À l’approche d’un mouvement de grève illimitée prévu ce samedi 13 juin, la bataille se joue désormais aussi sur le terrain du dialogue social. Alors que les syndicats dénoncent un manque d’écoute et réclament une revalorisation salariale, la direction de l’aéroport de Mayotte affirme que les échanges avec les représentants du personnel se poursuivent dans les cadres prévus par le droit du travail.
Deux cadres d’échanges prévus les 10 et 17 juin

À la veille du mouvement social annoncé à l’aéroport Marcel-Henry, la direction d’EDEIS sort de sa réserve. Interrogé par notre rédaction, Thomas Bertin, directeur de l’aéroport de Mayotte, réfute les accusations de rupture du dialogue social formulées par l’intersyndicale. « L’agenda social a deux cadres d’échange, ce qui permet d’aborder les différents sujets qui ont été soulevés par les syndicats », explique-t-il. Il cite notamment la réunion du comité social et économique (CSE), prévue ce mercredi 10 juin, ainsi que l’ouverture des négociations annuelles obligatoires (NAO), programmée le 17 juin prochain.
Selon lui, les discussions avec les représentants du personnel se poursuivent dans le cadre habituel des relations sociales au sein de l’entreprise. « Le comité social et économique se réunit tous les mois donc le dialogue social au sein d’EDEIS se poursuit sans difficultés avec nos instances représentatives », affirme-t-il.
Une position qui contraste avec celle de l’intersyndicale, laquelle dénonce un dialogue rompu et réclame notamment une augmentation générale des salaires de 10 % ainsi qu’une prime annuelle de 4.000 euros. « Le dialogue social n’a jamais été rompu au sein de l’aéroport de Mayotte et au sein de l’entreprise EDEIS », insiste Thomas Bertin. Le directeur souligne toutefois que « l’intersyndicale est plus large que la simple entreprise EDEIS-aéroport de Mayotte », rappelant que les instances représentatives de l’entreprise continuent d’être réunies régulièrement.
« On espère tous éviter cette phase de blocage »
À ce stade, la direction dit privilégier les discussions internes. « On fait preuve de retenue dans nos paroles publiques pour respecter nos instances représentatives et on préfère échanger avec nos élus du CSE dans le cadre fixé par le droit du travail plutôt que de communiquer au sein de la presse », ajoute-t-il. Malgré les tensions, l’exploitant de l’aéroport espère encore éviter une paralysie de l’activité.
« On espère tous éviter cette phase de blocage. Le dialogue est maintenu et nos équipes demeurent pleinement mobilisées pour assurer le bon fonctionnement de l’aéroport de Mayotte et répondre à nos usagers à l’approche du pic d’activité qui commence très prochainement », déclare le directeur, alors que les vacances scolaires approchent. Interrogé sur l’éventualité d’un recours à des renforts extérieurs pour assurer la continuité de service en cas de grève, Thomas Bertin n’a pas souhaité répondre.
Un an et demi après Chido, des travaux toujours en cours

Au-delà du conflit social, les syndicats et plusieurs salariés pointent également l’état de certaines infrastructures de l’aéroport, encore marquées par le passage du cyclone Chido, le 14 décembre 2024. Sur ce point, la direction reconnaît que les opérations de remise en état ne sont pas terminées. « Il y a des travaux qui sont en cours pour réparer les conséquences de Chido », confirme Thomas Bertin. Le directeur n’a toutefois pas détaillé les zones concernées ni le calendrier précis des chantiers engagés. Il assure néanmoins que des évolutions seront visibles dans les prochains mois.
« Il y a des choses qui se verront d’ici la fin de l’année 2026 sur la réparation post-Chido, et des choses qui se poursuivront plus tard, mais comme la vie de toute infrastructure qu’il faut entretenir et maintenir », explique-t-il. Alors que le préavis de grève illimitée doit entrer en vigueur ce samedi 13 juin, la direction mise désormais sur les prochaines échéances sociales pour tenter de désamorcer le conflit. « Le dialogue social dans l’entreprise continue, plusieurs mesures ont été négociées antérieurement et vont entrer en vigueur cette année au bénéfice des salariés, et la négociation se poursuit au travers de nos instances prévues le 10 et le 17 juin », conclut Thomas Bertin.
Pour l’heure, l’intersyndicale n’a pas annoncé de retrait de son appel à la grève. Les prochains jours pourraient donc être décisifs pour l’avenir du dialogue social au sein de la plateforme aéroportuaire mahoraise.
Mathilde Hangard


