Un homme a été condamné à cinq ans de prison ferme pour violences aggravées après une agression à la machette sur fond de tensions dans le nord de Mayotte. La victime présentait plusieurs blessures, dont une plaie grave au niveau de la gorge.

Cinq ans de prison pour “Pablo”, jugé après une violente agression à la machette

Un homme a été condamné à cinq ans de prison ferme pour violences aggravées après une agression à la machette sur fond de tensions dans le nord de Mayotte. La victime présentait plusieurs blessures, dont une plaie grave au niveau de la gorge.

En février 2024, au nord de Mayotte, sur plusieurs secteurs comme Longoni, Dzoumogné ou encore Bandraboua, les nuits sont tendues, les habitants parlent de caillassages, de barrages et d’affrontements qui peuvent éclater à tout moment. C’est dans cette atmosphère qu’une intervention d’urgence est déclenchée un soir à Bandraboua, aux alentours de  21 heures, pour prendre en charge une personne grièvement blessée.

Sur place, la situation est confuse et les secours prennent en charge une victime en urgence absolue, tandis qu’une autre personne présente des blessures graves, dont une plaie importante de sept centimètres au scalp, une lacération à la main et surtout une blessure sévère de lacération au niveau de la gorge, décrite à l’audience comme particulièrement violente dans sa forme.

Des versions qui s’opposent sur les faits

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La victime a été blessée à la gorge, à la main ainsi qu’à la tête. (Photo d’illustration).

La victime alcoolisée et sous l’effet de cannabis, affirme avoir été agressée par un homme au visage couvert armé d’une machette qu’il identifie sous le surnom de « Pablo ». Il raconte qu’il était chez son père au moment où les tensions ont éclaté dans le quartier, celui-ci a donc pris la route pour rentrer chez lui et c’est à ce moment qu’il a été pris à partie par plusieurs jeunes. L’homme va reconnaître le prévenu grâce à sa voix et va le décrire comme comme un chef de bande dans le secteur.

Le mis en cause, lui, nie toute appartenance à une bande et conteste les faits. « Quand il dit que c’est moi qui suis parti le chercher pour l’agresser c’est faux ! ».

Il soutient avoir été attaqué en premier et affirme s’être défendu lors d’une altercation autour de la machette. «  Je me suis débattu, c’est peut-être à ce moment-là qu’il s’est blessé mais moi je ne l’ai pas attaqué volontairement », explique-t-il à la barre.

Des éléments de personnalité au cœur du dossier

Au fil de l’audience, plusieurs éléments viennent peser sur le cas de Pablo. Tout d’abord, le casier judiciaire va faire état d’antécédents, notamment une condamnation pour un vol avec violence ayant entraîné la mort.

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Le prévenu avait déjà fait face à la justice pour avoir conduit un kwassa.(illustration)

Autre fait inquisitoire, lors de sa garde à vue, ses empreintes vont correspondre à celles d’un homme connu sous un autre nom, Abdou K., reconduit à la frontière. Devant le juge d’instruction, il a reconnu avoir utilisé une fausse identité après avoir été arrêté par la police aux frontières pour avoir piloté un kwassa-kwassa pour des raisons financières.

À cela s’ajoute une expertise psychologique évoquée à l’audience, qui décrit un profil marqué par un tempérament très colérique et un manque d’empathie. Les échanges mentionnent également un comportement conflictuel en détention, avec des épisodes de tensions et de bagarres. Ces éléments seront utilisés par l’accusation pour illustrer une personnalité jugée instable.

Une lecture différente des faits par la justice

Bois d'Arcy, Fleury Mérogis, prison, Mayotte
Pablo a écopé d’une peine de cinq ans de prison à Majicavo.

À l’audience, la présidente du tribunal va souligner à plusieurs reprises des contradictions dans les déclarations du prévenu. Pour le tribunal, sa version ne correspond pas aux blessures constatées, ni à la chronologie des faits telle que présentée dans l’enquête. « À chaque fois que vous dites quelques choses, il y’a des preuves qui montrent le contraire. Pourquoi vous mentez, c’est si compliqué que ça de dire la vérité ? », demande-t-elle. 

Un sentiment partagé par la procureure, qui met en doute la possibilité d’une blessure auto-infligée dans une scène impliquant une machette et plusieurs personnes. Elle va aussi insister sur le fait que l’accusé aurait évoqué une tentative d’arrangement financier, ce qui, selon lui, affaiblit encore plus la thèse d’une innocence.

Dans ses réquisitions, le ministère public a demandé une peine de six ans d’emprisonnement ferme avec maintien en détention, cinq ans d’interdiction de porter une arme et la confiscation des scellés.  En se basant notamment sur le fait que c’est un profil déjà connu et qu’il y’a potentiellement un risque de récidive.

Cinq ans de prison ferme

À l’issue du délibéré, le tribunal a suivi les réquisitions de la procureure et a reconnu l’accusé coupable de violences aggravées. Il a été condamné à cinq ans de prison ferme avec maintien en détention. La juridiction prononce aussi à son encontre une interdiction de porter ou détenir une arme pendant cinq ans, une privation des droits d’éligibilité pour la même durée, ainsi que la confiscation de deux téléphones saisis dans le cadre de l’enquête.

Shanyce MATHIAS ALI.

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