Combani se réveille dans la confusion et l’inquiétude

Mohamed*, écouteurs sur les oreilles, regardent la scène derrière le comptoir du café où il travaille, à côté du marché central. « On a ouvert plus tard ce matin en raison des affrontements », indique le jeune homme d’une vingtaine d’années. « Hier soir tard je regardais les matchs de football quand j’ai entendu les premiers éclats et ce matin je découvre tout ça ».
Interpellé par un journaliste sur les évènements de la nuit, le préfet a préféré débuter sur « l’essentiel », selon lui, à savoir : l’opération de décasage. « C’est une opération utile pour la commune puisqu’on va créer une place publique qui va permettre d’avoir un lieu de convivialité. À tous les fâcheux et les grincheux, qui pensent que (ndlr : l’opération) Kingia n’a pas été montée en concertation avec les élus, on a la preuve ici d’une opération conjointe », assène-t-il devant les micros.

« Le plus important c’est de restituer aux communes les terrains nécessaires pour leurs projets et mettre fin à des marchands de sommeil que nous avons bien identifiés et que l’on va traduire en justice et qui louent des terres à des personnes désoeuvrées, fragiles, pour permettre cette économie informelle, qui est l’un des grands maux de Mayotte ».
Suite à des enquêtes sociales menées dans le cadre d’une opération ELAN, le préfet affirme que la majorité des personnes ont eu des propositions de relogement, indiquant que certaines ont accepté tandis que d’autres non, sans toutefois donner de chiffres précis. « Nous sommes encore en phase d’enquête sociale et disposons toujours de propositions d’hébergement d’urgence. Nous serons en mesure de donner le chiffre exact des familles relogées lorsque toutes auront été prises en charge, qu’elles aient accepté ou refusé les solutions proposées ».
« La grande majorité silencieuse n’a pas besoin d’avoir peur »

« Concernant les quelques incidents qui ont émaillé la veille du décasage, il n’y a rien d’étonnant, comme d’habitude », poursuit le préfet. « Nous avons des familles qui n’acceptent pas le décasage, qui vont exciter un certain nombre de personnes qui vont commettre des exactions. Seules des carcasses ont été brûlées pas de véhicules roulants », remarque-t-il. « C’est encore cette petite méthode de l’intimidation qui ne marche pas devant les opérations qui se déroulent dans de bonnes conditions. Il n’y a aucune adversité et je m’en félicite ».
« La population mahoraise, la grande majorité silencieuse, n’a pas besoin d’avoir peur et elle sait très bien ce que nous faisons et elle nous remercie de le faire », assure François-Xavier Bieuville, à propos de l’inquiétude que pourrait ressentir une partie de la population au vu des évènements de cette nuit, mais aussi des dernières semaines, notamment à Vahibé.
« Pour tous ceux qui seraient des grincheux, posez-vous la question de savoir ce qui se passerait si nous ne faisions pas tout cela. Nous le faisons parce que cela permet à une commune de se développer, parce que l’État est un partenaire des communes, et parce que nous considérons que l’intérêt public consiste à porter des projets publics », poursuit le préfet. « Tout cela doit être rassurant pour les uns et les autres. Il faut bien comprendre qu’un certain nombre de personnes n’ont pas d’intérêt à cette opération Kingia et que c’est pour eux l’occasion de commettre des désordres, des exactions, afin de gêner notre travail ».

« Nous continuerons de travailler dans de bonnes conditions car la grande majorité des mahorais savent que ce que nous faisons est juste pour Mayotte », insiste-t-il.
Les travaux à Kiyama sont prévus pour durer toute la semaine. Et pour les riverains, les mots du préfet ne suffisent pas à les rassurer. « C’est sûr que les affrontements vont reprendre cette nuit. C’est une évidence », anticipe une habitante. « Hier soir, je n’ai pas vu grand-chose, mais ce matin au réveil je réalise. C’est traumatisant de voir tous ces dégâts », note un jeune homme qui habite juste à côté du site déblayé. Ce soir, il s’enfermera à nouveau chez lui.
Victor Diwisch
*le prénom a été modifié pour préserver l’anonymat.




