Le 3 mars dernier, depuis la station de Kawéni à Mayotte, un article décrivait une situation encore calme mais traversée d’inquiétudes diffuses face aux tensions sur les marchés pétroliers. Un peu plus d’un mois plus tard, mardi 14 avril 2026, les effets annoncés se matérialisent à la pompe comme dans les mobilisations sociales, entre Mayotte et La Réunion.
Depuis le 13 avril 2026, une montée des tensions militaires dans la zone du détroit d’Ormuz, avec un renforcement des opérations navales et des restrictions de navigation imposées par les États-Unis dans le cadre du bras de fer avec l’Iran, a provoqué une forte instabilité des marchés pétroliers, entraînant une hausse rapide des prix du carburant dans les territoires ultramarins dépendants des importations.
Mayotte : la hausse désormais visible à la pompe

À la station de Tsoundzou, à Mamoudzou, plusieurs automobilistes disent ressentir directement la hausse du carburant. « On est tous inquiétés par l’augmentation, plus 45 centimes c’est beaucoup pour le diesel, on n’a pas le choix, on attend de voir comment ça va évoluer. Pour le moment je ne fais pas de réserves », explique un consommateur.
Un autre résume l’impact immédiat sur son budget : « 55 euros pour 29 litres c’est trop, on le ressent direct ». Ces témoignages traduisent une réalité simple : dans un territoire entièrement dépendant des importations, la variation du prix du carburant se répercute sans délai sur les ménages, sans possibilité de protection immédiate par le stockage ou l’absorption des coûts.

Le 3 mars 2026, à la station de Kawéni, l’activité était relativement normale. Pas de ruée, pas de rupture visible, et des discours souvent rassurants sur la disponibilité du carburant. Un agent de station observait alors : « Pour l’instant, la station est calme, il y a du carburant ». Pourtant, derrière cette normalité, des inquiétudes existaient déjà, liées à la guerre au Moyen-Orient, à ses répercussions économiques mondiales et à la dépendance structurelle de l’île. Certains évoquaient la possibilité d’un choc différé, sans effet immédiat sur les pompes mais potentiellement brutal en cas de perturbation prolongée des routes pétrolières.
À La Réunion, une mobilisation importante des transporteurs, suspendue après des annonces de soutien

À La Réunion, les professionnels du transport routier ont engagé dès le 13 avril un mouvement de protestation contre la hausse des carburants, dans un secteur particulièrement exposé en raison de sa forte dépendance au gazole. Dans la journée du lundi, des actions de mobilisation ont été observées sur le terrain, notamment sous la forme de convois et de dispositifs de ralentissement ponctuel de la circulation, sans blocage majeur, en particulier autour de l’échangeur de Gillot et dans les secteurs de Saint-Denis.
Réunis le même jour à l’hôtel de Région, les représentants de l’UIDER ont été reçus par les autorités régionales dans le cadre de discussions tendues autour des mesures de soutien. La présidente de Région, Huguette Bello, a annoncé plusieurs dispositifs destinés à atténuer l’impact de la hausse des carburants, dont une réduction du prix des abonnements Car Jaune de moitié et le maintien du plafonnement du prix de la bouteille de gaz pour les ménages.
Concernant les professionnels du transport, la collectivité a également proposé une aide supplémentaire de 5 centimes par litre de gazole, conditionnée à une participation équivalente des pétroliers, que la Région appelle à contribuer davantage sur leurs marges. Ce geste vient s’ajouter aux dispositifs déjà en vigueur, incluant les aides et ristournes appliquées depuis 2024. À l’issue de ces échanges, l’intersyndicale a décidé de suspendre son mouvement en fin de journée, tout en soulignant qu’il s’agit d’une pause et non d’un arrêt définitif, dans l’attente de nouvelles réponses des autres collectivités et des acteurs du secteur pétrolier.
Mathilde Hangard


