Taper une balle de golf au pied du mont Combani, voilà qui a de quoi surprendre dans une île aux loisirs largement consacrés aux splendeurs du lagon et de ses plages paradisiaques. L’idée a pourtant germé il y a une trentaine d’années dans la tête d’un couple de passionnés, André et Suzy Blanc en quête d’un terrain d’entraînement dans l’archipel. En 1997, le couple passe à l’action. Grâce au soutien de la SIM pour l’obtention d’un terrain, le projet devient réalité dans les faubourgs de Combani au cœur d’une vaste prairie plantée d’ylangs qui a donné son nom au club créé dans la foulée pendant l’année 1998.
Depuis cette date, le parcours de 9 trous et 18 départs accueille les adhérents de l’association, mais aussi des scolaires, des comités d’entreprise ou même de nouveaux pratiquants dans le cadre de journées d’initiation proposées par le club.
Le golf, sport pour tous

Entretenu quotidiennement par un jardinier à plein temps, le golf présente un aspect verdoyant en cette fin de saison des pluies. Quelques joueurs échangent sur la qualité de leur swing après leur partie en buvant un verre au club house. D’autres déjeunent dans le cadre apaisant et fleuri de la terrasse du restaurant qui fait face au practice. « C’est vert, en ce moment mais on n’utilise pas une goutte d’eau pour arroser, rassure le président Maxime Dulac, en saison sèche le parcours jaunit mais ça ne nous empêche pas de jouer. » Le golf de Combani doit en effet s’adapter aux réalités mahoraises : les tapis impeccables des greens sont constitués de gazon synthétique et les bunkers exempts d’un sable systématiquement dérobé chaque fois qu’on a essayé d’en mettre.
Maxime Dulac, chef d’entreprise dans l’immobilier, à Mayotte depuis 1999, a pris la présidence du club en 2022. « J’ai succédé à Gilles Salmon parti à la retraite. Mais je n’avais commencé le golf qu’en 2019. Depuis je me suis piqué au jeu de ce sport passionnant et exigeant au plan physique contrairement à l’idée qu’on s’en fait. On peut progresser et pratiquer à tout âge même si aujourd’hui mon fils qui a attrapé le virus me surpasse largement ».
Des champions de golf mahorais ?

Avec le bureau de l’association dont fait partie Philippe Ramon le DGS de Mamoudzou, le dynamique quinquagénaire ne manque pas d’idées pour développer le golf club des Ylangs et ouvrir la pratique à de nouveaux publics. « Il faut arrêter avec l’image élitiste du golf. Pour ça, en plus de compétitions classiques pour nos adhérents, on fait des journées d’initiation gratuites, des team-buildings d’entreprises. Une centaine de jeunes viennent pratiquer régulièrement en provenance des collèges de Doujani, Tsingoni et M’Tsamboro dans le cadre du sport scolaire, Cet hiver, l’équipe qualifiée de Mayotte a fait 6ème sur 12 aux championnats de France UNSS, une vraie performance ! » Le président verrait aussi d’un bon œil de faire du golf un atout touristique : « on pourrait intégrer le golf de Combani dans le parcours des croisiéristes qui visitent l’île, » propose-t-il.
La question du terrain
Une incertitude de taille pèse cependant sur le fonctionnement et la pérennité de l’association. « Nous ne sommes que locataires du terrain qui appartient à la Communauté de communes du Centre-Ouest, explique Maxime Dulac. Le bail de trois ans que nous avons signé se termine en 2026 et nous ne savons pas s’il va être prolongé. Or l’octroi de tous les financements que nous pouvons demander à l’administration, au mouvement sportif ou à d’autres organisations repose sur la garantie d’une durabilité de notre activité. Pour l’instant nous fonctionnons avec zéro subvention alors que nous employons quatre personnes en payant un loyer plus l’achat et la maintenance des machines ».

Le vice-président Philippe Ramon complète : « J’ai rencontré un responsable de l’Agence nationale du sport qui m’a dit qu’il ne demandait qu’à financer d’autres équipements que les sempiternels terrains de football. On saurait immédiatement quoi faire de l’argent. Il y a deux greens à refaire en gazon synthétique et il faut remettre en état le practice dégradé. Il ne faut pas des millions ! L’obtention de subventions nous permettrait de recruter un professeur professionnel et ainsi de permettre à de nouveaux pratiquants d’obtenir des cartes vertes nécessaires pour utiliser le parcours ».
Une inquiétude légitime qui pourrait être levée par les prochaines décisions de la nouvelle équipe de la 3CO issue des dernières élections municipales.
Philippe Miquel


