont pas encore enlevés leurs affaires personnelles.

Pour motiver cette décision, la préfecture invoque avant tout des impératifs de sécurité liés à l’activité du chantier et à la montée des eaux dans la mangrove.
Cette opération s’inscrit dans la continuité d’une première intervention menée le 13 février dernier. Une partie des habitations situées à l’entrée du camp avait alors été démolie afin de permettre la poursuite des travaux de la future station d’épuration et l’accès au site de Coallia.
Signé le 15 juillet par le préfet de Mayotte, Frédéric Poisot, l’arrêté vise un campement installé sur un terrain appartenant au Conservatoire du littoral, en bordure des parcelles cadastrées CE 190, CD 887 et CD 888.
Un risque invoqué pour la sécurité des occupants

Pour justifier cette mesure, la préfecture s’appuie notamment sur un rapport de la Direction territoriale de la police nationale (DTPN), ainsi que sur des signalements du Conservatoire du littoral et du syndicat Les Eaux de Mayotte (LEMA), maître d’ouvrage du projet. Le rapport décrit un campement implanté dans un espace particulièrement contraint, entre le chantier et la mangrove, régulièrement recouvert par les eaux lors des marées hautes.
Dans son arrêté, le préfet rappelle que la station de traitement des eaux usées est un chantier en activité, où circulent quotidiennement des engins de travaux publics et où sont réalisés des travaux de terrassement, de génie civil et de manutention. Il estime que « la proximité immédiate du campement avec les emprises de ce chantier expose directement ses occupants aux risques inhérents aux travaux en cours ». La présence possible d’enfants et les difficultés d’accès pour les secours en cas d’incident viennent, selon lui, renforcer la nécessité de sécuriser cette zone.
L’État estime également que « le maintien de cette occupation est incompatible avec les exigences de sécurité imposées par la poursuite des travaux de construction de la station de traitement des eaux usées ».
Une évacuation sous 24 heures

Les occupants disposent d’un délai de 24 heures pour quitter les lieux. L’arrêté interdit désormais « l’occupation, l’installation, le maintien ou la réinstallation de toute personne, construction, habitation, installation précaire ou équipement » sur le périmètre concerné.
À défaut de départ volontaire, l’évacuation pourra être réalisée « avec le concours de la force publique si nécessaire », précise le document.
En février dernier, la destruction des cases avait été globalement acceptée par les personnes concernées, certaines ayant même participé aux opérations de déblaiement.*
Un chantier structurant pour l’assainissement

Cette nouvelle opération intervient alors que les travaux de la future station de traitement des eaux usées de Mamoudzou Sud se poursuivent. Porté par le LEMA, le projet doit permettre de renforcer les capacités de traitement des eaux usées dans le secteur et de répondre aux besoins liés à la croissance démographique de l’agglomération de Mamoudzou.
La station figure parmi les équipements structurants engagés pour améliorer les infrastructures d’assainissement du territoire. Pour la préfecture, la libération des emprises situées à proximité du chantier constitue désormais une condition nécessaire à la poursuite des travaux dans des conditions de sécurité jugées satisfaisantes.
Le camp de Tsoundzou, symptôme d’une impasse politique

Ce nouveau démantèlement partiel du camp, montre surtout l’absence de solution à long terme pour la gestion des exilés et des demandeurs d’asile, présents depuis octobre 2025 entre la mangrove et la route nationale à Tsoundzou 2, et préalablement dans la forêt à la sortie du village.
L’absence de volonté de la part de la préfecture, des municipalités et des représentants, comme la députée de la deuxième circonscription de Mayotte Anchya Bamana, de créer un camp dit « officiel », qui permettrait d’offrir des conditions d’accueil plus dignes tout en protégeant la mangrove et en libérant du foncier, notamment pour la poursuite des travaux, limite les possibilités.
Une position qui peut toutefois apparaître contradictoire. Les mêmes élus s’opposent à la création d’un camp officiel, réclament le démantèlement complet du camp actuel, tout en dénonçant ensuite le déplacement des habitants et la reconstitution de campements ailleurs sur le territoire.
« À Tsoundzou, le Gouvernement a prétendu avoir démantelé un camp illégal, la situation est aujourd’hui catastrophique. Les clandestins se déplacent, se réinstallent ailleurs, car les décisions d’éloignement ne sont pas exécutées », lançait Anchya Bamana, le 30 juin dernier, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, interpellant le Premier ministre Sébastien Lecornu. La députée rappelait alors que le démantèlement faisait l’objet d’une décision « unanime » des élus.

C’est finalement le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, qui lui avait répondu. Le ministre a d’abord défendu les chiffres de la lutte contre l’immigration clandestine (LIC) à Mayotte. « Le taux d’interception en mer a augmenté de 100 % en 2025 et augmente encore de 100 % en 2026. Il s’agit d’abord d’empêcher les arrivées, puis de reconduire. Nous sommes à plus de 10.000 reconduites effectives depuis le début de l’année », a-t-il énuméré.
Il a également dit « avoir bien pris note de ce que disent les élus, qui veulent que ce camp ne soit pas réimplanté ». Annonçant vouloir « le sécuriser », il a poursuivi en assurant « travailler actuellement avec les États de provenance des migrants, qui viennent essentiellement de la Corne de l’Afrique ou de la région des Grands Lacs ».
Victor Diwisch


