La tension franchit un nouveau palier à Mayotte. Mercredi 10 juin au matin, des femmes mobilisées et des membres des « Forces vives » ont bloqué le bureau des étrangers de la préfecture de Mamoudzou pour dénoncer les positions des autorités comoriennes sur l’île et réclamer une réponse plus ferme de la France. Une mobilisation qui intervient alors que Paris vient de prendre la présidence de la Commission de l’océan Indien (COI) avec l’ambition affichée de remettre sur la table la question de l’intégration de Mayotte au sein de l’organisation régionale.
Une mobilisation dans le prolongement des tensions diplomatiques

À l’origine de cette action, un sentiment d’humiliation et d’abandon qui s’est renforcé ces derniers jours suite aux échanges diplomatiques entre la France et les Comores autour de la place de Mayotte dans l’océan Indien. « Notre action s’inscrit dans la continuité légitime entre la diplomatie française et comorienne. On a été à l’écart, on a été humiliés aux Comores. Il n’y a pas eu de réaction digne de la part des autorités françaises », affirme Safina Soula, porte-parole du collectif à l’origine du mouvement.
Pour les manifestants, les récentes déclarations de responsables comoriens, notamment sur la participation de Mayotte aux Jeux des îles de l’océan Indien (JIOI) ou sur la place du territoire dans les instances régionales, nécessitaient une réaction plus ferme de Paris. « Il faut des actions fortes (…) c’est une attaque des élus comoriens« , poursuit-elle. Cette mobilisation intervient quelques jours seulement après la prise de présidence de la COI par la France. Paris a annoncé vouloir faire de l’intégration de Mayotte au sein de l’organisation une priorité diplomatique, un objectif auquel les Comores continuent de s’opposer fermement.
Le bureau des étrangers choisi comme symbole

Pour exprimer leur colère, les manifestants ont choisi de cibler le bureau des étrangers de la préfecture de Mamoudzou. « Nous ne voulons plus leur donner des papiers (…) On ne pouvait pas ne pas réagir. On est en colère et scandalisés, cela fait plusieurs années que ça dure », déplore Safina Soula.
Les organisateurs reconnaissent toutefois que les usagers du service ne sont pas directement responsables des tensions diplomatiques actuelles. Mais ils considèrent ce blocage comme le moyen le plus visible de faire pression sur les décideurs.
« Fermer le bureau des étrangers, c’est le seul moyen de faire pression sur les élus mahorais. Je sais que les étrangers n’y sont pour rien, mais c’est le seul moyen de se faire entendre », explique Saandati, membre des « Forces vives ». Aucune durée n’a pour l’heure été fixée pour l’action. « On doit en discuter, on ne sait pas combien de temps ça va être reconduit », indique Safina Soula.
Les élus mahorais également pointés du doigt

Au-delà des Comores, les critiques visent aussi les responsables politiques mahorais, accusés de ne pas défendre suffisamment les intérêts du territoire. « Quand le ministre comorien dit qu’il n’est pas question que Mayotte participe aux Jeux, je ne vois pas pourquoi on doit accueillir leurs enfants ici pour étudier. Soit on est voisins et on s’aide, soit on est voisins et on ne s’aide pas », lance encore Saandati.
La militante regrette surtout l’absence de réactions publiques de la classe politique locale. « La réponse des Comores ne m’étonne pas mais nos élus mahorais, aucun ne s’est prononcé, n’a donné son avis. Si les femmes se sont réveillées pour se prononcer, c’est qu’on estime qu’on n’est pas pris au sérieux », affirme-t-elle, avant de poursuivre : « Quand l’autre en face parle et qu’on ne réagit pas, c’est comme si la France est d’accord avec ce qu’il se dit. Comment la cinquième puissance mondiale ne peut pas tenir tête aux Comores ?! ».
Derrière cette nouvelle mobilisation, le bras de fer diplomatique entre Paris et Moroni reste entier. Le président comorien, Azali Assoumani, continue d’affirmer que, « au regard du droit international, l’île de Mayotte est une île comorienne », tandis que l’île est un département français depuis 2011 et que Paris cherche à renforcer son ancrage régional via la COI.
Dans les faits, les relations tendues entre les deux pays reposent notamment sur les accords de réadmission et de reconduite à la frontière des ressortissants comoriens en situation irrégulière à Mayotte. Un durcissement de la position française sur le dossier mahorais pourrait fragiliser ces mécanismes de coopération migratoire, régulièrement sensibles entre les deux rives du canal du Mozambique.
Mathilde Hangard


