Opération Kingia : à Combani, un décasage marqué par une nuit de violences

Après une nuit d’affrontements et de dégradations, l’opération de décasage de 43 habitations illégales à Combani, dans le cadre de Kingia, a bien eu lieu. Le préfet déplore une tentative d’intimidation et se veut rassurant pour la population, tandis que les habitants, eux, restent inquiets pour les prochains jours.

Au centre-ville de Combani, ce matin du 15 avril, les automobilistes découvrent, derrière leurs vitres, des marques de brûlures en travers de la route, stigmates des barrages et des affrontements entre forces de l’ordre et délinquants, qui ont duré plusieurs heures dans la nuit. Ils marquent aussi un temps d’arrêt devant le passage des agents communaux, munis de râteaux et de sacs poubelles, qui déblayent les derniers débris sur la chaussée, sous les regards des passants, parfois indifférents, souvent surpris.

Combani se réveille dans la confusion et l’inquiétude

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Les traces de brûlures en plein centre de Combani. Victor Diwisch / JDM.

Mohamed*, écouteurs sur les oreilles, regardent la scène derrière le comptoir du café où il travaille, à côté du marché central. « On a ouvert plus tard ce matin en raison des affrontements », indique le jeune homme d’une vingtaine d’années. « Hier soir tard je regardais les matchs de football quand j’ai entendu les premiers éclats et ce matin je découvre tout ça ».

Un peu plus loin, deux amies se retrouvent pour acheter des fruits et légumes sur les étals du marché. « Ce matin j’ai attendu que les choses se calment pour sortir de chez moi. Mon téléphone n’arrêtait pas de sonner, tout le monde me demandait si la route était ouverte pour aller travailler », témoigne l’une d’elles, visiblement inquiète.

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Les carcasses de voitures incendiées durant la nuit. VD / JDM.

Des échauffourées et des dégradations qui ont éclaté en amont d’une « opération de résorption de l’habitat indigne, insalubre et illégal » menée dans le quartier Kiyama, à l’arrière du site du RSMA, rue Moubikini, à quelques encablures du terrain de golf.

Peu avant 8 h, le préfet de Mayotte, François-Xavier Bieuville, a donné rendez-vous aux élus, notamment au maire de Tsingoni, Issilamou Hamada, à quelques mètres du site, avant d’observer le décasage. Derrière eux, au moment des poignées de main, trois carcasses de voitures brûlées quelques heures plus tôt gisent sur le parking de la résidence « Le Golf », la fumée s’échappant encore de l’unes d’entre elles.

Au total, 43 habitations de tôle et de bois ont été détruites. À l’arrivée du cortège, elles étaient déjà toutes réduites à des amas de gravats par les bulldozers et les pelleteuses, encadrés par les forces de l’ordre qui ont bouclé le périmètre.

Un projet de place publique prévu depuis des années

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La municipalité a obtenu les financements nécessaires à la création de l’espace public, permettant ainsi à la préfecture de valider l’opération de libération du foncier VD / JDM.

Si la destruction des cases est réalisée dans le cadre de l’opération « Kingia », lancée officiellement le 7 avril dernier, elle vise à libérer plusieurs hectares de foncier appartenant à la municipalité, qui demande depuis longtemps à récupérer les lieux. Depuis une dizaine d’années, et sous la mandature de l’ancien maire Mohamed Bacar, un projet de construction d’un espace public comprenant notamment un jardin est porté sur ce site.

Interpellé par un journaliste sur les évènements de la nuit, le préfet a préféré débuter sur « l’essentiel », selon lui, à savoir : l’opération de décasage. « C’est une opération utile pour la commune puisqu’on va créer une place publique qui va permettre d’avoir un lieu de convivialité. À tous les fâcheux et les grincheux, qui pensent que (ndlr : l’opération) Kingia n’a pas été montée en concertation avec les élus, on a la preuve ici d’une opération conjointe », assène-t-il devant les micros.

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Le préfet de Mayotte, François-Xavier Bieuville, a qualifié les « quelques incidents » de « petite méthode » d’intimidation, assurant qu’elle ne fonctionnait pas. VD / JDM.

« Le plus important c’est de restituer aux communes les terrains nécessaires pour leurs projets et mettre fin à des marchands de sommeil que nous avons bien identifiés et que l’on va traduire en justice et qui louent des terres à des personnes désoeuvrées, fragiles, pour permettre cette économie informelle, qui est l’un des grands maux de Mayotte ».

Suite à des enquêtes sociales menées dans le cadre d’une opération ELAN, le préfet affirme que la majorité des personnes ont eu des propositions de relogement, indiquant que certaines ont accepté tandis que d’autres non, sans toutefois donner de chiffres précis. « Nous sommes encore en phase d’enquête sociale et disposons toujours de propositions d’hébergement d’urgence. Nous serons en mesure de donner le chiffre exact des familles relogées lorsque toutes auront été prises en charge, qu’elles aient accepté ou refusé les solutions proposées ».

« La grande majorité silencieuse n’a pas besoin d’avoir peur »

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Une partie de la population craint que les violences ne recommencent dans les prochains jours. VD / JDM.

« Concernant les quelques incidents qui ont émaillé la veille du décasage, il n’y a rien d’étonnant, comme d’habitude », poursuit le préfet. « Nous avons des familles qui n’acceptent pas le décasage, qui vont exciter un certain nombre de personnes qui vont commettre des exactions. Seules des carcasses ont été brûlées pas de véhicules roulants », remarque-t-il. « C’est encore cette petite méthode de l’intimidation qui ne marche pas devant les opérations qui se déroulent dans de bonnes conditions. Il n’y a aucune adversité et je m’en félicite ».

« La population mahoraise, la grande majorité silencieuse, n’a pas besoin d’avoir peur et elle sait très bien ce que nous faisons et elle nous remercie de le faire », assure François-Xavier Bieuville, à propos de l’inquiétude que pourrait ressentir une partie de la population au vu des évènements de cette nuit, mais aussi des dernières semaines, notamment à Vahibé.

« Pour tous ceux qui seraient des grincheux, posez-vous la question de savoir ce qui se passerait si nous ne faisions pas tout cela. Nous le faisons parce que cela permet à une commune de se développer, parce que l’État est un partenaire des communes, et parce que nous considérons que l’intérêt public consiste à porter des projets publics », poursuit le préfet. « Tout cela doit être rassurant pour les uns et les autres. Il faut bien comprendre qu’un certain nombre de personnes n’ont pas d’intérêt à cette opération Kingia et que c’est pour eux l’occasion de commettre des désordres, des exactions, afin de gêner notre travail ».

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Les forces de l’ordre étaient déployées en nombre autour du site. Reste à savoir si, après leur départ, les affrontements reprendront ou non. VD / JDM.

« Nous continuerons de travailler dans de bonnes conditions car la grande majorité des mahorais savent que ce que nous faisons est juste pour Mayotte », insiste-t-il.

Les travaux à Kiyama sont prévus pour durer toute la semaine. Et pour les riverains, les mots du préfet ne suffisent pas à les rassurer. « C’est sûr que les affrontements vont reprendre cette nuit. C’est une évidence », anticipe une habitante. « Hier soir, je n’ai pas vu grand-chose, mais ce matin au réveil je réalise. C’est traumatisant de voir tous ces dégâts », note un jeune homme qui habite juste à côté du site déblayé. Ce soir, il s’enfermera à nouveau chez lui.

Victor Diwisch

*le prénom a été modifié pour préserver l’anonymat.

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