À Mayotte, les solutions immédiates pour produire de l’eau restent à quai

Alors que la crise hydrique s’enlise, des technologies alternatives, rapides à déployer, peinent à franchir le cap politique.

À Mayotte, les coupures d’eau sont devenues chroniques. Tandis que les grands projets structurants avancent lentement, des solutions techniques capables de produire de l’eau en quelques semaines existent. Parmi elles, des unités de dessalement mobiles et autonomes, portées par l’association Solutions H2O. Documentées, relayées jusqu’au sommet de l’État, elles n’ont pourtant jamais été mises en œuvre.

Une alternative technique restée sans traduction politique

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Lasse des coupures, la population manifestait au mois de septembre 2023 devant l’entrée des Eaux de Mayotte (LEMA) pour demander des comptes. Depuis, les coupures n’ont jamais cessé.

« Dès le mois de décembre 2024, après le cyclone Chido, nous avons proposé des solutions pour le secteur de l’eau ». Dans ses courriers, Dominique Lenglart, vice-président de Solutions H2O, retrace une chronologie précise : propositions envoyées, relances, réunions techniques, échanges avec les cabinets ministériels. Le projet de déploiement de dessalinisateurs à Mayotte a circulé entre plusieurs niveaux de décision sans jamais se concrétiser.

Le dossier est transmis au président du Sénat, Gérard Larcher, puis relayé vers l’exécutif local. La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, s’en saisit également après un déplacement sur l’île en janvier 2024. Des contacts sont établis avec des parlementaires mahorais, des représentants du Conseil départemental, ainsi qu’avec le cabinet du Premier ministre.

Au printemps 2025, des réunions ont lieu à Paris pour étudier la faisabilité d’une première implantation, notamment au port de Longoni. Le cabinet de la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, sollicite des éléments techniques pour préparer un déplacement officiel. Mais les rendez-vous sont annulés, les échanges s’interrompent, et le projet s’enlise. En avril 2026, malgré des mois de démarches, aucune décision n’a été prise. « Nous avons fourni tout ce qui pouvait aider », rapporte l’association, évoquant des études, des devis et même une estimation du coût par habitant.

Produire de l’eau en quelques semaines : une mécanique maîtrisée

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Au Sénégal, ce dessalinisateur logé dans un module compact de 20 pieds, alimenté par énergie photovoltaïque, affiche une capacité de production de 300 000 litres d’eau par jour (300 m³), extensible grâce à l’ajout de citernes souples ou de réservoirs de 300 m³, d’environ 13 × 17 × 1,8 mètres. Association H2O / JDM.

La solution repose sur des unités de dessalement par osmose inverse, une technologie aujourd’hui largement utilisée dans les régions confrontées au stress hydrique. Son principal atout tient à sa conception : des modules compacts, intégrés dans des conteneurs, autonomes et rapidement déployables. Contrairement aux grandes usines de dessalement, ces unités privilégient une approche légère et modulaire. L’eau de mer est généralement captée à proximité du littoral, puis acheminée vers l’installation de traitement.

Dans le projet porté par Solutions H2O, le captage pourrait être effectué plus au large afin de réduire la présence de particules et de polluants côtiers. Un choix qui améliorerait la qualité de l’eau mais impliquerait des infrastructures plus complexes, notamment des conduites sous-marines. Une fois prélevée, l’eau est filtrée puis soumise à haute pression à travers des membranes d’osmose inverse, qui retiennent sels et micro-organismes. Elle est ensuite reminéralisée avant d’être stockée ou distribuée localement.

À Mayotte, chaque unité produirait environ 300 m³ d’eau potable par jour. Avec cinq modules, la capacité atteindrait 1.500 m³ quotidiens. Si ce volume ne couvre pas l’ensemble des besoins du territoire, il représente un appoint rapide, mobilisable en quelques semaines.

Autre avantage du dispositif : son autonomie énergétique. Les unités sont couplées à des installations photovoltaïques, comme dans certains ports méditerranéens. L’énergie solaire alimente les pompes, particulièrement énergivores, réduisant la dépendance au réseau électrique. Dans un territoire très exposé au soleil comme Mayotte, ce fonctionnement autonome constitue un atout, en particulier plus d’un an après le passage du cyclone Chido, alors que le réseau reste fragilisé. Il facilite aussi un déploiement rapide, y compris dans les zones les plus isolées.

Entre urgence et inertie, des solutions qui ne trouvent pas leur place

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À Ironi Bé, la construction de la future usine de dessalement s’inscrit dans un choix étatique de réponse structurelle à la crise de l’eau à Mayotte, en contraste avec des solutions modulaires plus rapides mais encore peu déployées.

Ce type d’installation n’a rien d’expérimental. Des dispositifs comparables ont été déployés en métropole comme à Bormes-les-Mimosas, en Casamance ou encore au Maroc, où ils alimentent notamment des infrastructures portuaires ou des exploitations agricoles. Leur intérêt tient précisément à leur souplesse : ils peuvent être déplacés, dimensionnés selon les besoins et installés sans travaux lourds.

À Mayotte, cette logique contraste avec les choix structurants engagés par les pouvoirs publics. L’usine de dessalement en construction à Ironi Bé doit produire à terme plusieurs milliers de mètres cubes par jour. Mais ce type d’infrastructure repose sur des délais longs, des coûts élevés et une dépendance énergétique importante. Surtout, elle ne résout pas à elle seule les failles du réseau : fuites massives, pannes récurrentes, distribution instable.

Dans ce contexte, les solutions alternatives apparaissent comme des réponses d’appoint, capables de soulager rapidement la pression sur certaines communes. Elles ne remplacent pas les infrastructures lourdes, mais peuvent en combler les angles morts, notamment en période de crise. Reste que, faute d’arbitrage, ces dispositifs demeurent à l’état de propositions. À mesure que les projets structurants avancent, lentement, les solutions rapides, elles, s’accumulent sans être déployées. Sur l’île, l’eau continue de manquer. Et entre les promesses à long terme et les réponses immédiates, un vide persiste, celui où pourraient s’inscrire ces technologies déjà prêtes.

Mathilde Hangard

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